Préfecture vs Rouen ; Quel drame ?

Quelle catastrophe est un vrai drame ? Celle qui a fait un mort, même s’il a été président, et qui s’est éteint à l’âge de 87 ans, malade et diminué ? Celle de 4 malheureuses personnes qui ont injustement perdu la vie en raison de la folie d’un de leur collègue ? Ou celle qui pour sa défaveur n’a pas encore fait ouvertement des morts, seulement des victimes ?

Les chaines d’informations tournent en continu depuis 2 jours sur l’attentat à la Préfecture de Paris.

En effet, il y a eu 4 morts et de plus, pas n’importe qui, des policiers et fonctionnaires de cette réfecture, qui même s’ils avaient fait le choix d’un métier à risque, pour nous protéger, n’auraient jamais dû perdre la vie ainsi.

Je suis très triste et indignée et pense à leurs familles.

Les suites de cette affaire donneront l’ampleur des disfonctionnements, ou pas, qui ont permis un tel drame.

Une cellule de soutien a été mise en place en deux heures, et des commissions parlementaires se discutent.

 

Ceci étant dit, qu’en est-il du drame de Rouen ?

Cet accident est survenu le jeudi 26 septembre au petit matin.

Il impacte les rouennais et tous les inconnus des environs proches et peut-être pas si proche que cela.

Mais en restant à une circonscription raisonnable, je dirais entre 500.000 et 1.000.000 de citoyens plus ou moins directement victimes.

Je ne parle même pas de la Région, de la France et de la planète.

Dès les premiers journaux télévisés, l’incendie est en boucle, venant détrôner l’affaire Zemour et le RN, pourtant difficile à sortir des écrans, quels que soient les sujets.

Mais trois heures plus tard, le glas retenti : Jacques Chirac est mort.

Et la France est sous le choc, en deuil d’ailleurs devenu national en quelques heures sur décision de notre Président, qui ne loupe aucune bonne occasion, même celle de tenter de prendre la direction de la messe des obsèques.

Jusqu’au lundi, c’est du non-stop, sur toutes les chaines.
Les personnalités et témoignages se suivent, se croisent, se complaisent.

La seule chose que je dirai sur cet homme et je parle de l’homme et du Président et non du politique, c’est qu’il était grand et qu’il aimait vraiment les autres. Il avait du cœur.

Je suis triste et de tout cœur avec sa famille.

Et Rouen ?

Mardi 1er octobre, soit 6 jours après, la catastrophe mais surtout les catastrophés reviennent enfin sur le devant de la scène médiatique.

Mais pour nous dire que tout va toujours bien, enfin presque car au gouvernement, ils ne sont pas tous d’accord sur le problème. Que nous savons toujours rien, de rien : ni ce qui a brûlé, ni combien, ni jusqu’où. Ni les risques en terme de santé à court, moyen ou long terme et dans la totalité des interactions de cette pollution pour la santé (l’air, l’eau, la nourriture).

Nous apprenons que bientôt, nous aurons plus d’informations et surtout que rien dans tout cela ne peut être vraiment dangereux.

Une cellule de soutien et un n° gouvernemental  sont mis en place ( une semaine après)

Deux jours d’intérêt et d’un minimum de compassion pour les Rouennais, surtout au travers des conséquences pour les agriculteurs.

Ben oui, le Ceta n’a pas fait que des amis à notre Président, dans le domaine agricole. Alors il faut s’occuper un peu d’eux.

Et miracle pour l’information, une catastrophe chassant l’autre, jeudi midi, l’attaque à la préfecture occupe toutes les indignations.

Non stop depuis, sur l’attentat, mais surtout sur la police, avec juste une interruption pour les déplacements de notre Président pour prophétiser les retraites, et l’agriculture. Il ne dit toujours rien pour Rouen.

Le président viendra quand il le jugera bon. Quand il ne risquera plus de tousser. Il n’aime pas du tout que le travail puisse être pénible.  

Pour le reste, il aura les FO. Pour les pompiers, il devra peut-être prévoir du renfort car ceux de Rouen ne sont pas en pleine forme et très inquiets.

Nous sommes samedi 5 octobre à midi, BFM fait un reportage sur Rouen.

Et rien de nouveau : nous ne savons toujours rien. Les résultats ? Non.

Et vite nous retournons à un reportage sur la vie des Chirac qui tourne tous les jours depuis une semaine.

 

Alors, quelle catastrophe est un vrai drame ?

Celle qui a fait un mort, même s’il a été président, et qui s’est éteint à l’âge de 87 ans, malade et diminué.

Celle de 4 malheureuses personnes qui ont injustement perdu la vie en raison de la folie d’un de leur collègue.

Ou celle qui pour sa défaveur n’a pas encore fait ouvertement des morts.

Elle n’a fait que des victimes, de désagréments pour le gouvernement.

Le président viendra quand il le jugera bon. Quand il ne risquera plus de tousser. Il n’aime pas du tout que le travail puisse être pénible.  

Pour le reste, il aura les FO. Pour les pompiers, il devra peut-être prévoir du renfort car ceux de Rouen ne sont pas en pleine forme et très inquiets.

Rouen est une vraie catastrophe humanitaire, mais seul le temps et la vérité le révèleront.

Je suis abasourdie et en colère et aussi très indignée.

Encore quelques catastrophes et nous n’aurons plus besoin de nous préoccuper de nos retraites, du devenir de nos enfants, du réchauffement climatique ou du plastique dans nos océans. I

Ils nous auront sacrifiés sur l’autel de la liberté de détruire qu’ils se sont arrogé au nom du capital, de la rentabilité, du libéralisme.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.