Simplement un maloya

En ce jour de commémoration nationale de l'abolition de l'esclavage, voici un texte qui raconte l'histoire du maloya, cette musique de l'île de la Réunion qui porte la mémoire de tout un peuple.

Un maloya, tout simplement

 

Zis in maloya. © Isabelle Testa/Frédéric Testa

Maloya, notre maloya est né


Avec les esclaves le soir dans les veillées

Lorsque les commandeurs leur permettaient

Des sons de tambour pour accompagner leurs chants désespérés


Roulèr, kayanm

Bob, sati, triang

Pour pleurer tout ce qu’ils avaient sur le cœur

Pour raconter à la nuit leurs douleurs


Un maloya, juste un maloya

Voilà comment est né notre maloya

 

Après l’appel, le soir sur largamasse

Lorsque le soleil, pour les étoiles, faisait place

Malgré la faim, la soif et le désespoir dans le sang

Le maloya racontait l’immensité des sentiments

Maloya, douleur de la séparation


Maloya, blues de l’humiliation


Maloya, prière de l’adoration


Maloya, honneur des générations


Un maloya, juste un maloya

Voilà comment est né notre maloya

 

Le maloya, notre maloya a résisté


En secret dans les cérémonies kabaré

Lorsque dans les servis, la musique faisait le lien

Avec des ancêtres restés dans un pays lointain

Un chant pour ne pas devenir fou


Des offrandes pour ne pas oublier tout


Une musique pour laisser le cœur exprimer


Tout l’enfer qu’il a traversé


Un maloya, juste un maloya

Voilà comment est né notre maloya

 

La vie a continué à transporter dans ses bagages

Des histoires d’Afrique et de ses rivages

Pour faire résonner la musique jusqu’à pas d’heure

Autour d’un grand feu qui réchauffe la douleur

Une histoire aux couleurs de l’esclavage

Un maloya aux couleurs du marronnage

Une mémoire chantée avec courage


Un rouleur donné en héritage


Un maloya, juste un maloya

Voilà comment est né notre maloya

 

Hier encore, le maloya était interdit


Sur la place publique, mais aussi dans les esprits

Aujourd’hui le maloya fait chanter la Réunion

Le maloya est devenu une institution


Les anciens sont respectés


La jeunesse est professionnalisée


Le séga et le maloya sont folklorisés


La musique maloya est médiatisée


Un maloya, juste un maloya

Il n’y a pas d’autre musique qui ressemble à notre maloya

 

Peut-être que notre maloya prendra de l’ampleur

Par delà les brisants, pour faire chanter la mer

Peut-être que le maloya fera le tour de la Terre

Pour faire résonner partout le son de notre roulèr

Même si d’autres instruments ont été ajoutés

Même si d’autres souffrances sont chantées

Le maloya, aujourd’hui comme héritage

Le maloya, héritage de notre métissage

Un maloya, juste un maloya

À notre tour de transmettre notre maloya

 

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