L'inclusion scolaire vue par une maman

Nous vivons depuis plusieurs années en Belgique francophone. Ici, comme dans d'autres pays, existent des classes réellement inclusives, c’est-à-dire des classes ordinaires (non spécialisées) dans des écoles ordinaires, où sont scolarisés plusieurs enfants à besoins spécifiques avec les autres élèves de la classe, sans séparation de fait, mais avec tout le soutien éducatif et paramédical nécessaire.

 

Je voudrais exprimer ici, en tant que parente, ma perception de l’intégration. Ce n’est pas sa dimension pratique que je vais explorer, ni même aborder dans ce court message, mais bien la portée philosophique, si modestement puisse-t-elle être ressentie par une simple maman, qu’apporte le « vivre ensemble » à un individu et son entourage.

 

Notre fils est atteint de troubles dans le spectre autistique, plus précisément de syndrome d’Asperger, un trouble envahissant du développement qui n’est pas sans évoquer l’autisme dit « de haut niveau ». Il a aussi la chance de poursuivre sa scolarité dans une classe inclusive. C’est son visa pour bâtir sa future vie d’homme dans notre société, construction qui commence logiquement au début de cette vie en communauté : l’école.

 

L’inclusion, c’est un atout pour cette société. Une chance de pouvoir aimer l’être, qu’il soit substantif ou verbe. L’être, et non pas l’avoir, l’être et non pas le paraître, en ces temps cyniques où rien ne compte plus aujourd’hui que les codes sociaux, l’apparence, la beauté, la jeunesse, la luminance intellectuelle, la repartie, la richesse matérielle... Une offre pour cette civilisation de sortir de son autolâtre puérilité et de connaître le temps de la maturité : celui l’altruisme, de l’humanisme.

 

Une opportunité pour notre fils d’être libre, et non pas enfermé à vie dans un ghetto peut-être invisible, mais aux murs de forteresse.

 

Une occasion pour lui d’exploiter le plus magique de ses dons si ce n’est le plus grand, sa part de lui à l’autre : le pouvoir de faire sortir le meilleur de nous, et même de nous rendre meilleurs : une chance pour ses camarades.

 

Une possibilité pour eux d’accepter et d’aimer l’autre tel qu’il est, et non pas seulement et égoïstement tel qu’on voudrait qu’il le soit, cette manière d’aimer qui n’est que de s’aimer soi-même à travers autrui, en une illégitime quête de propriété des âmes assujetties à notre propre idéal, faisant mourir après leur auteur les mots du grand Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis ».

 

Connaître l’autre dès l’enfance nous apprendra à respecter ses différences. Si on sait les respecter, loin de nous éloigner, elles nous rapprocheront :

 

« Un jour, gravissant la montagne, j’ai aperçu une ombre, grimpant plus haut et m’approchant, je me suis rendu compte que c’était un homme, quand je me suis trouvé tout près, j’ai vu que c’était mon frère » (Conte tibétain).

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