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Billet de blog 1 juillet 2025

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Pas de destin, mais ce que nous faisons de nous... ou pas — partie 3 épisode VI

Le monde s'enfonce dans le chaos... mais un espoir existe, un collectif et une IAI.

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PAS DE DESTIN, 
MAIS CE QUE NOUS FAISONS DE NOUS... OU PAS

Troisième partie
Peloor

VI
Dissimulation


6 décembre 2081
Château de Vincennes,
Présidence de la République.
François Molineux, président depuis 2072, est en campagne pour la nomination de son “poulain à la candidature suprême” l’an prochain, un descendant direct de Charles de Gaulle, Solan de Gaulle.[1]
— Solan, dites-moi mon cher, l’incident de Berlin a été traité avec toute la discrétion requise, comme me l’a dit mon collègue, le führer Grethenshmidt ? Il ne faudrait pas que ça gâche la campagne.
— Oui, monsieur le Président, avec mon collègue du Reich, nous avons vu cela ensemble, d’autant plus que l’affaire Libois a failli fuiter dans la presse alternative. Fort opportunément, Ladislas Ruffin a été arrêté.
— Ah ? C’était donc cela cette affaire de Cocaïnospleen.
— Absolument.
— Et pour ce qui concerne ce fameux virus ?
— Rien de bien inquiétant, il ne se propage réellement que dans les zones conflictuelles, et les nations évoluées ont le contrôle de celles-ci.
— Bien, bien.
— Par contre, il semblerait que les docteurs Montsouris et das Corvéas aient voyagé à Berlin, justement... après l’affaire du piano.
Le président a l’air soucieux.
— Qu’envisagez-vous ? Tout de même pas encore comme pour les infirmiers de la Salpêtrière ?
— Non. J’ai vu avec mon collègue lusitanien, Duarte Ferraz d’Almeda ; le docteur das Corvéas va se voir nommé ministre de la Santé...
— Comment ça, mais c’est très risqué !
— Absolument pas, il sera désigné sous l’autorité du ministre de la Défense portugais, quelqu’un de très bien, que j’ai connu lors des commandos pour le Tibet, au début de la guerre sino-russe.
— Octávio de Noronha ?
— Oui, monsieur le Président, lui-même.
— Et pour le docteur Montsouris ?
— Un accident me semble inéluctable !
— Ah... dommage.
*
7 décembre 2081. Pékin,
au Zhongnanhai.[2]
Bureau de Zhao Yueming.
— Camarade Secrétaire général, les renseignements de Birmanie sont confirmés.
— Ceux de novembre, vieux Li ?
Li Zhengwen, ministre du renseignement intérieur, et camarade du premier secrétaire Zhao Yueming depuis l’enfance, a l’air embêté.
— Oui... vieux camarade, la zone birmane, pour être sous notre contrôle, notamment par l’entremise de son “commandant”, Diego Han Juntao, n’en est pas moins chaotique. Les informations sur le virus qui s’est manifesté à Kawthaung ont été difficiles à avoir et à contrôler.
— Mais bien sûr, ne t’inquiète pas, je comprends parfaitement. Et qu’en est-il du professeur Huang Zeyu ? Il paraît qu’il communiquerait toujours avec les Occidentaux ?
— Oui, camarade Secrétaire général, mais nous le laissons faire, car justement cela nous permet d’avoir des renseignements... surtout depuis l’embargo sur nos applications...
— Ah oui... monsieur Zhao a mal su négocier avec les capitalistes.
— Votre père a essayé... et à cette époque, nos industriels ne pensaient toujours qu’à gagner plus de...
Le ministre du renseignement se tait, il se rappelle que parler du père de Zhao Yueming, Zhao Licheng, premier secrétaire du PCC de 2044 à 2076, est tabou. Le regard froid qui le fusille déjà est comme une condamnation.
— Il vaudrait mieux parler d’autre chose, monsieur le ministre...
*
7 décembre 2081.
Saint-Pétersbourg,
Palais de Peterhof.
Le Tsar Nicolaï II se promène malgré le froid, dans les allées du jardin de ce “Versailles” slave. Habillé d’un très lourd manteau de loup blanc, il porte entre ses mains gantées deux de ses sphynx préférés, “Précieux” et “Diamant”, eux-mêmes couverts d’un petit manteau de fourrure de renard argenté et les pattes dans de petites bottines de velours de soie brodée aux armes de la Russie. Le Tsar est accompagné par trois de ses “gardes du corps”, chacun portant un autre des chats du monarque.
Soudainement, Alexeï laisse l’un de ses animaux s’échapper.
Tout en resserrant plus son étreinte sur celui qu’il garde, il se met à crier.
(les dialogues originaux sont évidemment en russe)
— Oh, Précieux... viens ici ! Viens ici Précieux, s’il te plaît, tu vas mouiller tes bottines.
Il se retourne vers les gardes du corps.
— Allons, messieurs ! Courez me le rechercher !
Fédor, Mikhaïl et Yegor se regardent quelques instants, ne sachant à qui obéir... à la marionnette tsariste ou à leur hiérarchie de la Sobornoïe Sotnya[3], qui leur a bien spécifié de “ne jamais quitter l’idiot de l’œil”.
— Maiiiiiiis... meeeeessieurs ! Allons, allons !
*
Le soir, au MVD.[4]
— Capitaine Volkov, ça ne m’intéresse pas votre histoire de chat ! Mais plutôt, est-ce que l’idiot est au courant de ce qu’il se passe en Ukraine ?
— Non, Colonel-général, le tsar ne sait rien de ce virus qui se répand en Malorossiya[5]. C’est un parfait imbécile qui ne se préoccupe que de ses horribles félins nus !
— Eh bien, Capitaine... qu’il continue à choyer ses chats. Au moins il ne nous emmerdera pas.
— Lieutenant supérieur Sokolov, vous serez remplacé par le Colonel Yvan Ussurianski, qui nous vient de Vladivostok.
— À vos ordres, Colonel-général !
— Vous partez ce soir pour Shoigurov, et vous prendrez vous-même la direction des Karbovyé Brat’ya. Vous vous débarrasserez définitivement de Viktor Reznikov, leur chef actuel.
— Pardon, Colonel-général, il faut un procès ou juste l’exécution ?
— L’exécution. On ne va pas perdre de temps avec la racaille. Ensuite, vous endiguerez les informations relatives aux événements de novembre. Personne ne doit être au courant. Nous avons déjà dû faire prendre des vacances à certains médecins en mal de notoriété.
— À vos ordres, Colonel-général ! Et avec la population de Shoigurov ?
— Pareil que Reznikov !


[1] Solan Charles-Philippe, né sous “x” en 2038, dernier arrières-arrières-arrières petits fils du général.
[2] Palais officiel du Premier secrétaire du Parti communiste chinois (PCC) depuis l’origine, en 1949.
[3] Groupe de nationalistes orthodoxes, se réclamant de l’ancien “Parti noir” de la fin du XIXe et du début du XXe, ainsi que des “sobors” orthodoxes.
[4] Bâtiment du ministère de l’Intérieur, ulitsa Zhitnaya, 16, Moscou.
[5] Terme historique péjoratif parfois utilisé par les nationalistes russes pour désigner l’Ukraine comme une simple région subordonnée à la Russie.

(partie 3 épisode 7, jeudi 3 juillet 2025)

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