Et puis s'en vont

C'est le troisième 25 janvier après l'original. Ce n'est pas le plus sanglant, il faut reconnaître(Je précise pour ne pas être accusée de trucage, de duperie)Sauf bien sûr pour le petit garçon qui a perdu sa mère,Shaima, étonnée de mourir sur un trottoir, place Talaat Harb, Un trottoir qui dans beaucoup d'autres pays ne servirait qu'à marcher.

C'est le troisième 25 janvier après l'original. 

Ce n'est pas le plus sanglant, il faut reconnaître

(Je précise pour ne pas être accusée de trucage, de duperie)

Sauf bien sûr pour le petit garçon qui a perdu sa mère,

Shaima, étonnée de mourir sur un trottoir, place Talaat Harb, 

Un trottoir qui dans beaucoup d'autres pays ne servirait qu'à marcher.

 

C'est le troisième 25 janvier après l'original. 

Oublier pour vivre, célébrer donc mourir :

La Révolution égyptienne n'est pas à un siège de la majorité absolue

Mais à quatre ans de son rêve. 

Le Jour de la Police est devenu le Jour de la Libération, 

Puis le Jour de la Libération, le Jour des Morts,

Un peu comme au Mexique. 

L'année dernière, 50, cette année, 18. 

Est-ce un progrès ?

 

C'est le troisième 25 janvier après l'original. 

Faut-il dire "rien n'a changé" ?

Faut-il dire "ce ne sera jamais comme avant" ?

Parler, en fait, requiert un effort immense, de l'ordre de la promesse,

Or les promesses ne sont possibles que dans un contexte d'espoir. 

 

De pays considérés comme branlants ou foutus

Sont nées de belles choses, certes

- A Tunis, à Athènes, pour parler des voisins. 

 Mais ce soir ce n'est pas à Syriza que je pense, 

C'est à Mohamed Mahmoud, c'est à Maspero, c'est à Port Saïd, c'est au Palais présidentiel, c'est à Tahrir, 

C'est au choeur des sacrifiés et des vaincus,

A tous ceux qui ne verront pas le quatrième 25 janvier après l'original. 

 

Les bonnes feuilles de Jours Tranquilles au Caire (éditions Riveneuve), à paraître le 26 février, sont sur Libé Voyages ce mois-ci et le suivant: http://www.liberation.fr/auteur/15298-isabelle-mayault

 

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