Isolons la terre contre le CO2: le faux nez de Saint Gobain

C'est le nouveau tour de passe-passe inventé par les communicants des multinationales : se créer une assos ecolo pour mieux servir ses intérêts. L'association « Isolons la terre contre le CO2 » lancée par Saint Gobain en est le parfait exemple : sous couvert de protection de l'environnement, son association écologique lui permet d'influer sur les politiques avec pour objectif de faire adopter une législation qui lui soit favorable. Des mesures qui lui permettent de vendre d'avantages de ses produits isolants. Communiquer au service de l'entreprise (objectif réel : vendre plus de produits) en se faisant passer pour une association écologique (objectif affiché : faire baisser les émissions de CO2) : on pensait avoir tout vu en matière de greenwashing mais un montage habile ne rend pas moins cynique. 

Isolons la terre : organe de communication de Saint Gobain 

Il y'a la version officielle, lue dans ses statuts : créée début 2004 par un collectif d'industriel, l'association a pour objet «la mise en œuvre d’études, d’actions d’information et de sensibilisation auprès des pouvoirs publics et autres institutions concernées, des professionnels du bâtiment et du grand public, afin que tous se mobilisent, prennent des dispositions et agissent en faveur de la limitation des émissions de CO2 ... ». En réalité pas besoins de chercher bien loin (une simple recherche sur Internet) pour prendre conscience de la supercherie : l'association est en fait un faux nez de Saint Gobain qui lui permet de communiquer via un organisme écologique à l'image beaucoup plus politiquement correct. Quand on y regarde de plus près, la majorité des membres d' Isolons la terre contre le CO2 ont une fonction clés au sein de Saint-Gobain. Pascal Eveillard, directeur marketing et communication du groupe Saint-Gobain est aussi co-fondateur d'Isolons la Terre ou encore Sylvie Charbonnier, responsable développement durable de Saint Gobain Isover, qui est membre et porte parole de la même association. En définitive un beau copier coller des postes de responsables communication et développement durable du groupe leader mondial de solutions isolantes ! 

Dans ces conditions, on peut imaginer la discussion du top management du groupe qui a poussé à la création d'Isolons la terre contre le CO2  :

  • Est ce que quelqu'un a une bonne idée pour mieux vendre nos solutions isolantes ?

  • On pourrait créer une assos écolo qui dénoncerait les méfaits liés aux émissions de CO2. Elle aura toute la légitimité pour faire pression sur les pouvoir publics afin de faire adopter des mesures encourageants la rénovation thermique. Cela devrait faire exploser le marché de nos produits isolants : personne ne devrait rien avoir à y redire ! CQFD ! 

Utiliser une association pour du lobyying industriel 

L'association permet surtout aux industriels, sous prétexte de réduction d’émission de CO2, de faire pression sur les pouvoirs publics pour faire adopter des mesures qui lui sont favorables. En 2008, le collectif a ainsi fait un fort lobbying sur l'amendement Ollier du Grenelle de l'environnement prévoyant un seuil de consommation d'énergie primaire. L'association ne trouvait en revanche rien à redire sur le type d'énergie utilisée (comme les possibilités de substitution d’énergie carbone par des énergies propres), sur les autres sources d'émission de CO2 ou encore sur les avantages de l'efficacité énergétique active (régulation des flux d'énergie dans les bâtiments). Logique ces alternatives ne servaient en rien les intérêts de la maison mère.

Ces pratiques de lobbying (douteux) ont été décrites dans plusieurs médias, le site « Objectif Passif » se faisait notamment l'écho de ces techniques : « Un parfait exemple de lobbying : un représentant de l'association "isolons la terre contre le CO2" une création du groupe Saint Gobain, est présent dans chaque instance décisionnaire de la future réglementation thermique. » … « Les conséquences directes et indirectes de ce contrôle sont un certain immobilisme, des discours formatés et habilement distillés auprès des professionnels du secteur, discours qui, en général, ont l'argument de la réglementation pour anéantir toute tentative de techniques ou produits concurrents ».

Même constat dans l'essai « Lobbying les coulisses de l'influence en démocratie » : « Des géants de la construction (Lafarge, SainT-GOBAIN, Placo, Efisol) se sont regroupés dans un collectif aux objectifs explicites : Isolons la terre contre le CO2. Par le biais d'études nombreuses, chiffrées et documentées, ce collectif a fait un intense lobbying entre 2004 et 2007 … pour lutter contre le gaspillage énergétique dans le secteur du bâtiment... Le bénéfice pour eux est évident : la rénovation des bâtiments est une nécessité pour lutter contre le gaspillage énergétique, est également une opportunité économique pour les industriels de la construction. ». Une belle opportunité économique, effectivement ! 

Les communicants en paraissaient presque moins cyniques quand ils défendait les positions de leur entreprise sans se cacher derrière une soit disant association : au moins on savait au nom de quel organe ils prenaient la parole. Au nom de Saint Gobain, ils pourraient plutôt communiquer sur les affaires en cours, comme celle portant sur la mort d'un salarié exposé pendant 22 ans à l'amiante dont le tribunal d'Avignon a reconnu en janvier dernier « la faute inexcusable » de l'entreprise ...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.