IRENE TENEZE
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Billet de blog 24 févr. 2018

SOYONS TOUS DES POLYGLOTTES CONVAINCUS

INTERVENTION interrogative au FESTIVAL de la DIVERSITE organisé par la Mairie du XIX-ème arrondissement de Paris. Il s’agit ici pour notre association de réfléchir à son expérience relative aux langues étrangères et aux contes au sein des écoles Romainville, Eugénie Cotton et Compans dans le cadre des ARE/TAP. La parole est ce que nous avons en partage.

IRENE TENEZE
Animatrice de L'Ecrivain Polyglotte
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

INTERVENTION interrogative au FESTIVAL de la DIVERSITE
organisé par la Mairie du XIX-ème arrondissement de Paris.

Bonjour, c’est avec un plaisir infini que notre association a répondu à l’invitation de notre Mairie et je vous remercie de nous accueillir et de nous donner la parole.
Il s’agit ici, pour notre association L'Ecrivain Polyglotte, de réfléchir à son expérience relative aux langues étrangères et aux dires des contes au sein des écoles Romainville, Eugénie Cotton et Compans dans le cadre des ARE/TAP.


La parole est ce que nous avons en partage et je voudrais témoigner de celle que nous avons échangée avec les enfants.


Notre point de départ est différent de celui d’Elena Ruffoni, enseignante française de langue maternelle italienne, conceptrice de l’association amie DULALA, mais nous rejoignons son constat : le polyglottisme familial est une richesse en soi et il ne faut pas en avoir peur.
L’objectif confirmé des ateliers proposés par L’Ecrivain Polyglotte est de construire des passerelles entre les diverses expériences linguistiques et culturelles des enfants (et des adultes) et ainsi d’aborder le français et les langues étrangères de façon vivante, ludique pour une bonne ouverture sur la complexité de notre société nationale et du monde.
Si DULALA enseigne les langues étrangères, nous, nous les racontons et notre matériau de départ sont les connaissances qu’en ont les enfants concrets présents à notre atelier.
Notre autre principe d’approche de notre travail est de considérer l’« enfant-en-soi » et de le considérer dans son humaine condition d’individu. Il s’agit de donner du relief à sa pensée individuelle qu’elle soit « contemplative » ou « active ».
La parole de Mme Marième Bâ-Sène, docteur en psychologie et spécialiste en ethno-clinique nous raconte :
« L’enfant, donc, n’est de nature ni entièrement humaine ni entièrement du monde des vivants. Il est en partie étrangers aux humains, qui, par intérêt, usent de tout stratagème pour le garder. C’est-à-dire, l’accueillir, le traiter, le manipuler… ainsi, accueillir un enfant, c’est accueillir l’étranger, ou plutôt l’altérité irréductible de « l’autre monde ».
Mes amis intellectuels et chercheurs africains disent et écrivent sur la « diversité » qui nous réunit ici des paroles d’une grande sincérité et qui nous renvoient avec finesse à qui nous sommes lorsque nous nous définissons « français ». Mme Marième Bâ-Sène, me renvoie à une notion d’ « alliance » qui pourrait sonner comme le « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes » et « le contrat social » du philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau publié en 1755.
Cette « alliance » dont il est question est celle qui se forge autour de la conception et la naissance d’un enfant. Si « engendrer se cherche » comme une énigme qui veut être résolue, elle est nouée dans l’alliance fertile d’un couple, de 2 groupes eux-mêmes alliés de groupes humains dans des rapports complexes à des territoires et des environnements (classe sociale, profession, propriétés diverses).
… » rien de ce qui existe, dans la mesure où cette chose paraît, n’existe au singulier ; tout ce qui est, est destiné à être perçu ; ce n’est pas l’homme, mais les hommes qui peuplent notre planète ; la pluralité est la loi de la terre. » écrit Hannah Arendt dans son livre « la vie de l’esprit » puisque nous sommes tous pareils, c’est-à-dire humains aux prises à la naissance, la vie et la mort, sans que jamais personne ne soit identique à aucun autre homme ayant vécu, vivant ou encore à naître. »
Nous sommes ici réunis dans la diversité de ce que chacun est et de nos parcours humains, de nos chemins qui se croisent, nous assemblent en grappes et nous tissent en nattes. Il s’agit de nous contraindre ici et ensemble à une réflexion active à bonne distance des injonctions « tendances », « porteuses » et convenues par paresse collective.
Mme Geneviève N’Koussou dans la conclusion d’un article titré « Adolescence et filiation » écrit : « Pour comprendre ce qu’est un enfant… et les désordres dans lesquels il peut être jeté dans l’émigration, il est nécessaire de saisir la complexité des systèmes de filiation, qui déterminent les rôles et les statuts de chacun, son histoire. Les malentendus qui naissent de la rencontre de différents mondes en contact à travers l’Ecole, par exemple, ou les institutions de soins obligent à recourir à de nouveaux outils de compréhension. ---«
Cette conclusion s’applique à tous les enfants et à tous les adultes et les désordres en question sont aussi ceux de la fragilité de nos vies ici et ailleurs quand un ouragan, la perte d’un emploi ou d’une bonne santé, nous font perdre nos certitudes sur nous et sur les autres.

La linguistique, l’étude des langues et de leur histoire appartient aux sciences humaines et à leur imbrication ethnologique et anthropologique.
Quand nous proposons ici une idéologie de la « diversité » et de l’histoire mémorielle nationale et individuelle », nous oublions de parler de notre pays, la France, du point de vue des découvertes et des conclusions actuelles des sciences humaines, de l’ethnologie et de la linguistique.

En notre qualité de citoyens français, nous appartenons à un système apparemment homogène capitaliste occidental représentant 25% du monde où, donc, 75% du reste de l’humanité pensent et évoluent autrement que nous. En restant égocentriquement figés sur les images d’Epinal d’une France impériale, nous reproduisons une hiérarchie légendaire et paternaliste qu’il nous faut tous, d’ici et d’ailleurs, éradiquer pour tirer notre collectif humain vers une pratique quotidienne de l’égalité, de la fraternité et de nos devoirs civiques bien compris dans la préservation d’un cadre collectif démocratique.
Nous devons ici opérer un changement et qui n’est pas celui de l’injonction politique qui nous est faîte ici et ailleurs. C’est celle du langage, de notre capacité à passer d’un collectif humain à un autre sans jamais en offenser les règles et en les invitant à explorer mon exemple individuel de voyageur, de métis, de métallurgiste de nouveaux alliages, d’orfèvre des fondamentaux éthiques et humanistes des sagesses du monde.


Ismaël Maïga, professeur d’université et chercheur du Mali, souligne que « pour les familles qui viennent d’Afrique, d’Asie…,les langues parlées par les enfants sont quelquefois très loin des langues de leurs mères. Les mamans elles-mêmes sont parfois amenées à parler des langues complètement différentes de celles du lieu duquel elles viennent : du fait des déplacements, des mariages… une mère peut ne jamais parler sa langue. Ses enfants peuvent ne jamais connaître sa langue. C’est courant. » Et il ajoute une remarque qui nous a encouragés dans l’approche instinctive que L’Ecrivain Polyglotte exerçait :
« Les africanistes ont apporté cette réflexion à la France. La Constitution française ne notait pas de différence entre langue nationale et langue maternelle. C’est seulement en 1990, quand la législation européenne a voulu reconnaître ce qu’on appelle les langues régionales, que M.Rocard, premier ministre en 1988, a demandé à notre unité au CNRS de travailler là-dessus. Les africanistes ont introduit les premiers des différenciations entre ce qu’on appelle la langue « maternelle » et la langue « nationale », mais pour les Bretons, que se passe-t-il ? On peut dire langue « d’origine », plus simplement. J’avais proposé un concept qui n’a pas pris : « langue grégaire », langue du groupe d’appartenance. ».


Et M.Ismaël Maïga ajoute une remarque qui retient toute notre attention :
«Le concept de langue « d’origine » indique que cette première langue parlée peut n’être ni celle du père ni celle de la mère, c’est parfois la langue du « milieu »,…., la langue véhiculaire. »
La langue du colonisateur est la langue véhiculaire dans les pays d’Afrique, l’anglais est devenu une langue véhiculaire pour beaucoup de secteurs professionnels dans les échanges mondiaux.
Ce constat soumet 3 photographies à notre activité périscolaire :
-l’enfant inscrit dans une langue et son modèle social et qui exclut l’apprentissage de toute autre langue.
-l’enfant inscrit dans une langue de la sphère privée du foyer et dans une langue nationale véhiculaire et 2 modèles sociaux non maîtrisés.
-l’enfant inscrit dans la langue nationale, bon élève « à la façon de l’Education Nationale » dont le modèle social référent est celui de parents « malgré eux ».
Et nous en arrivons à L’Ecrivain Polyglotte non pas à considérer les origines, mais bien ces allers-et-retours entre la langue véhiculaire et la langue « privée » en nous posant la question mal posée par notre Education Nationale :

quelle identité française proposons-nous ?

Je suis française. Donc qui suis-je ?


Dans notre atelier, le « moi » de l’enfant se raconte au gré de ce qu’il sait sans gratitude ni culpabilité, sans « dette », sans droit ni devoir vis-à-vis de la source de ses savoirs premiers, superficiels ou élaborés. Ce qui nous importe est de l’accompagner plus loin et plus profondément dans son goût pour ce qu’il sait déjà. Aussi nous nous refusons à « ficher » les sources : naissance et état mental, origines génétiques, ethniques et familiales, environnement social et appartenance de classe sociale, contexte idéologique familial et communautariste : lorsque l’enfant dit connaître une langue, nous ne nous intéressons qu’à ce qu’il sait de cette langue-là au moment T de notre rencontre avec lui.
Pourquoi ? – parce que si chaque homme/enfant est unique, cela signifie que chaque naissance donne au monde quelque chose de nouveau dans son unicité » et que le besoin d'imaginaire est oublié par notre urbanisme galopant et ne se retrouve pas dans les équipements commerciaux et culturels mis en place par notre société de consommation ("société industrielle de consommation dirigée" décrite par le philosophe Henri Lefebvre) …
et aussi parce qu’une langue n’est pas un seul mimétisme sonore et/ou symbolique : c’est l’articulation complexe d’un individu et d’un collectif. Nous ne sommes pas des marionnettes animées par un ventriloque et nous, adultes, ne sommes pas les ventriloques de nos enfants.
Quand un enfant écolier répond à ma proposition de dessiner et d’illustrer nos échanges, il dessine « Kitty »,"Spiderman", "Batman", "Mickey" quel que soit la teneur de l'histoire, du pays et des couleurs linguistiques proposés lors de notre échange: quel est ce conditionnement qui tue l'imaginaire, l'inventivité et la pensée réflexive, l'émotion réflexive de notre enfant?

Française issue d’un foyer « recomposé » bilingue, je parle 4 langues étrangères et je « flirte » avec d’autres depuis mon enfance où, à une époque en apparence "figée" et entretenue ainsi par les médias et la mythologie scolaire, les « experts » ne se penchaient pas sur les questions posées par la relation histoire de l’individu-histoire du collectif et vice-versa.
Or ce « il était une fois » que pose L’Ecrivain Polyglotte dans ses ateliers d’une histoire « documentée et vérifiée » ou « mythologique et imaginée » est bien à l’œuvre dans le langage et les échanges langagiers.. Ce « il était une fois » introduit dans notre exercice ce « moi » que des siècles de méconnaissance ont nié à l’enfant. Mais il ne s’agit pas ici du « moi » de l’incommunicable, mais bien de la somme de « vécus en direct » que je suis devenu depuis ma conception.


D’abord et avant tout, arrêtons-nous sur les mots contenus dans l’évènement qui nous réunit :
Festival
Diversité
Humain
Citoyenneté
Enfant
Mouvement/Circulation/Evolution/Développement


Notre atelier a déjà très organiquement répondu, suite « aux évènements guerriers et tragiques qui déstabilisent toutes les sociétés du monde», à l’appel raisonné de mettre l’accent sur « les valeurs républicaines, la citoyenneté et le vivre ensemble » dans un cadre idéologique apaisée. Affiliée à la Ligue de l’Enseignement, L’Ecrivain Polyglotte est inscrit dans une réflexion et une action idéologiques tolérantes quant au respect bienveillant de la vie et de la pensée humaine, mais inflexibles quant au respect et développement d’un contrat social républicain universaliste avec ses « Droits et ses devoirs individuels et surtout collectifs d’Etre Humain Citoyen de France, d’Europe et du Monde.

Nous nous soumettons à un autre questionnement:
« Seule demeure la langue maternelle ». Cette affirmation est tirée d'un entretien avec Günter Gaus paru à la Télévision allemande le 28 octobre 1964 et fait référence à un texte d'Hannah Arendt. Elle y souligne sa pensée politique par rapport aux problèmes du déracinement, de l'appartenance surtout à la langue d'origine, qui même dans les situations plus difficiles résiste comme une façon particulière de regarder le monde.
Dans une situation politique critique, la pensée a le pouvoir de prévenir les fausses valeurs et fausses croyances et, par suite, celui de nous préparer à la faculté du jugement, ce qui est la plus politique des activités mentales. Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter la fonction de régulation éthique, nous voyons que la pensée conserve d'importantes affinités avec l'action, la politique et le monde des apparences. Bien qu'elle découvre, en visitant les décombres de la tradition philosophique, les raisons pour lesquelles la pensée s'est toujours opposée à l'action et à la politique, Hannah Arendt se refuse à croire qu'elle n'ait pas une place propre dans la vie de l'homme commun.

Ici nous ne quittons pas le champ de nos échanges: la pensée ne se fabrique et ne se développe que dans le labourage de la parole, de la langue parlée et elle se fixe et se déploie  à travers les générations grâce à son archivage écrit. L'oralité défendue par les chercheurs africains des Sciences Humaines et les artistes-ethnologues tels, par exemple, Moussorgsky qui recueillaient les chants et musiques villageoises, paysannes de leur pays ont su que la trace n'était pas forcément "matérielle", mais bien gardée dans les livres que chacun de nous est s'il travaille sur ce qu'il a appris ou ce dont il a été le témoin  ..... "le patrimoine immatériel" a pris une valeur marchande, mais il n'est pas une marchandise comme "ces autres" auxquelles nous nous soumettons.


Dans le deuxième essai ici proposé "Compréhension et politique" du 1953, Arendt aborde la question de la ruine du sens commun. Pour elle, l'effondrement de la société de classes a mené à la désolation des individus, c'est-à-dire à leur déracinement social et culturel. Perdus, ils se sont alors repliés vers le « totalitarisme » qui présentait une certaine cohérence. Son autre ouvrage majeur est un essai sur le procès d'Adolph Eichmann, l'un des exécutants de la solution finale. Dans Eichmann à Jérusalem, elle décrit le gradé nazi comme un homme ordinaire, privé de conscience, illustrant la fameuse idée de la « banalité du mal ». Montrant avec force qu'Eichmann se contentait d'obéir aux ordres.
Ses derniers ouvrages sont, eux-aussi en prise directe avec l'époque.
Le « totalitarisme » défini par l'auteur, n'est plus politique, il n'est désormais qu’économique : le capitalisme triomphe en ce qu'il nous a soumis à un -esclavage régulé- jusqu'à détruire les "forces productives" que nous sommes et qui l'animent et de ne plus régénérer les moyens de production. Le profit s'auto-suffit et délite le mensonge idéologique du "self-made man" et de la Liberté d'Entreprendre ... Ubérisés, isolés, illettrés nous devenons. Et le profit nous soumet dorénavant à des robots expérimentaux non-maîtrisables. L'intelligence artificielle est notre "veau d'or".

Hannah Arendt nous dit "Ce sont « La Condition » de l'homme moderne et « La Crise » de la culture" ... mais la culture n'est autre que l'expression de l'intelligence humaine à s'organiser ensemble parce que nous sommes des mammifères parlants et agissants parce-qu'ensemble.

 
Elle y critique la suprématie du monde du travail aliénant (ce que j'appelle "l'esclavage régulé"). Suprématie qui exerce une pression de plus en plus forte sur les individus: chacun doit se battre pour survivre (socialement). Cette déshumanisation soumet le citoyen au diktat de l'économie (mal comprise et qui s'emballe à force de justifier des profits non recyclés) et appauvrit sa réflexion politique. C'est tout l'espace public qui en pâtit.
Hannah Arendt, née à Hanovre en 1906, a fait ses études en Allemagne et a suivi ses cours aux universités de Marbourg et de Fribourg, puis a obtenu un doctorat en philosophie de l'université de Heidelberg. Cette ancienne élève de Heidegger et Jaspers s'est exilée en France de 1933 à 1940 avant d'aller aux États-Unis pour y enseigner notamment aux universités de Californie, de Chicago, de Columbia et de Princeton. Elle a donc fait l'expérience d'une pensée personnelle et collective à mouler dans des langues différentes pour fabriquer du sens, un sens universel à toutes les locuteurs de ces langues dites "nationales".Hannah Arendt, une des figures majeures de la pensée contemporaine., Elle est décédée en 1975.
« Constatant que le monde « totalitaire » s’est érigé sur les ruines du « sens commun » et a parachevé cette destruction, l’auteur relève les différentes dimensions du « « sens commun telles qu’elles sont pensées par Hannah Arendt : sens de la communauté du sens et du monde, sens de la condition humaine de la pluralité, sens d’un commun ancrage des diverses manières de « penser » ce que nous faisons, sens de la condition humaine comme ce qui, à la fois, limite et rend possible un exercice authentique de la liberté humaine. » (Sens commun et modernité chez Hannah Arendt d’Anne-Marie Roviello).Sa réflexion nous invite à penser le "post-nazisme" à l'œuvre dans le monde et sous des couleurs diverses depuis que cette idéologie s'est construite en organisant des théories des siècles industriels passés et les peurs et "l'esprit magique" qui habitent chacun de nous.

« Dans toutes les traditions de la philosophie occidentale, le langage devient une problématique centrale au vingtième siècle. Walter Benjamin, dans son article “Sur le langage en général et sur le langage humain” (1916), développe une théologie du langage qui peut être le début de l’esthétique moderniste. Benjamin, au lieu du “génie” de l‘idéalisme allemand, propose “le langage” en tant que la notion qui peut réaliser la relation entre l’homme et Dieu. Le langage n’est pas un instrument pour s’exprimer, mais au contraire, il est un espace de l’existence-de-soi. Cette “non-instrumentalisation” du langage est un caractère important de l’avant-garde. » (Anahtar sözcükler: Walter Benjamin, dil felsefesi, dil teolojisi, modernizm, avangard,ad./Le modernisme de la théologie du langage de Walter Benjamin-Synergies Turquie n° 2 - 2009 pp. 215-223)
Culture de masse : « La culture de masse, inhérente à une société qualifiée de manière identique, est donc un mouvement social vers des connaissances culturelles, scientifiques et artistiques vers un système d'éducation (tronc de connaissances et idéologique commun ou base référente commune) un mode de vie sociale et de pensée, un style de comportement, et qui se traduit par un acte de « consommation » ainsi que des codes de reconnaissance sociale. Ce mouvement pousse à une uniformisation de la perception de la réalité à l'échelle intercommunautaire.
L'une des principales caractéristiques de ce phénomène est de rationaliser les rapports et les échanges humains autour de la sphère économique. Selon Alain Corbin, « le temps libre est rattrapé par le temps commercial, qui l'intègre dans une économie avant tout soucieuse de rationalité et de productivité ».
Dans ce sens, la culture de masse semble œuvrer pour la démocratie en insérant des individus qui paraissent plus épanouis (plaisir et dimension jubilatoire de la consommation culturelle) et mieux informés (ou orientés?) dans les espaces publics où se négocie en permanence le lien collectif. Cependant cette culture de masse peut également avoir des effets pervers et produire une certaine forme de dépolitisation. C'est ce que démontre le linguiste Raffaelle Simone dans son ouvrage intitulé "Le Monstre doux". Il s 'appuie pour illustrer sa thèse sur l 'exemple de l'Italie contemporaine marquée par le berlusconisme, celle-ci incarnant en effet la prégnance de cette nouvelle forme de totalitarisme-"soft" (doux?) où l'injonction au divertissement et à la consommation substitue à la figure du citoyen celle d'un consommateur narcissique et indifférent au bien commun. Selon l'auteur, cette évolution valide les prophéties d'Alexis de Tocqueville qui avait au XIXe siècle mis en avant les effets pervers potentiels de la massification induite par l'avènement de la démocratie libérale. L'influence des médias, l'illusion du choix des informations auxquelles on accède et l'identification à un « phénomène » de groupe peuvent ainsi théoriquement permettre aux individus de se rassembler autour de valeurs démocratiques communes. Mais, je me demande si là n'est pas l'illusion d'une 'liberté" (égalité, fraternité) où je ne suis qu'un sujet de la "Propaganda" de Edward Bernays  et du post-nazisme à l'oeuvre  me soumettant au vocabulaire inscrit dans le "marketing" programmé?  
Le terme "société de consommation" est la simplification du terme "société industrielle de consommation dirigée", défini par Henri Lefebvre comme étant l'état du capitalisme d'après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, les prémisses de cette ère de consommation de masse sont apparues bien avant, au moment de l'industrialisation massive de nos sociétés occidentales. »(Wiki) Henri Lefebvre : … »

Par la suite, il s'est occupé plus particulièrement des problèmes d'urbanisme et du territoire, présentant la ville comme le cœur de l'insurrection esthétique contre le quotidien. Pour lui l'être humain a des besoins sociaux anthropologiques qui ne sont pas pris en compte dans les réflexions théoriques sur la ville et notamment en urbanisme. Le besoin d'imaginaire est oublié par l'urbanisme et ne se retrouve pas dans les équipements commerciaux et culturels mis en place.

L'Ecrivain Polyglotte s'est inscrit dans ses débuts, en 2007, dans un nomadisme assumé non pas seulement par pauvreté et manque de moyens financiers et matériels: il s'agissait de participer de façon active et aléatoire aux "échanges du café du commerce" si méprisés et de poursuivre la tradition du forum romain ou de l'agora grecque de l'Antiquité où la place publique prévue et planifiée par les urbanistes anciens comme LE lieu où les citoyens romains se réunissent pour traiter d'affaires commerciales, politiques, économiques, judiciaires ou religieuses/philosophiques.

Face aux problèmes urbains, Henri Lefèbvre formule notamment la nécessité de l'affirmation d'un nouveau droit, le droit à la ville. Il définit ce nouveau droit comme un droit à la vie urbaine, à une qualité de vie urbaine. Dans son dernier livre, La Production de l'espace, il met en valeur l'importance de l'espace qui est toujours politique. L'espace est le produit de la société, chaque société et valeur doit produire son espace et c'est aussi dans l'espace que s'opposent les valeurs à travers les épreuves de l'espace. »(wiki)

En citant cet auteur, je ne m'éloigne pas du champ que nous labourons ensemble: la pensée et l'organisation d'un "vivre ensemble" s'inscrit d'abord dans le langage, dans l'oralité. Les chercheurs africains ont revendiqué la valeur et l'utilité scientifiques de la tradition orale et d'autres ont su la nécessité de recueillir les savoirs et les connaissances transmises de générations en générations -je pense, par exemple, au musicien Moussorgsky qui courait la campagne russe pour noter les chants et les musiques paysannes: le patrimoine immatérielle est aujourd'hui, très tardivement, reconnu et marchandisé.... sans les langues et en sachant que les locuteurs disparaissent et que leur mort est une bibliothèque incendiée par la sélection et la censure du profit et de l'indifférence.

Autre question: Evolution de la langue française et l’Académie :
http://www.academie-francaise.fr/…/la-feminisation-des-noms…
Le 21 mars 2002, l’Académie française publie une nouvelle déclaration pour rappeler sa position, et, en particulier, pour souligner le contresens linguistique sur lequel repose l’entreprise de féminisation systématique. Elle insiste sur les nombreuses incohérences linguistiques qui en découlent (ainsi une recteure nommée directrice d’un service du ministère de l’Éducation nationale, ou la concurrence des formes recteure et rectrice – préférée par certaines titulaires de cette fonction). La Compagnie fait valoir que brusquer et forcer l’usage revient à porter atteinte au génie même de la langue française et à ouvrir une période d’incertitude linguistique.


… Incertitude tout à fait bénéfique dans le cadre de nos activités ….. et de la modestie interrogative avec laquelle nous les exerçons auprès de nos publics.

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