Poème sans titre

 

Les ambulances sont revenues

Et avec elles, leur ritournelle métallique 

De mauvaise augure, comme le chant des vautours,

Et avec elles, des subtilités acoustiques, 

A base de pop pop pop pop.

 

Les ambulances sont revenues, 

Et avec elles, le président à la télévision,

Son visage cireux et ses mots lourds 

Comme toutes les pierres du Mur des Lamentations,

Et avec elles, la certitude que le sol tangue, et tanguera,

Que certaines langues se précipiteront pour désigner 

Qui mérite d’être français,  

Et qui ne le mérite pas. 

  

Les ambulances sont revenues, 

Et avec elles, les théories du dimanche et la géopolitique de cuisine,

Hasardeuses comme une barque sur la mer Méditerranée par soir de grand vent,

Et avec elles aussi, des fulgurances d’avant,

Quand Twitter n’existait pas et que la France gagnait la Coupe du Monde, 

Quand nous étions épargnés, ou presque, et que nous ne le savions pas. 

 

Les ambulances sont revenues, et le sang sur les pavés de Paris 

Signe la fin de la Fin de l’Histoire. 

Le siècle avance à coup de points d’interrogation dans les côtes,

Et c’est un peu dur de ne pas lui en vouloir.

  

En quinze ans, tu nous a tout fait, le siècle,

Mais pour nous anéantir, il va falloir essayer encore.

Car nos morts sont beaux,

Et nos vivants sont forts. 

 

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