Quand l'inacceptable devient le quotidien de tous.

Un invité dans mon blog. Je cède la parole à Olivier Sentilhes. Il écrit sa colère. Les violences policières, le racisme, le despotisme et les mensonges des politiques, des médias. Nombreux sont ceux qui n'ont pas compris que beaucoup parmi nous souhaitaient qu'enfin la démocratie et la confiance reprennent vie !

Le monde s'enflamme contre le traitement réservé aux noirs, contre le racisme, et contre les violences et brutalités policières en général.

Ce n'est pas la première fois qu'il y a des manifestations contre ces violences. Les événements dont nous sommes témoins aujourd'hui font clairement écho au meurtre de Georges Floyd aux US. Car il s'agit bien d'un meurtre. Un meurtre filmé en direct par un téléphone portable qui laisse des images sans controverse possible. Ce qui n'est pas le cas pour Adama Traoré dont le cas n'est pas encore tranché, malgré les débats de nombre d' « experts » depuis cinq ans.

Le rôle de la police est constitutionnellement de protéger la population, au moins dans les pays démocratiques. Quand la notion de maintien de l'ordre est ouvertement destinée à lutter contre les opposants au régime, on n'est plus dans une démocratie, les exemples sont malheureusement nombreux. Pour ce qui concerne les pays occidentaux, la police est censée nous protéger.

La problématique de notre époque est double. La violence policière est inacceptable dans une démocratie qui affirme que manifester est légal et qu'exprimer son avis, même dans la rue, est un droit. Mais quand cette violence s'exerce en priorité, voire systématiquement contre des gens de couleurs, notamment des noirs, cela s'appelle du racisme, et le racisme est écœurant, au point qu'il est lui-même frappé d'illégalité.

Dénoncer le racisme est un combat de tous les jours. Tous les politiques le clament haut et fort. Comme je le cite précédemment, l'incitation à la haine et à la discrimination est puni par la loi. Le racisme est un monstre perfide. Vous parlez tranquillement avec votre voisin, un homme bien sympathique, apparemment bien sous tous rapports, et puis d'un coup, il vous lâche une horreur sur les arabes comme si vous étiez évidemment dans sa ligne de pensée ! Ça arrive tous les jours ! Le racisme appelle la vigilance, il ne faut rien laisser passer.

Alors quand les mêmes politiques lancent leurs forces de police se défouler sauvagement sur des gens de couleurs, on ne peut rester les mains dans les poches. Surtout si le politique nie, mais encore procède avec obstination à des expertises et contre-expertises visant au blanchiment de leurs auteurs.

Car ne nous y trompons pas, dans l'affaire Floyd aux US, la scène était filmée, et si le policier assassin a été inculpé, c'était pour tenter d'arrêter la mise à feu de la ville de Mineapolis. Dans l'affaire Traoré, pas de coupable filmé, alors on tente de démontrer qu'Adama est mort d'une « comorbidité » voire même d'une consommation de drogue. Insupportable ! On cite ces deux exemples car ils sont d'actualité, mais il en existe tant d'autres qui ont fait l'objet de scandaleux non-lieux prononcés ou même classés comme affaire sans suite. . Il n'est pas vrai que la police soit systématiquement poursuivie. Surtout quand il n'y a pas de témoins visuels.

Alors bien entendu, quand il y a violences policières, il est de bon ton de nous envoyer un Castaner de service pour nous expliquer que pour mettre fin à la violence des manifestants, il a été nécessaire d'employer des moyens musclés de maintien de l'ordre. Un grand classique ! Même le Pape, sous couvert de dénonciation du racisme appelle au calme et au pacifisme. Tendre l'autre joue plutôt que de combattre ! Non, ça ne peut pas le faire ! Ne nous cachons pas derrière notre petit-doigt. Est-ce-que le nom de Georges Floyd nous aurait été révélé si Minéapolis n'avait pas flambé ? Combien de George seraient aujourd'hui passés sous silence s'il n'y avait pas eu de réactions-choc ? Combien d'Adama seraient ignorés ? Il ne faut pas faire l'enfant de chœur : la violence n'est pas une fin en soi, elle doit être condamnée. C'est sans appel. Mais quand on a déclenché la guerre, il ne faut pas s'attendre à ce que les belligérants soient désarmés d'un côté, et armés jusqu'aux dents de l'autre ! C'est une absurdité. Le pacifisme a ses limites.

Parce que je vous le demande : Dans quels pays sommes-nous ? Dans quel pays affronte-t-on ses manifestants avec des blindés, des forces spéciales de type BAC (ou pauvres sentinelles armés de fusils automatiques) et des armes de guerre de type LBD ? Dans quel pays a-t-on dénombré autant de mains arrachées, d'yeux crevés ? Dans quel pays embarque-t-on en priorité blacks et beurs après les avoir tabassés ? Réponse : dans les pays où la démocratie est sur le fil, dans des pays où le maintien de l'ordre vire à l'obsession. C'est le cas des US, c'est le cas de la France. C'est, il faut le dire, les pays gouvernés par l'épouvantail des extrêmes, qui, tout en dénonçant les méthodes radicales, les utilisent à l'envie. Quand on utilise les mêmes armes que l'extrême droite pour montrer ses muscles aux électeurs, on transgresse et on glisse lentement et sûrement vers celui qu'on croit combattre. Nous en sommes là. Et il faut le dénoncer, car nous avons atteint un niveau de provocation inégalé. Même en mai 68, la référence des troubles de rue les plus inquiétants pour un gouvernement, le préfet Grimaud avait eu l'intelligence d'une stratégie douce de maintien de l'ordre. Pas de morts, peu de blessés.

Nous avons eu un aperçu de cette tendance totalitariste avec le mouvement des gilets jaunes. Rappelons que ce mouvement a été déclenché par le commun des mortels qui avait du mal à remplir son frigo après le 15 du mois. Puis, le mouvement a été rejoint par toutes les professions damnées, avocats, enseignants...personnels de santé ! Les mêmes qui après le début du Covid, c'est à dire après avoir été matraqués comme les autres, étaient applaudis à 20h, et chouchoutés par Macron à grand renfort de promesses alléchantes.

Il s'agissait de montrer un ras le bol. Samedi après samedi, les rues ont commencé à s'enflammer. Pourquoi ? La presse, valet fidèle de Castaner, a rapidement dénoncé les black- blocks et puis rapidement, on a répété aux manifestants que descendre dans la rue, c'était d'une part dangereux, mais également signe d'allégeance aux blacks-bocks. On aurait pu croire à un discours politicien visant à asphyxier le mouvement, de bonne guerre ! Mais non, les provocations policières sont devenues la règles. Chaque samedi, après des manifs familiales et bon-enfant, les robocops attendaient l'heure de la dispersion, sonnée bien tôt dans la soirée, avec l'envie d'en découdre sans doute.

J'ai moi-même été témoin des ces scènes récurrentes des samedi soir. Des dispersions sans sommations, à la charge, à coup de canon à eau dans les meilleurs des cas, mais quasiment systématiquement à coup de projectiles dangereux, de type bombes à gaz lacrymogènes , bombes de désencerclement, LBD, motard de la BAC avec matraques. Pas la moindre négociation, pas le moindre discernement. Alors ce qui doit arriver arrive. Les manifestant se carapatent, ceux qui sont à la traîne se protègent, les plus en colère face à la provocation répliquent, les blacks-blocks entrent en scène. Alors les vitrines volent en éclat, les poubelles se prêtent aux allumeurs de feux, et les victimes, souvent innocentes commencent à tomber sous les coups, sous les blessures.

Certains policiers sont blessés, alors on entend sur BFM « les pauvres, des pères de famille », et les images tournent en bouclent sur le carrefour qui est en flammes. La peur s'installe, c'est ce qu'on veut !

Puis il y a eu les manifs contre la réforme des retraites, réforme musclée et très impopulaire. Mêmes scenarii. Des manifs coupées en deux par la police et ses bras armés, dans le seul but de dissuader les gens de manifester.

Et puis le Covid est venu interrompre la fête gauloise ! Il était temps ! Quelle chance, quelle opportunité que ce meilleur ennemi qui allait confiner tous ces mauvais esprits !

Mais le Covid commence à se faire rare, à se faire désirer, à en croire les politiques qui commencent à paniquer. Trop facile, les manifestations sont interdites. Sous couvert d'état d'urgence sanitaire, ou d'état d'urgence tout court. Mais les citoyens ont trop rongé leur frein ! En plus, si les étincelles venues des US rallument le feu, il ne faudra pas se faire prier pour venir savourer la chaleur humaine au coin du feu et oublier la distanciation sociale et le masque qui bâillonne !

La police fait peur.

Le peuple commence à faire peur.

Espérons que nos dirigeants seront éclairés d'un brun d'intelligence pour éviter le brasier.

 

 

 

 

 

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