Le silence de l'hôpital partie 1

Dans le système hospitalier il règne une drôle d'ambiance. Le terme est peut-être mal choisi car il n'y a rien de drôle dans un système aussi violent : influences, arrangements, soumission ou harcèlement...l'intêret général passe après. Les soins n'en sont pas forcément altérés pourrait-on dire. Il n'y a que quelques "incidents" côté soignants comme soignés. Des vies brisées cependant.

Le silence des hôpitaux à propos de méthodes employés pour écarter les indésirables est une culture. Les événements récents qui ont mené à une tragédie n'est qu'une partie de l'iceberg, un système s'est construit et qui broie tous les médecins qui rechignent à suivre les règles de la famille.

Un système est un ensemble d'éléments reliés par des connexions et des règles régissent ces connexions. Un système se préserve des modifications. Un système peut aller loin pour se défendre.

L'organisation

Les éléments importants du système sont : le doyen, les PUPH (professeurs), la CME (comité médical de l'établissement) et la DG (direction générale). L'ARS (agence régionale de santé) et le ministère régulent. Les patients ne font pas partie de l'équation à ce niveau. Un Game of Thrones : pouvoir, allégeance, dettes, compromis...

Les règles de base

Tous les médecins ont suivi de nombreuses années d'étude dans ce système et ils ont appris que leurs maîtres (PUPH) doivent être adorés ou craints. Ils prêtent serment. S'ils veulent faire carrière ils doivent s'assujettir, quelque uns seront adoubés, les plus politiquement doués. On vous a appris que tenter de sortir des règles de silence, de confraternité et de défense du système est la signature de votre exclusion du cercle. Condamné à rester à la place qu'on vous donne. Si vous vous révoltez, vous êtes broyé.

Le silence comme règle d'or

Tout se passe en silence. La préservation du système permet au doyen de le rester, au DG de faire une carrière administrative, aux PUPH de garder le pouvoir. Le pouvoir sur les étudiants, les internes, les PH, les disciplines qui émergent ou pas, les poste à pourvoir etc...C'est immense. Alors on se tait. Un PUPH ne peut rien subir quoi qu'il fasse, même le pire, tant qu'il reste dans le cercle. On fera tout pour garder le silence de la machine bien huilée, tout. Alors parce que le changement, l'innovation font du bruit elle sera évitée. L'innovation suppose une remise en cause des règles dont le silence. Le ministère ne dira rien.

Votre compétence n'est pas une variable

Vous pouvez avoir toutes les qualités de clinicien, de pédagogue, de chercheur, et de bon gestionnaire, ce n'est rien si vous n'avez pas prêté allégeance.

Vous pouvez avoir enseigné, écrit tous les articles que vous pouviez en atteignant les scores nécessaires. Vous pouvez être un expert de renommée interantionale. Le CNU vous refusera si vous n'êtes pas adoubé par les autres PUPH.

Vous pouvez montrer votre loyauté, vos compétences, votre dévotion à la médecine et aux patients. Cela n'a pas d'importance sans les PUPH de votre discipline.

Si vous vous êtes passé des règles pour améliorer les conditions de prise en charge, pour sauver des vies, pour informer et former...On va vous broyer même si vous êtes indispensable. Ce qui compte c’est la stratégie politique. on coulera le service et vous avec plutôt que de vous sortir de là.

A l’inverse si vous êtes le fils ou la fille de, disons du doyen pressenti ou du futur président ou qui sais-je, alors là le tapis de déroule. Tout le monde soutiendra ce fantastique candidat. Il  n’est pas encore prêt?  Pas de problème on vous attend.

Les méthodes

Elle sont comme ailleurs très simples. On commence par la critique, tout le temps, devant tout le monde même ceux qui sont sous votre responsabilité. On vous enlève des moyens ensuite. Moins de personnels donc plus de travail, on vous pousse à craquer. On va vous déposséder de vos prérogatives. On va vous convoquer sans raison. On va convoquer vos collègues pour leur faire comprendre que s'ils sont de votre côté cela mal se passer. On va jusqu'à écrire tout cela et dire ouvertement qu'on ne veut pas de vous. Au CNU des coups de fils seront passés. Votre carrière est arrêtée. Dans la loi cela s'appelle du harcèlement, mais si vous prononcez le mot c'est la curée.

La chute

Pour le soutien vous n'aurez que des gentils mots à l'oral et si c'est écrit c'est avec beaucoup de précautions. Votre arrêt de travail sera considéré comme une complaisance. Oui, des médecins pensent que vous vous reposez. La médecine du travail ne fera rien. La protection fonctionnelle, la seule mesure pour vous protéger, personne ne vous en parlera. On étouffera, on, minimisera, on incriminera d'autres facteurs. Le PUPH qui vous harcèle est de fait dans son bon droit, il défend le système.

La fin

Elle paraît inéluctable. Vous ne pouvez pas changer le système, vous ne pouvez pas vous adapter, il ne vous reste qu'à vous en écarter. L’hôpital proposera peut-être une solution dans les meilleurs des cas. Mais une solution de façade qui ne change strictement rien. Vous n’aimez pas Charybde alors on vous propose Scylla. L’essentiel est de pouvoir dire on a tenté quelque chose.

Alors parfois il se passe la chose terrible à l’hôpital, souvenez-vous du Pr Mégnian à  Pompidou et du cynisme de ceux qui l’ont poussé à l’irrémédiable. Et il y en d’autres, bien d’autres...

Alerter toute la chaîne de la direction au ministre...rien. Mais cela va bientôt changer les lois évoluent, la presse écoute. Tremblez à Paris, à Lille, à Marseille, à Bordeaux, à Caen ou Strasbourg...

 

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