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Billet de blog 11 février 2010

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L'évolution de la crise iranienne depuis le 12 juin (4 - dernière partie)

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La politique de la peur/ La « peur de la peur »

«Je remercie le chef du pouvoir judiciaire d’avoir exécuté deux émeutiers et je lui demande d’en exécuter d’autres s’ils ne mettent pas fin à leurs protestations. […] Nous avons montré de la faiblesse depuis l’Achoura [la grande célébration du deuil chiite, qui avait été l’occasion d’importantes manifestations, ndlr]. Maintenant, il n’y a plus d’espace pour la tolérance.» a déclaré Ahmad Jannati à la prière du vendredi du 29 janvier à Téhéran. Le secrétaire du Conseil des Gardiens de la Constitution [la plus haute autorité législative du régime] faisait allusion à la pendaison de Mohammad Reza Ali Zammani et Aresh Rahmanipour, accusés d’être «mohareb» (ennemis de Dieu) deux jours plus tôt.

Pourtant, on peut s'interroger sur l'efficacité de cette politique. En effet, l'évolution des événements montre que cette peur, plutôt que de soumettre les gens et de rendre indifférente la population, a créé une sorte d’unité et de solidarité au sein de la société. Cela se reflète dans les slogans des manifestants ; « N’ayons pas peur, n’ayons pas peur, nous sommes tous ensemble » crient les manifestants lorsqu’ils sont attaqué par les forces de l’ordre. Cette solidarité a aussi donné naissance aux nouvelles associations telles que « Les mères en deuil » qui contestent le terrorisme d'Etat. L’usage excessif de la peur a également révélé la vraie nature du gouvernement. Moins un signe de force que de faiblesse, la violence d'Etat encourage l'opposition.

 

En mois de juillet, après la fermeture de la prison de Kahrizak le "Guantanamo" iranien, Mehdi Karoubi a donné des preuves des viols dans les prisons, provoquant un gigantesque scandale. Quelques jours plus tard, une vidéo largement diffusée sur Youtube, montre le témoignage d’une ancienne prisonnière politique exilée qui raconte comment elle avait été violée par son interrogateur il y a 30 ans. Quelques jours après, la vidéo d'Ebrahim Sharifi confirmait les accusations de Karoubi, dont il était un des témoins. Il avait enregistré cette vidéo par son téléphone portable avant qu’il s’échappe du pays. D'autres témoignages sont ensuite apparus.

 

 

Le fait que les tortures sexuelles sont systématiquement exercées par les autorités d’un régime qui se prétend le champion des valeurs religieuses, montre à quel point ces témoignages sont révélateurs. Sachant l’enjeu culturel et social en Iran, on comprend l’importance du témoignage de ces victimes. Ils brisent à la fois un tabou en racontant ce qu’ils ont subi et défient le pouvoir en montrant leur courage.

 

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