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Billet de blog 2 août 2025

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Pas de destin, mais ce que nous faisons de nous... ou pas — partie 5 épisode VI

Le monde s'enfonce dans le chaos... mais un espoir existe, un collectif et une IAI.

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PAS DE DESTIN, 
MAIS CE QUE NOUS FAISONS DE NOUS... OU PAS

Cinquième partie
Ulbah

VI
– Communauté –


16 avril 2090. Irlande,
Howth.
Isla est en train de s’occuper de plants de tomates, dans le jardin bioclimatique rempli de légumes et de fruits ; en tout cas, tous ceux qui peuvent encore naître en cette époque et nourrir Liyara, Lǐ Mùzhēn et Isla.
Sorcha O’Dálaigh, sa voisine, l’aide ce matin-là.
— Tu sais, Isla, je crois que sans toi et ton ami chinois, ce charmant Mùzhēn, nous serions, Seánán et moi, morts depuis longtemps.
Isla sourit tendrement.
— Il faut toujours aider au mieux son prochain, Sorcha. Ma Selamawit n’aurait pas aimé que je sois égoïste, c’est pour cela que j’ai appris à cultiver de cette manière.
— À propos de Selamawit, à quand remonte ton dernier rendez-vous télépathique avec cette Sana ?
— Près de six ans, en 2084.
— Aucune nouvelle depuis ?
— Aucune, mais Sana m’a dit que dès qu’elles arriveront sur Thāl’iir, elle pourra me parler de nouveau.
Sorcha, pour avoir déjà eu de nombreuses conversations sur Selamawit, Sana et leur mission, reste muette d’étonnement.
— Tu veux dire que même si mille quatre-cents ans vous séparent, vous pourrez communiquer ensemble, l’une avec l’autre ?
— Eh oui, Sorcha.
Quelques instants plus tard, Liyara les interrompt.
— Bon, j’ai été à Howth avec Mùzhēn, maman, comme tu me l’as demandé, mais c’est bien ce que je craignais... mis à part quelques maisons encore habitées par des personnes conscientes, la plupart sont en train de mourir à petit feu de la nouvelle souche du virus Hadès...D. Iels ont perdu la mémoire, et errent dans Howth à la recherche de quoi mâcher, de pousses diverses, ou se nourrissent de cadavres d’animaux pourrissants.
— Tu as pu voir si Colm “Whiskey” Flanagan était toujours en vie ?... Le whisky a quelquefois des vertus.
— Oui, il va bien, figure-toi, et il te fait dire qu’il te remercie de lui avoir montré comment produire sa bière personnelle... même si son Redbreast lui manque.
— Heureusement qu’il a un grand terrain, aussi... et pour ses légumes et fruits ?
— C’est son fils Eoin, et sa belle-fille Aisling, qui s’en occupent.
— Aisling ! Elle a réussi à faire redémarrer leur machine à compostage ?
— Oui... je te jure, elle est vraiment extra Aisling, elle a pris le temps de me montrer comment réparer notre système de filtration.
— Tant mieux, j’avais un peu peur qu’il tombe en rade.
— Tiens, Sorcha, on t’invite à notre déjeuner, Seánán et toi ? Ça me ferait plaisir, ne serait-ce que pour te remercier du coup de main et aussi parce que j’aime bien les histoires que nous raconte ton vieux Seánán !
Elles rient toutes ensemble.
— Maman, tu te rappelles de celle de l’ours borgne, à Shielmartin Hill ?
— Oh oui... pauvre bête.

***

31 juillet 2091. Irlande,
Howth.
La dernière pensée sauvage est jetée sur le cercueil de Seánán O’Dálaigh, le mari de Sorcha.
— Il avait à peine cinquante-trois ans, Isla.
— Je sais Liy’. Je vais proposer à Sorcha de venir habiter avec nous, tu es d’accord ?
— Mais bien sûr, maman, Sorcha est pour moi comme une vieille tante.
— N’exagère pas... elle n’a que cinq ans de plus que moi.
Liyara commence à rire, de ce rire sonore et enfantin, naïf et innocent.
— Pardon maman... je sais... dans un an... quarante ans !
Isla fait une fausse mauvaise tête.
— Oui... et pour ta peine, c’est toi qui me feras le gâteau... Non mais ! Je vais profiter de ton don pour la cuisine... avant que tu n'ailles en Éthiopie !
— Comment tu le sais ?
— J’ai parlé par la souche à ton grand-père, il y a quinze jours.
Comme si elle était prise en faute, Liyara rougit.
— Oui, j’aimerais fêter mes quatorze ans et faire le rite Siiqqee... comme mon autre maman.
— Sela...
Sans qu’elles l’aient vu venir, un néodirigeable traverse le ciel, interrompant Isla.
Soudainement, elles voient une traînée de fumée le poursuivant avec une rapidité fulgurante.
Dans le fracas qui suit, l’énorme oiseau, presque sans un bruit, comme un souffle crevé, se dégonfle ; puis une petite étincelle enflamme l’hydrogène. Le feu inextinguible se propage doucement, mais inexorablement sur la toile. C’est alors que l’engin perd de l’altitude, et de plus en plus vite, tombe à la verticale sur un des quartiers les plus au nord de Dublin, Ballymun. Le feu, sans plus aucun service de pompiers, sème ses flammes sur ce quartier populaire du siècle dernier.
*
Le soir, après le dîner commun, Liyara et Isla sont dans le jardin.
— Regarde maman, on voit encore les lueurs du feu sur Dublin... tu crois qu’il y avait des gens là-bas ?
— Je ne sais pas Liy’, mais cesse de regarder l’innommable. Ce que je sais c’est qu’il est l’heure d’aller te coucher... on a du travail demain sur les pruniers.
— Mais, maman... ça veut dire qu’on est bloquées ici ?
— Je ne sais pas, Liy’, je ne sais pas.

(partie 5 épisode 7, mardi 5 août 2025)

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