Droit de réponse d'une maman à "l'huma"

La proposition de loi de Daniel Fasquelle a fait réagir le PCF, estimant qu’il s’agissait là d’une « ingérence totalitaire inadmissible dans le champ de la médecine ». Lire ici

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Julie, élève brillante mais perturbée. Un avenir de poétesse, salué par la critique et de grandes célébrités littéraires, s’ouvrait devant cette enfant précoce. Un éditeur l’avait plusieurs fois publiée depuis son entrée au collège. Mais Julie traînait son mal-être. En crise, elle s’est retrouvée au service psychiatrique de l’hôpital de sa ville. De ce jour, et de ce premier traitement qu’on lui administra, elle n’a cessé d’effectuer la navette entre l’hôpital psychiatrique et l’école. Elle avait réussi le concours d’entrée à une grande école. Mais elle n’a pas pu continuer. À l’hôpital, on n’a jamais mis un nom sur ses problèmes. On disait que c’était l’attitude de sa maman qui était en cause. Puis, dernièrement, aux 25 ans de Julie, on a enfin émis un diagnostic : syndrome d’Asperger (un genre d’autisme de haut niveau). Mais, entretemps, Julie s’est fichue par la fenêtre. Depuis, Julie ne peut plus rester seule : c’est trop dangereux. Son papa est parti. Sa maman travaille à mi-temps thérapeutique pendant qu’une auxiliaire de vie vient s’occuper de Julie. Julie n’écrit plus, ne fait plus rien de ses journées.

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Patricia, élève belge atteinte d’un syndrome d’Asperger, qui suivait ses études sans problèmes en école primaire ordinaire. L’entrée dans l’adolescence combinée à l’entrée au collège lui fit quelque peu perdre pied dans ses études. La maman demanda de l’aide aux associations, qui vinrent trouver son école et qui mirent sur pied un programme d’aide à l’intérieur de son établissement avec du personnel de l’école spécialisée voisine. Tous avaient accepté le protocole : les deux directions d’établissement, les administrations dont elles dépendaient, les centres psycho médicaux sociaux. Au conseil de classe devant entériner le projet, la maman vint avec la pédopsychiatre de sa fille. D’obédience psychanalytique, celle-ci se mit en colère et refusa tout net l’aide de l’intégration. La maman la connaissant depuis des années, son avis l’emporta. Patricia est déscolarisée aujourd’hui.

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Wolfgang, petit garçon belge atteint de troubles autistiques, qui, à 5 ans, ne parlait pas, ne mangeait que des aliments liquides, portait des langes jour et nuit. Inscrit dans une école spécialisée, avec les méthodes éducatives de l’autisme, en 3 mois il était propre, parlait couramment et mangeait des aliments solides. Après avoir rattrapé tout son retard, il est aujourd’hui l’élève le plus brillant de son école ordinaire. Même histoire pour Justin, passé dans la même école spécialisée que lui.

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Maxence, petit garçon du Nord, qui doit tous les jours traverser la frontière pour suivre la scolarité adaptée en Belgique, comme beaucoup d’autres et encore plus qui y résident pour la même raison.

 

Retournons en France. Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Alexandra, qui mène son fils Enzo chez les médecins, les orthophonistes, etc. parce qu’à 3 ans il ne parle pas, n’est pas propre, ne mange presque pas, fait souvent des gestes stéréotypés, ne croise pas le regard… elle n’en peut plus de s’entendre sans cesse dire que le comportement de son fils est de sa faute.

 

Des histoires comme cela, je pourrais vous en raconter des milliers…

 

Vous dites, « une ingérence totalitaire inadmissible » ? Comment qualifiez-vous :

 

Le fait que les psychanalystes siègent aux Commissions des Droits et de l'Autonomie des Maisons Départementales de la Personne Handicapée, commissions qui décident de l’orientation des enfants ? Au minimum, un conflit d’intérêts, non ? Surtout quand on voit le prix de journée dans un institut médical ou un hôpital de jour…

 

Le fait que les parents qui refusent les prises en charge psychanalytiques, voire le packing, pour leur enfant se voient dénoncés pour défauts de soins au Juge aux affaires familiales par ces mêmes MDPH et que la garde de l’enfant leur soit retirée et l’enfant placé pour subir les traitements en question ?

 

Le fait qu’une grande partie des formations, initiales et continuées des personnels paramédicaux, sociaux, éducatifs, soient dispensées par des psychanalystes ?

 

Le fait que la psychanalyse traite le relationnel défaillant de l’autisme comme le résultat d’une défense volontaire bien qu’inconsciente de la personne atteinte alors que nous savons depuis longtemps que les perturbations du relationnel chez l’autiste dépendent de facteurs génétiques, physiques, neurologiques ? Ce que toutes les études internationales ont prouvé depuis longtemps?

 

L’absence de résultats positifs de la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme, contrairement aux méthodes éducatives et comportementales, et ceci aussi prouvé dans les études internationales ?

 

Le lobbying des psychanalystes pour faire mettre au panier le rapport INSERM qui démontrait tout cela ? Le lobbying des psychanalystes pour éviter que l’exercice de leur profession soit encadré par de vraies études menant à un vrai diplôme ?

 

Le fait que certains psychanalystes, pour attirer le chaland, affirment pratiquer les méthodes éducatives et la psychanalyse, ce qui consiste sur le terrain, par exemple, à pratiquer une heure de communication par images, 5 h de psychanalyse, 3 h de packing par semaine ?

 

Le fait que le packing soit l’enrobement jusqu’à l’immobilisation de tout le corps et la tête, à l’exception du visage, de l’enfant nu dans des successions de serviettes, de draps et de couvertures trempés et glacées (préalablement passés au réfrigérateur, voire au congélateur), « sarcophage » pouvant peser 20 kg, et ce, dès l’âge de 3 ans, pour des séances de ¾ h à plus, plusieurs fois par semaine pendant des mois, des années ? Qu’un enfant de huit ans est décédé au Québec il y a peu d’années suite à l’une de ces séances ?

 

Le fait que la France ait signé et ratifié la Convention Internationale des Droits des Personnes Handicapées qui stipule :

 

Article 15 : Droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

  • Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique.
  • Les États Parties prennent toutes mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher, sur la base de l’égalité avec les autres, que des personnes handicapées ne soient soumises à la torture ou à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

 

Article 25 : Santé

…d. Exigent des professionnels de la santé qu’ils dispensent aux personnes handicapées des soins de la même qualité que ceux dispensés aux autres, notamment qu’ils obtiennent le consentement libre et éclairé des personnes handicapées concernées ; à cette fin, les États Parties mènent des activités de formation et promulguent des règles déontologiques pour les secteurs public et privé de la santé de façon, entre autres, à sensibiliser les personnels aux droits de l’homme, à la dignité, à l’autonomie et aux besoins des personnes handicapées ;

 

En regard de tout cela, une proposition de loi qui demande que les fonds publics ne soient plus utilisés pour le traitement psychanalytique de l’autisme ni pour le packing mais attribués aux méthodes éducatives de l’autisme me semble non pas « une ingérence totalitaire inadmissible dans le champ de la médecine » mais plutôt, comme se définit notre République actuelle dans sa constitution : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

 

 

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