La révolution égyptienne selon Zizek

Dans une interview détonante donnée sur Al Jazira, le grand philosophe slovène Slavoj Zizek tonne contre l'hypocrisie occidentale manifestée depuis le début des mouvements révolutionnaires en Egypte.
Riz Khan - Tariq Ramadan and Slavoj Zizek on the future of Egyptian politics © Al Jazeera English

Dans une interview détonante donnée sur Al Jazira, le grand philosophe slovène Slavoj Zizek tonne contre l'hypocrisie occidentale manifestée depuis le début des mouvements révolutionnaires en Egypte. Un point de vue trop peu défendu dans les médias internationaux. Ci-dessous, quelques extraits choisis.

"Ce qui se passe en Egypte est la preuve ultime que l'idée cynique selon laquelle les peuples musulmans préféreraient la dictature et le fondamentalisme religieux à la démocratie est complètement fausse. Ce qui s'est passé en Tunisie, et ce qui se passe en ce moment même en Egypte, c'est justement la révolution universelle pour la dignité, les droits de l'homme, la justice économique. C'est l'universalisme en marche ! (...)

"Un manifestant a dit "Je suis fier d'être égyptien". Moi, je suis fier d'eux. Ils nous ont donné une leçon. Les peuples arabes prouvent de façon éclatante qu'ils comprennent ce qu'est la démocratie. En faisant ce qu'ils font, ils prouvent qu'ils la comprennent beaucoup mieux que l'Ouest et ses politiques anti-immigration. C'est le meilleur argument jamais vu à la télé contre toute cette nullité sur le choc des civilisations. A partir du moment où des gens se battent contre la tyrannie, on doit tous être solidaires.

"La peur de l'extrémisme religieux est absurde. J'ai lu quelque part que plus de 30% de la population américaine croyait au diable et aux fantômes. (...) Tous ces trucs sur l'islam, c'est de l'idéologie occidentale. Il n'y a pas à choisir entre l'islam fondamentaliste et la démocratie libérale. Il y a plein de choses merveilleuses dans l'Islam. Il y a deux semaines, alors que je visitais le musée des arts islamiques du Qatar, j'ai lu la citation d'un ancien philosophe iranien. "Seul un homme sot évoque le destin quand il rate une occasion". Ca veut dire qu'on est libre de choisir. Si la seule alternative qui existe, c'est la théocratie islamiste ou le libéralisme occidental, on est foutu. La vraie tragédie des nations arabes, c'est la disparition d'une gauche forte et laique.

"Prenez l'Afghanistan, par exemple. On le présente aujourd'hui comme un pays de fondamentalistes cinglés. Je suis désolé, mais je suis assez vieux pour me souvenir de comment était l'Afghanistan il y a 40 ans. C'était un pays très laic, très ouvert, avec un monarque pro-occidental. La suite de l'histoire, on la connaît. (...) C'est crucial de former une gauche forte. C'est la seule chose qui pourra nous sauver, pays arabes et pays occidentaux confondus.

"There is great chaos under heaven, the situation is excellent, a dit Mao. Bien sûr, je ne fais pas l'apologie du chaos. Mais sans cette ouverture momentanée, pendant laquelle on ne sait plus vraiment qui est au pouvoir... rien ne serait possible. Je vais faire une comparaison indécente : dans le dessin animé de Tom&Jerry, il y a toujours un moment où le chat marche au-dessus du vide. Et tant qu'il ne regarde pas en bas, il ne voit pas qu'il est au-dessus du précipice. C'est la même chose avec Moubarak. Pour le faire tomber, il faut qu'il regarde vers le bas, et voit qu'il est déjà au-dessus du précipice."

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