Transparence: à quand une déclaration du patrimoine des membres du Medef?

C'est le 3 juillet prochain qu'auront lieu les nouvelles élections du Medef. Le suspens est faible : porté par l'UIMM, Pierre Gattaz devrait être élu sans difficulté nouveau patron des patrons tant la puissante fédération de métallurgie dicte sa loi au Medef. L'objectif affiché est double : élire un successeur à Laurence Parisot capable de porter la voix de l'ensemble des entreprises françaises mais aussi donner un nouveau souffle au principal syndicat patronal français. En réalité, les deux objectifs semblent perdus d'avance tant l'organisation syndicale paraît sclérosée... Alors que François Hollande est en pleine opération séduction des entrepreneurs, et que les Ministres ont joué le jeu de la transparence, le Medef serait ainsi bien inspiré de mener une opération du même type pour se renouveler. Car à ce jour, le MEDEF est véritablement marqué par l'opacité et le mélange des genres... 

Un Financement opaque 

Dénoncée de toute part, l'opacité  de l'organisation patronale n'a pourtant pas évolué d'un iota depuis des années. Les critiques sur le financement du Medef ne manquent pas : dés 2007, Claude Thélot, conseiller maître à la Cour des comptes, estimait dans un rapport sur la formation professionnelle que : « dans l'état actuel des choses, la partie de la collecte affectée au financement des organisations patronales et syndicales est trop opaque, au sens où les contreparties de ce financement ne sont pas assez visibles. Nous sommes collectivement coupables de ne pas rendre le financement des organisations patronales et syndicales plus intelligible et plus transparent ». En 2011, le rapport Perruchot , qui avait pour mission de faire la lumière sur les finances des principaux syndicats, était encore plus éloquent. Malgré (ou plutôt à cause de …) ses conclusions radicales, les principaux mouvements politiques (UMP et PS en tête, à l'exception du Centre) décidèrent d'enterrer le rapport en votant contre sa publication de peur de froisser aec les principaux syndicats.

Le rapport montrait pourtant, preuve à l'appui, que le Medef « tape » sans vergogne dans les fonds des différents organismes paritaires : Sécurité Sociale, Unedic mais aussi formations professionnelles comme le Fongefor ou encore les fonds pour l'insertion des handicapés comme l'Agefiph). Ces sommes ont constitué, en 2010, 42 % des ressources cumulées de ces trois organisations soit une part presque égale à celle des cotisations de leurs adhérents (47 %).Cette même année, l'organisme patronale a par exemple touché la coquette somme de 8,4 millions d'euro de la part du Fongefor pour un budget total de 36 millions d'euros… Dans son livre « l'histoire secrête du patronat », Erwan Seznec cite ainsi le témoignage de Marc qui  qui s'est fait rémunérer par les fonds d'insertions handicapés pour son travail au Medef : «Ex-permanent du Medef en Normandie, j’ai été rémunéré par l’Agefiph pendant deux ans … Pendant ce temps, je n’ai rien, strictement rien accompli en termes d’insertion des handicapés. Les missions d’information auprès des entreprises étaient inexistantes ». 

Une démocratie interne marquée par le népotisme 

Yannick Jadot, député européen, déclarait en août dernier sur France Info que « le Medef est parfois assez peu représentatif des entreprises de ce pays, notamment celles qui innovent : on a souvent, à travers le Medef, l'un des patronats les plus conservateurs d'Europe, jouant essentiellement les privilèges des entreprises du CAC 40 plutôt que les PME qui sont l'avenir de notre industrie en France." Des critiques partagées par un ancien membre du Medef, Eric Verhaeghe, qui avait claqué la porte du syndicat patronal en 2010 : « Pour aller vite, l’équilibre financier des organisations syndicales, salariales ou patronales, est aujourd’hui assuré par des ressources extérieures aux cotisations… Dans ces conditions, il est assez facile de comprendre pour quelle raison toute évolution dans ce domaine est systématiquement bloquée. L’enjeu est autant de prendre des positions représentant les intérêts de leurs mandants que des positions conformes à leurs intérêts financiers directs… Les organisations patronales ne « crachent-elles pas dans la soupe » lorsqu’elles dénoncent les charges qui pèsent sur les entreprises… mais dont elles vivent ». 

Vous l'aurez compris, les organismes paritaires permettent aux grandes entreprises françaises de financer le Medef : les entreprises publiques ou anciennement publiques comme France Telecom, EDF ou la SNCF y tiennent ainsi une large part. Mais ce financement ne se fait pas sans contrepartie : il leur permet de tenir les rênes de l'organisation et de dicter leur orientation stratégique à l'organisation syndicale. Un système qui s'auto alimente en dépit de toutes les autres entreprises qui pourraient y avoir un intérêt : difficile par exemple de retrouver des représentants des PME ou d'entreprises innovantes aux seins de son conseil éxecutif. Une majorité des membres exécutifs proviennent en réalité des principales fédération, avec en premier lieu la main mise de l'UIMM. Eric Verhaeghe poursuit ainsi « Les modalités de désignation des administrateurs sont laissées à l’appréciation des organisations représentatives, ce qui entretient le sentiment d’amateurisme et de népotisme« 

Logiquement, on retrouve ce mélange des genres au sein même des élections du Medef. Pierre Gattaz, favori à la présidence du Medef, se fait ainsi financer son site Internet par la FIEEC (Fédération des Industries Electriques Electroniques et de Communication) : une simple vérification de son nom de domaine en donne la preuve, alors qu'il n'est pas officiellement candidat au nom de la FIEEC.  En tout cas sa candidature n'a jamais été validée par le comité d'administration de la FIEEC ! Il ne semble même pas s'en cacher : apparaissant sur ses photos d'invitations de colloques accompagné systématiquement des membres dirigeants de la FIEEC (comme sur la photo des Echos), et utilisant certains d'entre eux comme chargés de mission sur sa campagne, bien que rémunérés par la FIEEC !Au final on retrouve dans les élections internes les mêmes comportements opaques et douteux que pour le financement. 

Un Medef peu représentatif des entreprises françaises 

En étant financé à hauteur de 43% par le paritarisme, les fédérations les plus puissantes comme l'UIMM ont ainsi la main mise sur l’organisation patronale, ce qui engendre logiquement un problème de représentativité. Les PME, TPE ou encore les marchés de niches sont ainsi totalement sous représentées par le Medef. Interrogé par la mission Perruchot, Laurance Parisot s’est déclarée quant à elle dubitative sur l’établissement d’un lien entre financement et représentativité : « je ne sais pas si la question du financement et celle de la représentativité sont liées.». Sur une possible évolution de cette représentitivité elle estime que «  nul n’a proposé de modèle qui permettrait de l’envisager différemment. J’ai toujours dit que nous restions ouverts au débat mais définir une autre logique me semble difficile ». Justement le rapport Perruchot émettait tout un lot de propositions allant dans ce sens : notamment la suppression du financement du Medef par les organismes paritaires... 

Comment l'organisation patronale pourrait elle se renouveler et mieux représenter les positions et la diversité des entreprises françaises ? Il faudrait déjà qu'elle fasse un réel effort de transparence, critère qui lui a particulièrement manqué jusqu'ici. Dans ces conditions, pourquoi ne pas réclamer aux membres exécutif du Medef de rendre publique leurs déclaration de patrimoine sur le même modèle que les ministres ? Cela aurait le mérite de rendre moins opaque l'organisation, et surtout de donner un sacré coup de fouet à un syndicat qui en a bien besoins.

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