Au Liban, 1.300 quads et autant de barbus

De ce côté-ci de l'Euphrate, il semble compliqué de parler du Liban sans qu'immédiatement soient mentionnés tous ses voisins – et souvent, les plus redoutés. Car, au Liban, parler de géopolitique régionale est un sport national.

De ce côté-ci de l'Euphrate, il semble compliqué de parler du Liban sans qu'immédiatement soient mentionnés tous ses voisins – et souvent, les plus redoutés. Car, au Liban, parler de géopolitique régionale est un sport national. D'autant plus prisé lorsqu'il s'agit d'effrayer les occidentaux fraîchement débarqués (c'est mon cas) et d'évoquer avec un sourire malin les plus sombres prédictions pour l'année à venir. (Je dis « prédictions », et non « prévisions », car tout est dit sur un ton péremptoire qui ne laisse pas de place au doute.)

 

Moi qui pensais bêtement commencer mon blog par un sujet moins casse-tête et plus libano-libanais, c'est raté. J'ai eu hier avec le journaliste libanais qui m'héberge actuellement une conversation sur l'enjeu du nucléaire iranien pour la région qui m'a parue intéressante à retranscrire ici.

 

A l'heure du café turc, mon hôte aborde le sujet du prochain conflit à venir. Je m'étonne. Je croyais que c'était calme, qu'Israël savait combien serait inutile une nouvelle attaque sur le Hezbollah ? Il sourit avec la magnanimité de celui qui pardonne à l'ignorant : le prochain conflit sera entre Israël et l'Iran.

 

Selon lui, si le conflit paraît aussi inéluctable, c'est parce que, contrairement à ce qui a été proclamé à la face du monde occidental à Genève ces jours derniers, l'Iran n'a évidemment pas renoncé à faire enrichir sonuranium. Au contraire, il se pourrait que les iraniens parviennent à dépasser les 20% nécessaires pour passer du stade « faiblement enrichi » au stade « hautement enrichi » (soit du nucléaire à usage civil au nucléaire à usage militaire). Et ce ne sont certainement pas les représentants de l'AIEA qui empêcheront l'Iran de quoi que ce soit, car (je cite mon hôte) « quand on rate un site, on peut rater quelques centrifugeuses ».

 

Or, le pays qui ne doit rien rater de ces évolutions, c'est bien sûr Israël, conscient qu'il verra fondre son monopole dans la région comme la neige au soleil dès lors que l'Iran sera officiellement une puissance nucléaire.

 

Je m'inquiète alors, avec la naïveté d'une débutante, de ce que cela signifie.

 

Ca va faire flamber la région, me répond-on avec un stoïcisme désarmant. Si Israël lance une attaque aérienne sur des ogives iraniennes, les pays sunnites (Egypte, pays du Golfe) seront forcément du côté de l'Etat hébreu, puisqu'ils soutiennent Israël contre le Hezbollah et le Hamas. De l'autre côté, comme l'Iran a essaimé dans la région (Hezbollah,Hamas), une riposte musclée est probable.

 

Musclée, je n'y crois pas. Je ne crois pas à un Hezbollah tout puissant et technologiquement infaillible.

 

Mon hôte réplique : tu sais, si on pouvait aller faire un tour au Sud Liban en ce moment, je crois qu'on verrait de drôles de choses. Le Hezbollah a acquis récemment 1300 quads qu'ils apprennent à manoeuvrer en ce moment même. Imagine toi un peu la scène : des quads partout, avec des barbus dessus, grimpant et dévalant les collines.

 

On m'explique qu'ainsi, des membres du Hezbollah peuvent tirer des missiles sur Israël tout en restant très mobiles : on tire le missile et on se fait la malle en 4 minutes exactement. Et pour l'instant, Israël n'a pas trouvé comment riposter en moins de 4 minutes. Pour cette raison, Israël redouterait bien plus les tirs du Hezbollah que les missiles iraniens, qui, eux, prennent leur temps pour arriver, et ont le temps d'être détruits en vol.

 

Donc c'est sérieux, cette histoire de guerre. Mon hôte prédit même que c'est une question de mois. Peut-être 9, ou 12 ou 15. Il souligne que, manque de bol, le Liban se situe pile entre les deux futurs ennemis. Il regarde le ciel et dit : c'est une belle saison, pour une guerre. S'il fait beau jusqu'en novembre, ça pourrait bien être pour bientôt. Il soupire et poursuit : sinon, ce sera pour le mois de mars. Puis il s'esclaffe.

 

C'est difficile de dire quand il raconte n'importe quoi.

 

 

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