Dans la rosée du grand matin

Le poète a pris la route des étoiles il y a 11 ans. C'était en mars 2010. Depuis, tous les soirs je me tourne vers le ciel étoilé. J'ai tant de choses à lui raconter... Poème pour Jean Ferrat

DANS LA ROSÉE DU MATIN

(Poème pour Jean Ferrat)

Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés

Pourtant il y a longtemps nos chemins se sont croisés 

Dans la rosée du grand matin, moi j’ai ramassé

J’ai cueilli tes paroles, tes chansons par bouquets.

Tous les textes d’Aragon que tu as mis en musique 

Sans compter tes poèmes, tes combats poétiques 

Depuis toujours, moi je partage tes refrains

Tes révoltes pour la vie, un meilleur lendemain. 

Tes chansons ont toujours accompagné mes espoirs

Avec Nuit et Brouillard je prends le train de l’Histoire

Cuba ou Potemkine ouvrent une dimension

Nous guident sur les changements d’une révolution.

Aujourd’hui quand tu regardes les informations

Du haut de ton nuage tu dois avoir des frissons

Des frissons de peur, de colère et de désillusion

Car ce n’est pas ta France encore moins notre Réunion.

Aujourd’hui quand tu regardes les informations

Tous les papas mamans dans les manifestations

Se font gazer en pleine tête

Avec les gilets jaunes ou pour la retraite.

C’est sûr que tu es en train d’imaginer

De composer de nouveaux poèmes à chanter

Avec de la musique en dentelle mi, do, ré

Pour nous remplir de mots d’un soleil réveillé.

Des paroles d’aurore pour ne pas courber la tête

Jamais renoncer à une humanité en quête 

Où les parents transportent un métissage

En cadeau pour leurs enfants, une culture en partage.

Chacun son tour, chacun son engrenage

Ils essayent de transmettre un autre héritage

Coûte que coûte arriver à la fin du voyage

Derrière cette folie il y a un autre maillage.

Des paroles d’aurore pour créer un nouvel océan

Fait de rivières pour une mer aux reflets chantant

Avec des perles d’eau de cascade dans notre cœur

Ainsi que Terre et Mer dans un mariage sincère.

Des paroles d’aurore pour un arbre mille racines

C’est ainsi que tu rêves notre jardin balsamines

Notre champ d’humanité dans tous les coins de la forêt

Notre jardin créole en modèle à partager.

Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés

Pourtant il y a longtemps nos chemins se sont croisés 

Car dans la rosée du grand matin, moi j’ai ramassé

J’ai cueilli tes paroles, tes chansons par bouquets.

J’ai cueilli tes paroles dans un arbre à comptines

Un, deux, trois, dans mon doudou il y a des ti Pamines

Et puis pour chaque Valentin, sa Valentine

Dans un pays bonheur, la dignité tu imagines.

Tu ne chantes pas pour faire passer le temps 

Pour cela aujourd’hui tu laisses un vide sidérant

Mis à part toi, qui de tous les chanteurs français

Une société coupable, en chœur peut dénoncer.

La Montagne que tu racontes, nous l’avons chantée

La France comme tu l’as peinte, nous l’avons dessinée 

Dans l’esprit des Lumières, ils ont tous réussi

A construire un pays dans la démocratie.

Aujourd’hui un seul rond point, plusieurs directions

Ici et là, on tente sa révolution

Un cortège d’espoir dans des mains d’or abîmées

Un mouchoir sur le cœur pour pouvoir respirer.

Les dégâts du corona laissent des traces partout

Les humains, les pays, la planète on s’en fout

Même la démocratie se voit confisquée

Les lois de sécurité enterrent les libertés.

La pire des libertés aujourd’hui étouffées

Est celle d’autres questions à pouvoir se poser

Et inventer des réponses à hauteur d’espérance

Pour que vivre en humanité prenne ainsi tout son sens.

Ne pas fermer les yeux sur les véritables enjeux

Ne pas se contenter des mêmes règles du jeu

Qui ne cessent d’augmenter le confort d’une poignée

Dans le mépris total de la grande majorité.

Au contraire se dire qu’autrement est possible

Que le Dieu Argent n’est pas si invincible

L’Homme l’a construit, l’Homme peut le détruire

Et n’en faire alors plus qu’un lointain souvenir.

Mais pour cela, c’est plus que du courage

Qu’il faut alimenter à tous les étages

Revoir tous les conforts d’une poignée de terriens

Face à la majorité de ceux qui survivent de rien.

Ce que l’humanité a sans doute à gagner

Cela n’a pas de prix, ne peut être monnayé

C’est une histoire de cœur, de principe millénaire

Qui devrait nous faire vivre en harmonie sincère.

Même si l’esclavage n’a pas toujours été dénoncé 

Dans le fond de ton cœur tu l’as toujours condamné 

Un crime contre l’Humanité c’est toujours une folie 

Un homme vaut un homme, une vie reste une vie. 

Aujourd’hui Brassens, tu es allé retrouver

Je suis sûre qu’avec lui tu continues à chanter

Tu continues à refuser une mondialisation

Sans partage, sans justice équitables entre nations. 

Boris Vian, Pablo Néruda ou bien Maria

Pour la grandeur de chacun tu as fait résonner ta voix 

Aujourd’hui ceux qui louent ton intégrité

Hier fermaient les yeux sur ta musique censurée.

Peut-être qu’un nouveau jour viendra pour de vrai

Un jour couleur orange sur le monde entier

La couleur de l’amitié dominera le tableau

Pas seulement les poètes y tremperont leurs pinceaux. 

Sans doute est-ce un rêve, mais je sème tous les soirs 

Dans la nuit tes paroles qui me font cultiver l’espoir

L’arbre de la fraternité dévoilera sa forêt

Dans l’immensité de notre grand ciel étoilé.

Nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés

Pourtant il y a longtemps nos chemins se sont croisés ...

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