Ferrara, humanum est

 

Toujours excédé par les critiques de films qui veulent absolument comparer le roman dont il est tiré avec l’œuvre cinématographique, Alfred Hitchcock se plaisait à raconter l’histoire suivante :« Vous connaissez l’histoire des deux chèvres qui sont en train de manger les bobines d’un film adapté d’un best seller ? Au bout d’un moment, une chèvre dit à l’autre : Moi je préfère le livre »… Eh bien, tous ceux qui s’évertuent à comparer l’affaire DSK avec le film de Ferrara (Welcome to New-york) me font penser à ces chèvres !

 Abel Ferrara est un cinéaste, un artiste. Il a une vision du monde et il sait nous la transmettre avec talent. En s’inspirant de l’affaire en question, il s’offre juste un prétexte pour nous conter une aventure humaine. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Même si l’homme en question nous est montré comme un porc au début du film, il nous inspire la pitié et le pardon lorsqu’il ose à la fin, dire qui il est vraiment. C’est un être malade, drogué par le sexe, et il ne changera jamais. Sans aller jusqu’à la rédemption, le lent processus d’emprisonnement, qui le mène de la solitude de sa cellule à l’isolement de l’assignation à résidence, nous impose un huis clos implacable et magistralement mis en scène. Le porc devient un ours qui tourne en rond dans sa cage dorée, éclairé par les reflets d’un New York by night. Il s’apaise peu à peu, rongé par les souvenirs de son passé.

 Pour une analyse plus détaillée du film, je renvois d’ailleurs à la lecture de l’excellente critique d’Emmanuel Burdeau :

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/180514/welcome-new-york-welcome-ferrara?page_article=1

Ou encore à ce judicieux billet d'une extrême lucidité:

http://blogs.mediapart.fr/blog/ariane-walter/220514/ariane-walter-welcome-new-york-elegant-courageux-et-intelligent

Je comprends ceux qui voient dans cette sortie de film, un buzz destiné à faire de l’argent. Qui a dit que le cinéma devait être un acte bénévole ? A ce que je sache, ce ne sont ni les producteurs, ni le réalisateur qui ont souhaité être censurés par une sortie en salles. Le film existe grâce à ce nouveau support qu’est l’internet, et tout compte fait cela vaut peut-être mieux de se passer des exploitants, de simples confiseurs qui utilisent les films comme produits d’appel et qui asphyxient le cinéma. Le cinéma indépendant a peut-être avec la VOD une occasion de s’en sortir.Enfin, je comprends ceux qui n’aiment pas ce film. Quels sont les films qui plaisent à tout le monde ?

A titre de comparaison, « Welcome to New York » a un budget annoncé de 3,5M  ( cachets des acteurs compris) ce qui est le montant du seul cachet de Danny Boon pour son film « Supercondriaque » ! Cela a de quoi laisser songeur. On ne peut donc pas comparer le 7e art avec le business du cinématographe. Ferrara fait partie pour moi d’une catégorie de metteurs en scène, tels Cassavetes, Aronofsky, Lynch,  … et tant d’autres qui méritent d’être vus, avant d’être insultés par un public méprisant.

En cadeau, et puisque c’est le festival de Khan Cannes, voici la lettre filmée de Jean-Luc Godard, adressée à Gilles Jacob et Thierry Frémaux …

 http://www.festival-cannes.com/fr/mediaPlayer/14236.html

Je vous souhaite d’y trouver, le vrai « faux raccord » de votre prochaine destinée …. ( JLG )

 

 

 

 

 

 

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