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Billet de blog 10 février 2010

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L'appel de Mousavi avant le 22 bahman (11 février)

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Le 11 février prochain (22 bahman dans le calendrier persan) aura lieu le trente et unième anniversaire de la victoire de la révolution islamique sur le régime du Shah, et comme chaque année, une grande manifestation populaire est prévue pour commémorer cet événement. Habituellement, l'avenue Azadi est abandonnée à la population : on s'y promène en famille ou entre amis, on y mange, on assiste aux petits spectacles donnés dans les stands officiels pendant qu'on entend, diffusé par les hauts parleurs, les discours nationalistes des plus hautes figures du régime.

Il décrit la situation actuelle de l'Iran dans des termes plus durs qu'auparavant en disant que "la dictature au nom de la religion est la pire de toutes". Il affirme ensuite avoir perdu toute confiance dans les institutions : "nous avons perdu tout espoir dans l'institution judiciaire. (…) Aujourd'hui les cellules sont occupées par les enfants les plus sincères et les plus attachés à la révolution : étudiants, professeurs, et autres. Ils essayent de les condamner pour espionnage ou pour des crimes financiers ou sexuels – charges qui sont basées sur des formules périmées – alors que les vrais criminels et les voleurs qui siphonnent l'argent public sont libres." Parallèlement, il dénonce la confiscation des pouvoirs du parlement par le gouvernement.
Mousavi combat les mensonges économiques d'Ahmadinejad : "Je ne pense pas qu'il faut choisir entre la justice et la liberté" (…) Aujourd'hui, ceux qui sont responsables de la misère du peuple et de l'arriération de la nation sont ceux qui sont responsables de l'inflation, du chômage et du déclin économique du pays. Ils amènent le pays à la limite de la ruine. (…)
Dans tous les cas, les classes défavorisées de la société qui sont attachées aux valeurs islamiques ont potentiellement les mêmes revendications que le mouvement vert."
Ensuite, il inscrit les revendications populaires dans le cadre de la constitution de 1979 qui a besoin avant tout d'être respectée : "Nous devons tous être vigilants. Violer les droits du peuple tels qu'ils sont donnés dans la constitution et dénier aux citoyens le droit d'être maîtres de leur propre destin mène au détournement de la constitution, cet héritage national sans prix." Mais, bien qu'il craigne une modification de la constitution, il n'en écarte pas la possibilité : "J'ai déjà dit que la constitution n'est pas quelque chose qui ne peut pas être changé. Cela a été fait en 1988 et cela peut être répété".
Enfin, Mir Hossein Mousavi appelle les Iraniens à manifester à l'occasion du 22 bahman, et en appelle à l'humanité commune qui unit les forces de sécurité et le peuple : "Les rassemblements et les manifestations pacifiques font partie des droits du peuple. (…) Mon conseil aux bassidj et aux forces de sécurité est d'être calmes et gentils. Mon conseil aux partisans du mouvement vert est de réduire leurs signes de reconnaissance, qu'ils s'en servent pour se détacher du lot beaucoup ou plus discrètement. Ce mouvement a grandi au sein du peuple et il lui appartient. Tous doivent garder à l'esprit leurs croyances, leurs valeurs et leurs traditions, mais nous ne devons pas oublier notre objectif final : un Iran développé, indépendant, libre et uni."
On peut tirer de cet interview trois enseignements majeurs :
D'abord, contrairement à ce qui avait été dit, Mousavi ne s'est pas incliné devant l'intransigeance du pouvoir actuel, incapable de négocier et enfermé dans une posture autoritaire et paranoïaque. Au contraire : il dénonce, avec plus de force encore que dans ses communiqués précédents la dérive dictatoriale du régime, la trahison des institutions et la montée de l'oppression. Pour autant, il n'abandonne pas la posture réformiste et s'inscrit au coeur de l'idéologie originelle de la république islamique. La dénonciation de l'oppression se fait au nom de la constitution, celle-là même qui défend le droit du peuple à manifester pacifiquement. Surtout, il reprend, au nom du mouvement vert, la question de la justice sociale, accaparée jusqu'à présent par Ahmadinejad. En liant la lutte pour la justice sociale avec celle pour la liberté, il donne au mouvement vert une ampleur nouvelle et inédite. Ce ne doit plus être qu'un mouvement des classes moyennes et éduquées, mais un rassemblement du peuple entier.
Pendant ce temps, Ahmadinejad essaye de reprendre la main avec un nouveau revirement dans les négociations nucléaires.

 

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