Combes, Zimmermann, Varin : pourquoi les patrons se versent des primes quand leur entreprise va mal ?

Comment est-il possible que des dirigeants au bilan médiocre, parfois franchement mauvais, puissent dans un même moment recevoir des parachutes en or, des actions préférentielles ou même des augmentations ?

Michel Combes nous avait pourtant prévenus : "Je ne souhaite pas d'indemnités de départ." Nous allions voir ce que nous allions voir. Il s’agissait de vendre à l’opinion la vente d'Alcatel-Lucent à Nokia, avec les fameuses restructurations ad hoc dans ce genre de méga-fusions. On connait la suite : 13,7 millions d'euros promis, probablement la moitié bientôt versés. Certes, nous rappellera-t-on, soyons précis, juridiquement, il ne s’agit pas d’indemnité de départ, mais des stock-options, une retraite chapeau, une clause de non-concurrence… On pensait en avoir fini avec l’époque des patrons trop gourmands, un an et demi après le scandale provoqué par la retraite chapeau de 21 millions d'euros octroyée à Philippe Varin, lors de son départ de la présidence d’un groupe PSA Peugeot Citroën après une tentative pour le brader à une entreprise chinoise, ou, bien entendu, le fameux bonus de 16 millions d’euros du patron de Publicis Maurice Lévy, qui voulait « hypermériter sa rétribution » et qui semblait en train de revendre en douce le français Publicis au concurrent anglo-saxon de toujours.

Même mode opératoire, comme l’on dit en langage policier : vertu affichée, résultats médiocres, absence de solution stratégique à long terme, vente discrète des bijoux de famille à un groupe étranger. Dans tous les cas, le capitaine est le premier à quitter le navire, si possible avec le pactole.

Les énarques, le CAC40 et l’ancienne économie n’ont pas le monopole du (haut le) cœur. Prenez tout récemment, Cyril Zimmerman, le fringant patron d’Hi-Média, un acteur technologique de la publicité, avec l’annonce en septembre 2015 d’une baisse du chiffre d’affaires de 5 millions et une perte nette de 31,8 millions d’euros a pu recevoir plusieurs centaines de milliers d’euros, des actions en plus et des jetons de présence. Selon le dernier rapport financier d'Hi-Média, sa société personnelle a reçu 510 000 euros pour des prestations de conseils relatives à l’ensemble des restructurations nécessaires à la réunion des entités paiements sous la société HPME et en vue de la cotation de HiPay Group. Les rémunérations et les avantages relatifs aux membres des organes de direction comptabilisés en compte de résultat s’élèvent à 274k€ (contre 252k€ au 30 juin 2014). Mieux, en juin 2015, lors de l’entrée en bourse du groupe (avant donc les mauvais résultats de septembre), une petite clause discrète dans le document financier annonce tout de suite la couleur : « En ce comprenant respectivement 1 030 174 actions pour M Cyril Zimmermann, 94 150 actions pour M Gabriel de Montessus et 324 917 actions pour M Eric Giordano. Par ailleurs, Messieurs Cyril Zimmermann, Gabriel de Montessus et Eric Giordano bénéficient respectivement de 600.000 actions gratuites et 300.000 options de souscription ou d'achat d'actions, 700.000 actions gratuites et 300.000 options de souscription ou d'achat d'actions et 125.000 actions gratuites. » Un dirigeant bien traité tout de même pour des résultats sans saveur.

Comment expliquer de tels régimes de faveur pour les dirigeants économiques, alors même que leurs sociétés, leurs salariés, souffrent ?

La bascule intellectuelle apportée par l’école de Chicago, qui, calculs à l’appui, définit l’entreprise comme un outil destiné à maximiser les flux de trésorerie (le flux de « cash » dit la théorie financière) pour ses actionnaires a conduit à aligner l’intérêt des dirigeants avec celui des actionnaires. Oubliez les salariés, oubliez l’emploi dans un territoire donné, oubliez l’intérêt national, oubliez le fait que la France a intérêt à conserver les centres de contrôle sur son territoire. Les dirigeants répondront à cette critique que la France n’a qu’à proposer un environnement propice à l’emploi et à l’économie : les dirigeants politiques ont ouvert les frontières et mis le territoire en concurrence avec des pays à faible protection sociale sans se préoccuper de faire les réformes liées à cette ouverture.

Acceptons l’argument. Mais la méthode qui consiste à aligner la rémunération des dirigeants sur les performances de l’entreprise ne serait peut-être pas la plus mauvaise si elle ne se doublait pas d’un étonnant addendum en France : si la rémunération peut grimper à la hausse, elle n’est manifestement pas réduite à la baisse, comme le montrent les exemples de dirigeants présentés précédemment.

La conséquence : que l’on soit de gauche ou de droite, que l’on prenne une logique libérale ou antimondialiste, certains appointements des dirigeants français sont choquants et trop répandus.

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