Liban: bisbilles dans la Bekaa

Il faut cultiver notre jardin, disait Voltaire. Depuis l'année dernière, les autorités libanaises n'ont cure de cette maxime. Elles ont pris très à coeur de tourmenter les cultivateurs de la plaine de la Bekaa, plateau aride situe dans le sud-est du pays. Leur motif ? Eradiquer la culture de plans de hashish,

Il faut cultiver notre jardin, disait Voltaire. Depuis l'année dernière, les autorités libanaises n'ont cure de cette maxime. Elles ont pris très à coeur de tourmenter les cultivateurs de la plaine de la Bekaa, plateau aride situe dans le sud-est du pays. Leur motif ? Eradiquer la culture de plans de hashish, seule herbe capable de pousser sans eau, ou presque, dans cette contrée peu propice à l'agriculture. Le climat politique etant momentanement revenu au calme, l'armee a desormais les mains libres pour gerer les petits problemes domestiques. Voila donc les militaires libanais deployant forces speciales et vehicules blindes pour partir a l'assaut de champs dont on redoute que les cultures continuent de placer haut le Liban dans la liste des exportateurs de narcotiques (1.5 milliard de dollars de narcotiques en 2007 selon Newsweek).

 

Pourtant, c'est une tradition qui s'effondre. La legende veut en effet que, lorsqu'on est invite dans la plaine du Bekaa, les hotes proposent un plateau de douceurs locales, comme a Beyrouth on offre des cigarettes. Les cultivateurs ont d'ailleurs, dans un premier temps, fait front aux tentatives gouvernementales, arguant de l'impossibilite climatique de cultiver quoi que ce soit d'autre que du hashish. Interdire sa recolte les mettrait donc directement, eux et leurs familles, sur la ligne de touche.

 

Il y a bien eu quelques essais de plantations alternatives, mais les tournesols dont, pendant un temps, on avait pense qu'ils feraient l'affaire, se sont averes beaucoup moins rentables que leur predecesseur illegal. Les cultivateurs ont alors opte pour une ligne de defense plus farouche, minant carrement les champs incrimines (leurs propres champs, donc), esperant ainsi dissuader les representants des autorites les plus audacieux de poursuivre leur travail de defrichage. On compte tout de meme 4 soldats tues et 1 chef de clan abattu : rien, ici, ne semble se regler pacifiquement.

 

L'ONU a donc fini par se meler de l'affaire, et a juge que les plans de hashish pourraient, in fine, etre avantageusement remplace par du chanvre (l'organisation internationale faisant mine de croire que les vertus medicinales et dietetiques, estampillee bio-bobo dans les pays occidentaux, feront du chanvre un bon produit a l'exportation, qui remplacera avantageusement le hashish). Pour l'instant, les chiffres n'existent pas : les plans de chanvre seront plantes a partir du debut de l'annee 2010. D'ici la, les agriculteurs devront prendre leur mal en patience.

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