Téléphone arabe

Difficile qu'un jour se passe ici sans qu'on entende parler du Hezbollah et de ses sbires. Il se déroule pourtant d'autres événements à Beyrouth qui mériteraient sans doute un éclairage circonstancié (le Festival International du Film de Beyrouth s'est achevé avant-hier dans l'indifférence générale), mais c'est toujours vers les mêmes sujets que l'on revient spontanément.

 

Cette semaine, donc, nouvel épisode dans les accrochages Hezbollah-Israel : lundi soir, une bombe a explosé dans un garage d'un certain village du sud Liban nommé Tayr Filsay. Il a vite été certain que la maison appartenait à un membre du Hezbollah, Adel Nasser Issa.

 

Vous me direz, en soi, une petite explosion de rien du tout dans un garage privé, pas de quoi crier au loup. Or, ici, ce n'est pas l'épisode en lui-même que j'ai trouvé amusant, mais la façon dont celui-ci a été traité dans la presse, et comment dans les jours qui ont suivi, les différents acteurs, concernés ou non, ont réagi.

 

En effet, dès le mardi soir, l'armée israélienne diffusait des images sur lesquelles on pouvait voir des roquettes évacuées d'une maison du sud Liban (un drone avait été envoyé en repérages dans les environs dès lors que l'armée israélienne avait eu vent de l'explosion).

 

Les causes de l'explosion en elles-même n'ont pas fait débat : le Hezbollah démontre une fois de plus qu'il est en possession d'armes interdites par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Les conséquences, elles, ont été moins limpides : le mardi, le Hezbollah a déclaré 5 morts à l'AFP, 2 morts à Reuters pour finalement se rétracter dans la journée et ne constater qu'un seul blessé auprès de l'agence Al-Markaziya.

 

Côté presse, pas mieux : l'Orient-le-Jour, éminent journal francophone du cru, a choisi pour traiter l'information de rapporter les propos éloquents du porte-parole de l'armée israélienne : "Le Hezbollah avait placé des barrages sur les routes d'accès pour apparemment dissimuler un transfert de matériel militaire". Le journal rapporte notamment que l'armée israélienne a demandé à la FINUL d'ouvrir une enquête, ce que la FINUL contestera le lendemain, mercredi, dans le Daily Star (grand journal anglophone libanais), affirmant avoir elle-même pris l'initiative d'ouvrir l'enquête.

 

L'histoire continue : Israel porte plainte devant le Conseil de Sécurité de l'ONU pour "violation grave de la résolution 1701", résolution qui interdit la présence d'armes non légales dans le sud Liban. Immédiatement, le Hezbollah dément, soutenant que le village de Tayr Filsay se trouve hors de la zone d'application de la fameuse résolution.

 

Dernier rebondissement en date : dans le Daily Star d'aujourd'hui, il est dit que le Hezbollah a des preuves visuelles, montrant que ce que le drone israélien a pris pour des roquettes, était en réalité une simple porte de garage en métal, chargée sur un camion suite à une explosion (donc il y a bien eu explosion ?).

 

La morale de l'histoire ? Il n'y en a pas.

 

 

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