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Billet de blog 9 février 2010

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L'évolution de la crise iranienne depuis le 12 juin (3)

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L’Achoura

"Le triomphe du sang sur l'épée", "A bas l'humiliation", "Raviver le Vrai", "la victoire de l'opprimé" : autant de slogans qui rappellent aujourd’hui la bataille de Karbala, bataille de l’armée du calife omeyyade Yazîd Ier contre l'armée des partisans de l'imam Hossein, petit-fils de Mahomet, réduits à 72 hommes et enfants et massacrés au cours de la bataille. Les musulmans chiites d'Iran commémorent depuis quelques centaines d’années, l'Achoura (dixième jour du mois sacré de Moharram et date anniversaire de cette bataille) marquant la fin tragique de l'imam Hossein. Cette histoire qui constitue un des mythes fondateurs du chiisme, est celle de la lutte des opprimés contre leurs oppresseurs. C’est l’histoire d’un « non » sacré au tyran. C’est l’histoire des hommes qui « choisissent librement la mort face à ceux qui sont condamnés à vivre ». Ce qui est en jeu à Karbala, c'est le droit à la révolte contre l’injustice. Quel paysan iranien, quel ouvrier, quel étudiant ou petit commerçant de Téhéran resterait insensible à cette rhétorique (que ce soit sous le Shah ou sous le guide suprême)?

Neyestani


Ce mythe a beaucoup inspiré les luttes politiques en Iran dans les années 1960-1970. C'est non seulement le cas de penseurs comme Ali Shariati qui ont développé l’idée d’une théologie de l'émancipation mais aussi celui d'un certain nombre de militants de gauche, comme Khosrow Golsorkhi, poète et militant communiste, exécuté en 1974 et qui avait comparé avec une certaine éloquence lors de son procès, la lutte de la gauche iranienne avec celle de l'imam Hossein.


Les cérémonies de l’Achoura ont toujours échauffé les cortèges de manifestants au cours des transitions politiques importantes comme en 1978, 1981 et 1997. Ces manifestations religieuses peuvent potentiellement changer de nature et revêtir une dimension proprement politique. Le 26 décembre 1978, 45 jours avant la chute du Shah, à l’occasion de l’Achoura, près de deux millions de personnes s'étaient rassemblées à Téhéran pour réclamer l'abdication du Shah.


31 ans plus tard, les rues de Téhéran et d’autres villes du pays notamment à Ispahan, Najafabad, Arak (centre), Shiraz (sud), Babol (nord), Machhad (nord-est) et Tabriz, se sont transformées en scènes de massacre. Cette année, près de 2 millions de manifestants à Téhéran ont rejoué une version très proche du Tazieh (théâtre traditionnel iranien commémorant le martyre de l'Imam Hossein), le principal leader de l'opposition étant comparé à la figure martyre du chiisme : « Ya Hossein, Mir Hossein » scandaient les manifestants. Ceux-ci le soutenaient en criant « Nous somme la troupe de Hossein, nous soutenons Mir Hossein ». Ali Khamenei de son côté a été comparé à Yazîd : « Khamenei est devenu Yazîd, Yazîd paraît innocent devant lui ». La plupart des slogans visaient Khamenei « Autant de troupes se sont rassemblées, elle se sont rassemblées contre le guide ». De la même façon que les contestations après l’élection de juin ont remis en question la légitimité des bureaux de vote dans le cadre de la « République » islamique, cet événement a sérieusement endommagé la légitimité religieuse de la République « islamique ». Les manifestants remettent en question la nature religieuse du régime en scandant des slogans comme : « Le viol dans les prisons, est-ce aussi écrit dans le Coran ».


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