LA BALLADE DE FILLON ET DU GROS MAGOT

Vous connaissez sans doute la Ballade de Villon et de la Grosse Margot, finement transposée par Bertolt Brecht et Kurt Weill en "ballade su souteneur" dans l'Opéra de Quat'sous. La tentation était trop forte de la transformer en BALLADE DE FILLON ET DU GROS MAGOT. Si l'interprétatation est un peu hasardeuse, c'est que nous n'avons guère pris le temps de répéter… À écouter sur le lien ci-dessus.

https://www.youtube.com/watch?v=YrX4IPTfry0&feature=youtu.be

LA BALLADE DE FILLON ET DU GROS MAGOT

 

En ce temps là, il y a bien longtemps,

J'étais un jeune député fringant.

 

Pénélope s'occupait des enfants

 

Mais nous étions toujours à court d'argent.

 

J'ai une combine, je n'ai qu'à l'embaucher !

 

Après tout él'ver les enfants d'un député,

 

Personne ne peut dire que ce n'est pas l'assister.

 

Le premier qui ose me parler d'emploi fictif,

 

Je lui envoie aussitôt mon poing sur le pif.

 

Et c'est parti pour six ans de bonheur,

 

en se goinfrant de l'argent de l'État.

 

 

 

En ce temps là, il y a moins longtemps,

 

Je fus appelé au gouvernement.

 

Je la refilai donc à mon suppléant

 

Tout en faisant doubler ses appointements.

 

Et la combine continuait à marcher.

 

Elle n'a jamais rien fait pour se faire remarquer,

 

la discrétion c'est sa principale qualité.

 

Si personne ne se souvient d'elle à l'assemblée,

 

c'est sans doute que c'est amnésique, un député.

 

C'était r'parti pour cinq ans de bonheur,

 

en se goinfrant de l'argent de l'État.

 

 

 

Puis ayant quitté le gouvernement,

 

Je m'offris un fauteuil de sénateur.

 

Je pus alors employer mes enfants

 

pour leur inculquer le sens des valeurs :

 

Quand on a l'occasion, à quoi bon se priver ?

 

Je leur appris qu'il n'y a pas d'âge pour le profit,

 

qu'il faut prendre l'argent où y en a quand y en a,

 

Et que moi même parfois je n'hésitais pas

 

à puiser des deux mains dans les caisses du sénat.

 

Toute la famille nageait dans le bonheur,

 

en se goinfrant de l'argent de l'État.

 

 

 

Quand je devins chef du gouvernement

 

Je lui trouvai une nouvelle situation :

 

Un de mes amis riches et puissants

 

avait envie d'une décoration.

 

Tu m'files cent mille, et t'auras ton ruban.

 

En échange, tu lui fais écrire des p'tits papiers

 

Pas plus de deux par an, faut pas la surmener

 

C'est pas gênant si ce n'est pas bien rédigé

 

Tu trouveras bien quelqu'un qui saura corriger

 

Pour financer notre part de bonheur

 

Il n'y a pas que l'argent de l'État.

 

 

 

Quand je voulus devenir Président,

 

les choses commencèrent à se gâter.

 

les journalistes me montraient les dents

 

Ils avaient déterré la vérité.

 

On m'assassine, les juges veulent me lyncher.

 

Mais attendez un peu que j'aie pris le pouvoir,

 

Alors vous allez voir ce que vous allez voir !

 

Tous ces fonctionnaires, policiers et magistrats,

 

je les chasserai à coups d'balai comme des rats.

 

Et j'atteindrai au suprême bonheur,

 

Ça s'ra l'bordel au sommet de l'État.

 

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