Veolia, Suez: faisons de l'eau un bien commun pour en finir avec les scandales!

Pour une municipalisation de la gestion de l'eau des villes : Quels avantages les communes françaises ont elles à délaisser la gestion de leur eau à des opérateurs privés comme Suez ou Veolia ? La question peut se poser tant les scandales ont émergé ces dernières années : corruption à grande échelle, appels d'offres déguisés, gestion hasardeuse … La pilule a d'autant plus de mal à passer que le service rendu est loin d'être à la hauteur (entretien des canalisations défectueux ...).

Pour une municipalisation de la gestion de l'eau des villes : Quels avantages les communes françaises ont elles à délaisser la gestion de leur eau à des opérateurs privés comme Suez ou Veolia ? La question peut se poser tant les scandales ont émergé ces dernières années : corruption à grande échelle, appels d'offres déguisés, gestion hasardeuse … La pilule a d'autant plus de mal à passer que le service rendu est loin d'être à la hauteur (entretien des canalisations défectueux ...). Tout ceci pour quoi ? Des tarif excessifs où même les opérateurs privés reconnaissent un prix supérieur de 15% à une gestion publique, pourcentage que l'on peut en réalité doubler comme le montrait une enquête d'UFC Que Choisir de 2009. Même Bruxelles, plutôt du genre à laisser faire d'habitude, à juger utile de lancer l'an dernier une enquête sur les pratiques des multinationales de l'eau française qu'elle soupçonne de malhonnêteté. C'est dire l'ampleur de la fraude. Si aujourd'hui 300 communes ont eu la bonnes idée de se passer des services de ces multinationales, il serait temps qu'un plan à l'échelle nationale redonne aux pouvoirs publics le contrôle de la gestion de l'eau. 

L'exemple de Paris est probant : en 2010 elle a remunicipalisé la gestion de son eau au détriment de deux opérateurs privés Veolia Environnement, pour la rive droite, et Suez Environnement, pour la rive gauche. Au final la ville affiche dorénavant un tarif de 2,9€/m3, à comparer au 3,9€/m3 dés lors qu'on franchit le perif. En bref un service rendu moins cher et plus efficace pour les parisiens plutôt qu'un enrichissement aux actionnaires de Veolia ou Suez. Des villes comme Grenoble, Rouen, Castres ou Cherbourg ont suivi le bon exemple de la capitale pour faire de l'eau ce qu'elle doit être en définitive : un bien public. 

Suez et Veolia : faire taire leurs détracteurs à tout prix 

Même lorsque les partenariats public-privé se terminent, les multinationales n'ont aucun scrupule à revenir à la charge. But de la manœuvre : chercher à décrédibiliser toute personne ou entité émettant la moindre critique à leur égard. Gabriel Amard, élu de l'Essonne, en a subbit les frais : en participant à la remunicipalisation de la distribution de l'eau des Lacs de l'Essone, Suez n'a pas hésité à faire appel au cabinet Vae Solis, spécialiste en gestion de crise avec comme objectif : «Limiter, réduire et discréditer sur le fond la communication agressive et néfaste» de Gabriel Amard sur la gestion publique de l’eau. Peu de scrupules donc … 

Même traitement de faveur pour les médias qui osent dénoncer ces pratiques. Le remarquable documentaire « Water Makes Me Money » en a ainsi été la cible. Diffusé il y'a 2 ans sur Arte et rediffusé le 12 février dernier, il mettait en lumière les pratiques scandaleuses de Suez et Veolia, accusées de manipuler les appels d'offres des communes via une corruption largement installée. Le PPP (partenariat public-privé) y' était largement dénoncé : principe consistant à attirer les communes avec une coquette somme d'argent afin d'empocher le contrat de gestion d'eau local au détriment des habitants de la municipalité qui en payent le prix. 

Après avoir tout tenté en vain afin de faire interdire le film à sa sortie, Veolia intente en diffamation les diffuseurs du film avec un procès ayant lieu en ce mois de février. La plainte ne porte pas sur le fond (ça sonne comme des aveux) mais sur le mot « corruption » utilisé à maintes reprises dans le film. L'entreprise française s'attaque lors de cette procédure judiciaire aux diffuseurs du film, une petite société de diffusion française, La Mare aux canards, et non pas aux réalisateurs. A lire ici la lettre envoyée par l'association allemande des professionnels du documentaire à la direction de Veolia. 

Où sont les promesses du gouvernement ? 

Dénoncé par de plus en plus d'élus, de médias et même par Bruxelles donc, quel nouveau scandale attendent les politiques pour permettre aux français de se réapproprier ce bien commun ? Le gouvernement avait pourtant promis de remettre à plat au niveau nationale cette gestion hasardeuse et injuste de l'eau. C'était en tout cas l'un des 60 engagements du candidats Hollande début 2012 : « Je ferai adopter une nouvelle tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz afin de garantir l’accès de tous à ces biens essentiels et d’inciter à une consommation responsable. Elle permettra de faire sortir de la précarité énergétique 8 millions de Français. » Le dispositif prévoit un système de palier avec un tarif de l'eau qui varie en fonction de la quantité demandée (plus on consomme d'eau, plus le tarif au m3 serait cher) : les consommateurs les plus précaires, et donc ceux qui consomment le moins, seraient ainsi privilégiés. On en est encore loin … 

Un an plus tard, plus aucune nouvelle de cette proposition. Une étude de 60 millions de consommateurs portant sur 4000 factures de consommateurs et dont les premiers résultats sont parus l'an dernier a même montré tout l'inverse. Si les prix varient de 1 à 3 selon sa commune (2,26 €/m3 jusqu'à 7,05 €/m3), l'étude a montré que le tarif était en fait dégressif selon le volume ! De 5,40 €/m3 pour ceux qui consomment moins de 30m3 à 3,08 €/m3 pour ceux qui consomment plus de 120m3. En somme tout l'inverse de la proposition d' Hollande et même de la législation actuelle qui interdit de pratiquer un tarif dégressif ! Encore une preuve de l'opacité du système qu'il est urgent de réformer. 

Faire du droit à l'eau un droit humain et promouvoir la fourniture de l'eau en tant que service public  : c'est l'objet de la pétition (salutaire) lancée par l'association Right to watch qui a déjà obtenu 1,2 millions de signataire. Elle invite la Commission européenne à proposer une législation qui reprenne ses propositions, notamment la nécessité d' »exclure les services des eaux de la libéralisation ». En quelque sorte un prolongement de la résolution de l'ONU reconnaissant depuis juillet 2010 le droit à l'eau comme un droit humain. Espérons que la France et l'Europe seront sensible à cette pétition afin de prendre leurs responsabilités et en finir avec la mainmise des multinationales de type Suez ou Veolia sur la gestion de l'eau. Pour que l'eau devienne enfin un bien commun pour tous.

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