Pharmaciens, préparateurs, au coeur du COVID-19

Même en temps de crise sanitaire, vos pharmaciens et préparateurs qualifiés restent à votre disposition. Peu encouragés et reconnus, nous souhaitons mettre en lumière ces professionnels de santé soumis à rude épreuve par des patients de moins en moins «patients». Le pharmacien est le seul accessible gratuitement et sans rendez-vous avec un tel niveau d’études.

N’excédons pas nos pharmaciens, applaudissons-les !

Nous sommes Floriane et Iris, deux jeunes pharmaciennes. Aujourd’hui, jour 10 de confinement, sur nos portables se mêlent notifications d’articles sur des pharmaciens frauduleux et messages de nos amis pharmaciens d’officine, fatigués et exaspérés.

N’exerçant pas en pharmacie de ville actuellement, nous décidons d’écrire cet article pour nos amis qui n’en ont pas le temps. Car le principal sujet exploité dans les médias au sujet des pharmaciens d’officine ne concerne qu’une minorité de pharmaciens déloyaux et intéressés. La majorité des pharmaciens d’officine et leurs préparateurs, sont en première ligne de la lutte contre l’épidémie du coronavirus. Ils sont là, disponibles et accessibles, sans rendez-vous et gratuitement pour rassurer et assurer la santé de leurs patients. Ce n’est pas le rythme soutenu des patients défilant à la pharmacie, mais plutôt le climat qui y règne qui les excèdent. Ils sont confrontés à l’anxiété générale et à des patients parfois irrespectueux et virulents à leur égard.  La relation entre patients et soignants s’est transformée en un conflit permanent et épuisant. Les patients sont devenus des clients, ils exigent « des masques, du gel hydroalcoolique, du paracétamol, des antibiotiques etc. » et chaque refus est source d’incompréhension. Les explications et les conseils du pharmacien pourtant au cœur de sa profession ne sont plus écoutés. Il n’y a plus de patience dans « patient ».

Rappelons qu’après 6 à 9 années d’études, le pharmacien est le spécialiste du médicament et du dispositif médical.

Alors non, il ne garde pas les masques pour lui, ni pour en faire du marché noir, s’il vous dit qu’il n’en a plus, c’est qu’il n’en a réellement plus ou bien qu’il les réserve aux soignants exposés au virus.

Non il ne s’enrichit pas sur le gel hydroalcoolique, le prix est réglementé et limité et aucune marge n’est réalisée. D’ailleurs, il le vend souvent à perte en ces temps-ci pour tenter d’enrayer la propagation du virus et protéger les français.

Et s’il refuse de vous délivrer tout son stock de paracétamol (Doliprane®) ce n’est pas pour vous ennuyer, mais pour que tout le monde puisse en avoir. S’il refuse de vous délivrer des anti-inflammatoires (ibuprofène : Advil®, Spifen®, Spedifen®, Nurofen®, Nureflex®, flurbiprofène Antadys®, ketoprofène : Profenid®, diclofenac : Voltarène® etc.), c’est pour vous éviter d’avoir une forme sévère de Coronavirus. S’il vous refuse de l’hydroxychloroquine (Plaquenil®), c’est pour vous préserver et conserver du stock pour les malades atteints de maladies auto-immunes (et qui restent malades, confinement ou non). Ce médicament n’est pas anodin et nous manquons de recul sur son utilisation pour traiter le coronavirus, il préfère laisser le soin aux équipes hospitalières d’en décider (des résultats sur 20 patients traités en France et une centaine en Chine, avec un recul de moins d’un mois ne suffisent pas à élargir cette utilisation en tout sécurité) (1) (2).

Et enfin, s’il refuse d’actualiser votre carte vitale, de récupérer vos médicaments périmés ou de vous vendre cette crème amincissante pour laquelle vous êtes sortis de votre confinement avec votre attestation cochant « déplacements pour motifs de santé », c’est pour vous faire prendre conscience que vous avez inutilement mis en danger la vie de nombreuses personnes, dont la vôtre : le voisin croisé dans les escaliers, les autres patients de la pharmacie, les pharmaciens et préparateurs et enfin le policier qui a vérifié votre attestation.

Et face à tout cela, les pharmaciens restent patients et engagés, ils rappellent les gestes barrières, ils expliquent et conseillent car ils ont prêté serment, main droite levée : « de ne jamais oublier sa responsabilité et ses devoirs envers le malade et sa dignité humaine ». Sans oublier les préparateurs aux côtés des pharmaciens qui ont été délaissés par les mesures gouvernementales visant à privilégier les professionnels de santé.   

Nous trouvons ça dommage, dans ce climat de bienveillance actuel vis-à-vis des professionnels de santé, d’oublier leur dévouement et de relater essentiellement les faits d’une minorité. Ceux-ci sont, assurément méprisés par le reste de la profession pour profiter d’une situation malheureuse, en mettant en danger l’ensemble de la population. Le serment de Galien s’achève sur : « Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses. Que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes confrères si j’y manque ». Nous assurons que jamais nous n’appellerons « confrère » un pharmacien capable d’agir de la sorte.

Alors s’il vous plait, prenez quelques minutes de ce confinement pour réintroduire patience et bienveillance. Prenez soin de vous et de votre famille, restez chez vous, et les pharmaciens seront toujours là tout près, au coin de la rue pour veiller sur vous lorsque vous en aurez besoin.

 

1. Gao J, Tian Z, Yang X. Breakthrough: Chloroquine phosphate has shown apparent efficacy in treatment of COVID-19 associated pneumonia in clinical studies.

2. Gautret P, Lagier J-C, Parola P, Hoang VT, Meddeb L, Mailhe M, et al. Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial. Int J Antimicrob Agents. mars 2020;105949.

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