Camino a la utopia

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Il y a des mots en vogue, des modes… "Utopie" est sans doute l'un de ceux que j'entends le plus ces derniers temps. La quête d'un autre monde, d'une société idéale où tous les citoyens vivraient heureux et en harmonie est bien légitime, particulièrement lorsque la déception et le pessimisme règnent.

Alors quand on m'a proposé d'aller dans le sud de l'Espagne, je n'ai pas résisté à l'envie de faire un détour par Marinaleda, voir de mes yeux à quoi pouvait ressembler ce village dont on parle avec envie et espoir. Un village sans chômeur, sans police, sans loyers exorbitants, où tout le monde peut avoir de quoi manger et se loger avait tout pour réconforter mon optimisme naïf quelque peu mis à mal ces derniers temps. Lorsque l'on s'y rend, on ne sait pas tout de suite si l'on y est ou pas, tant il est dans la continuité d'une ville un peu plus grande: Mattaredonda. Marinaleda en est sa banlieue.

On y cherche ensuite le centre ville. Pas ou très peu de commerces, la route principale divise deux rangées de maisons identiques. Puis un terre plein central, une sorte de stade sans terrain de sport, un terrain vaguement aménagé semble dessiner le centre du village. Un café et une banque me confirme ma sensation. Sur le terre plein central un marché bien triste me rappelle ceux de l'Allemagne de l'est au début des années 80. Un peu plus loin, une salle de concert et un centre culturel.

Je suis déçu. Les gens n'ont pas l'air plus heureux qu'ailleurs.

A midi, le son d'un haut-parleur diffuse une annonce sur le toit d'une voiture qui passe au ralenti: ceux qui veulent participer à la récolte des fèves doivent se retrouver à 16h devant la coopérative agricole. J'essaie de savoir ce que pense le patron de l'unique bar. Il est désabusé et me dit qu'il y a des chômeurs comme partout, que tout n'est pas rose et que ce que l'on nous raconte n'est que propagande. 

Deux motards de la "guardia civil" passent au ralenti dans l'avenue "de la libertad". Ils inspectent du regard les ruelles adjacentes, à l'affût du moindre mouvement suspect. La chaleur commence à être écrasante, le marché est plié et l'heure de la sieste a sonné. Nouvelle déception. 

Après deux semaines passées en Andalousie je suis perplexe en roulant vers l'Allemagne. Je n'ai vu que des étrangers mendier dans les rues de Grenade: une touriste hollandaise baba cool qui a besoin d'un vaccin pour son chien fait la manche devant les vitrines d'une bijouterie joaillerie. Un couple de belges jouent du saxo devant les terrasses des cafés... Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de pauvreté pour les espagnols, mais ils ne sont pas dans la rue… Et la raison en est simple: plus qu'ailleurs, la solidarité et la structure familiale viennent compenser les difficultés de ceux qui ne s'en sortent pas. 

 Si le mot "utopie" ne me semble plus guère pouvoir élargir le champs du possible mais s'avère bien être du domaine du néologisme fictif, l'entraide, la fraternité, la solidarité me semblent bien être les valeurs indispensables à un rééquilibrage urgent des inégalités intolérables et choquantes qui nous entourent.

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