MONDE, DIS-LUI

Monde, dis-lui, est un texte poétique qui interroge sur certains choix économiques de la mondialisation actuelle dont les désastres se ressentent actuellement à travers cette pandémie. Ce texte est un fonnkèr, terme utilisé à l'ile de La Réunion pour désigner un poème, écrit il y a quelques années déjà mais plus que jamais d'actualité tant l'humain a été sacrifié au profit de l'économie.

MONDE, DIS-LUI 

 

Chargement à la main dans les champs de cannes à sucre, à l'île de la Réunion. © Claude Testa Chargement à la main dans les champs de cannes à sucre, à l'île de la Réunion. © Claude Testa

Monde, dis-lui, version chantée en créole et actualisée. © Isabelle Testa/Frédéric Testa

 

Monde, dis- lui ta souffrance

Monde, dis-lui ta blessure

Monde, demande-lui pardon

Monde, demande-lui : quel Monde ?

Quelle mondialisation ?

 

J’ouvre et je ferme


Les battants de ma connaissance

Je coupe et je découpe


Le journal des mes souvenances

Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui vois l’argent planer en roi

Sur ta planète maltraitée


À l’aube d’un désastre programmé

 

Je tourne et je retourne


Le wok de ma sagesse


Je me démène à porter


Le sac de ma tristesse


Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui navigues sur les rivières

Et côtoies les peuples de la Terre

Trop souvent aux rivages amers 

 

Je lave, je relave

L’amertume de mon cœur

Je roule, je déroule


Le parchemin de ma douleur


Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui pleures partout cette pluie


Où chaque goutte de profit


Doit coûte que coûte arroser nos esprits

 

Je lie, je délie


Les paroles de ma colère


Je porte, je reporte


Ma veste de mauvaise humeur

Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?

Toi qui roules dans les torrents

Les galets du temps présent

Vers les barrages du néant

 

Je crie, je décris


Mon trop plein d’ivresse


Je verse, je déverse


Mon overdose de détresse


Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui laisses tes mères du Kerala

Se déshydrater, seules dans leur combat

Face au géant du soda

 

Je pose, je dépose


La corbeille de ma réunionnité

Je tourne, je détourne


Le sentiment de ma créolité


Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui vis dans l’illusion


D’un paradis plages-cocotiers


Mais ne te poses même pas la question

D’un idéal de fraternité

 

Je peins, je dépeins


La dentelle de ma timidité

Je bloque, je débloque


Le verrou de ma naïveté


Je ne comprends pas

Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui engendres l’arbre de Vie

Et pourtant le laisses à la merci

Des ouragans de l’économie

 

Je surveille, je réveille


La virulence de mes frères


Je vois, je revois


Tous les progrès sur la Terre

Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?

Toi qui finances sans compter

Les voyages interplanétaires

Mais n’arrives pas à propager

Des ondes heureuses pour l’humanité

 

Je plie, je déplie


L’étole de ma croyance


Je passe, je dépasse


L’horizon de mon espérance


Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Toi qui permets l’existence


De mille et une divinités


Mais ne peux stopper les violences

À travers le monde entier

 

Je chante, je déchante

Mon trop plein d’espoir

Je mêle, je démêle


Ma toile dérisoire

Je ne comprends pas


Qui es-tu Monde, dis-moi ?


Sans doute toi-même tu ne le sais pas

Sinon tu ne validerais pas


La barbarie de tes États-soldats

 

Monde, dis- lui ta souffrance

Monde, dis-lui ta blessure

Monde, demande-lui pardon

Monde, demande-lui : quel Monde ?

Quelle mondialisation ?

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