La faim justifie les moyens

Dans les régimes totalitaires et dans les pays pauvres, on fréquente la faim et on frôle la mort quotidiennement. Une grève de la faim y risquerait de passer inaperçue et ne réussirait pas à provoquer une mobilisation populaire capable de revendiquer des droits bafoués ou de créer des mutations sociales importantes.
Saint Patrick 2010/Soldat Louis - Bobby Sands © ericlp59
Saint Patrick 2010/Soldat Louis - Bobby Sands © ericlp59

Dans les régimes totalitaires et dans les pays pauvres, on fréquente la faim et on frôle la mort quotidiennement. Une grève de la faim y risquerait de passer inaperçue et ne réussirait pas à provoquer une mobilisation populaire capable de revendiquer des droits bafoués ou de créer des mutations sociales importantes.

S’exposant en victimes, les grévistes cherchent à alerter l’opinion publique et à provoquer une compassion massive capable d’ébranler les autorités et de les contraindre à modifier leurs politiques. C’est donc l’opinion publique qui décide si la cause d’une grève de la faim est juste ou non.

 http://blogs.mediapart.fr/blog/la-dame-du-bois-joli/180313/aider-ou-ne-pas-aider-carland

 Cet appel spectaculaire à la conscience populaire n’est guère possible que dans les régimes politiques où l’opinion publique jouit d’un pouvoir réel et pèse sur les décisions des gouvernants. En effet, il ne suffit pas que la cause soit bonne, il faut aussi convaincre la population de l’urgence de la situation ainsi que de la crédibilité du gréviste. Celui-ci doit se montrer prêt à aller jusqu’au bout de sa démarche en ne reculant pas devant la mort.

 http://blogs.mediapart.fr/blog/carland/200313/cmb-arkea-15eme-jour-de-greve-de-la-faim-la-presse-en-parle

Par contre, leur cause, aussi légitime soit-elle, ne doit pas se présenter comme perdue d’avance, il faut de fortes chances qu’elle soit entendue. C’est pourquoi l’appui médiatique est indispensable pour émouvoir l’opinion publique qui, à son tour, exercera son pouvoir de persuasion sur les autorités, de sorte que celles-ci sont contraintes de céder.

http://www.mediapart.fr/journal/france/190313/un-abonne-de-mediapart-en-greve-de-la-faim-contre-le-surendettement

La grève de la faim remplit une fonction éthique, appelant le public à la compassion et les gouvernants à la conversion. Elle pointe du doigt les injustices du système et l’urgence de modifications structurelles.

 En Novembre dernier, Stéphane Gatignon, le maire de Sevran (EELV) faisait une grève de la faim de cinq jours devant l’Assemblée nationale, aux termes desquels il obtient l’augmentation de la dotation de solidarité urbaine qu’il réclamait.

 En Janvier dernier, Jean-Christophe Grimaldi, un père de famille accusé d’agressions sexuelles sur sa fille, fait une grève de la faim de dix jours devant le palais de justice d’Avignon, aux termes desquels il est reçu par le procureur général et obtient quatre heures d’audition devant un juge d’instruction.

 En Mars 2013, Michel Madec, entame une grève de la faim pour obtenir un accord avec le Crédit Mutuel de Bretagne et aux termes de quinze jours de privation, n’a toujours pas obtenu gain de cause !

Dan Israel précise entre autres dans son article, que Michel Madec formule des exigences difficiles à assumer pour le CMB. Il demande d’abord que ce soit le président d’Arkéa, Jean-Pierre Denis qui s’occupe de son cas

Qui est Jean-Pierre Denis ?

Né le 12 juillet 1960 à Quimper. Il est l'actuel président du Crédit Mutuel de Bretagne, mais aussi le trésorier de la Ligue de football professionnelle (LFP) et trésorier général de la commission des finances de cette même ligue...

 http://www.lfp.fr/corporate/presentation#bloc_bureau

En 1988, à l’issue de son cursus à l’ENA, Jean-Pierre Denis intègre l'inspection des finances. En 1992, il rejoint la mairie de Paris comme directeur adjoint du cabinet de Jacques Chirac. Élu chef de l’État, trois ans plus tard, ce dernier le nomme secrétaire général adjoint de la présidence de la République. Il se trouve en désaccord d’opinion avec le secrétaire général Dominique de Villepin. et quitte l’Élysée en 1998. Il entre alors à la Compagnie générale des eaux (devenue en 1998 Vivendi) au poste de conseiller pour les opérations de croissance externe du président, Jean-Marie Messier. Il est ensuite nommé directeur général en 1999 puis président de Dalkia, poste qu'il occupe de 1999 à 2003 (groupes Vivendi puis Véolia Environnement)... Et hop en septembre 2007, il devient vice-président exécutif, puis, un an plus tard, président du groupe Crédit mutuel Arkéa et du Crédit Mutuel de Bretagne.

Alors dans le concert de l’opinion publique, il est impérieux que des voix se fassent entendre et servent de médiation entre Michel Madec et le pouvoir dont il est question !

Un suivi médical est vital à partir de la 3e semaine, suivant l'état de santé et la nature des réserves de départ, ainsi que les conditions du jeûne. Prolongé au-delà d'une certaine durée un jeûne provoque immanquablement la mort. Cette durée varie selon les individus, et peut atteindre plus de 85 jours. Bobby Sands est mort en 1981 en Irlande, après avoir engagé une grève de la faim d'une durée de 66 jours.

Un adulte de 1,70m, pesant 70 kg, s’il est en bonne santé, a de quoi tenir une quarantaine de jours…

Dans un pays où d’autres mettent fin à leurs jours en s’immolant devant les locaux de Pôle emploi, ou pire ( mais y a t il une échelle de valeur dans la monstruosité ?) quand rien qu’en 2013, on laisse mourir 85 personnes qui vivent dans la rue dans l’indifférence la plus totale, ne devrions-nous pas saisir cette grève de la faim comme une opportunité d’éveiller les sensibilités endormies et de faire bouger les choses ? Etes-vous réellement content de votre banque et êtes-vous sûr qu'elle ne viendra pas un jour, peut-être proche, vous prélever sans votre accord une contribution qui servira à renflouer sa propre dette ? 

Pour ceux qui n’auraient pas encore signé la pétition :

 http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134031

En tout état de cause, si une solution raisonnable n’était pas trouvée avant qu’une issue dramatique vienne accabler un peu plus le CMB, il y aurait fort à craindre de voir notre belle démocratie glisser imperceptiblement vers un régime totalitaire…

À moins que nous ne soyons déjà devenu un pays suffisamment pauvre pour être incapable de compassion, un pays où toute atteinte à la vie humaine ne soulèverait plus l’indignation ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.