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Billet de blog 10 avril 2025

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“L'ombre de l'Écarlate” (épisode X) roman policier-fantastique

Un mystère familial en 1902 et en 1963. L'étrange, le surnaturel se composant dans un quotidien prolétaire.

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L'OMBRE DE L'ÉCARLATE (X)

- Craindre ou ne pas craindre -

Tenzin, suivi de Madeleine, se dirige vers la même pièce où ils ont effectué leur premier “voyage”.
Madeleine, cette fois, est très calme, totalement sereine — chose qui ne lui était jamais arrivée depuis les voyages de son enfance.
— Allongeons-nous, tu veux ?
Ainsi, ils se retrouvent allongés, jambes étendues, bras légèrement écartés du corps, paumes à plat, doigts desserrés, sur ce très grand tapis qui recouvre désormais les dalles froides.
— D’abord, détends-toi. Fais le vide dans ton esprit.
— Oui, Rinpoche.
— Ne parle pas. Ce n’est pas utile. Tu vas suivre ma voix.
Madeleine, comme elle l’a appris durant ces derniers mois, détend ses muscles et commence à contrôler sa respiration en des vagues douces et régulières. Son ventre se relâche, son souffle est juste nécessaire.
— Maintenant, Madeleine, tu vas aligner tes chakras du haut vers le bas. Tu dois sentir le courant passer.
La première fois, elle avait failli rire en entendant cela. Pas aujourd’hui. Le chakra juste au-dessus du cou, puis les suivants jusqu’à celui du coccyx, se “branchent” et laissent passer l’énergie mentale qu’elle sent clairement.
— Bien. Maintenant, ouvre ton crâne au ciel jusqu’aux étoiles, jusqu’au fin fond des galaxies et, de tes pieds, ancre-toi à la Terre, jusqu’à son centre en feu.
La “connexion” se fait après quelques instants. De l’espace jusqu’au cœur de la Terre, elle se sent comme un arbre. Un arbre qui s’abreuve du ciel et de la terre. Elle fait partie de l’ensemble, du “tout”.
Quelques instants plus tard, Tenzin et Madeleine se retrouvent hors de leurs corps, spirituellement.
— Maintenant, nous allons où tu le souhaites… vraiment.

***

Madeleine regarde sa mère d’un air curieux.
— C’est qui ce docteur Ballet ? demande la petite, toujours avide de savoir.
— C’est un spécialiste. Un neurologue, comme on dit maintenant. Tu verras, il va te poser des questions très simples. J’ai déjà travaillé avec lui. Tu te souviens de madame Toinette, l’épicière à côté du café “Le Jeanne d’Arc” ?
— Oui, maman.
— Eh bien, après la mort de son mari l’année dernière, elle a eu des problèmes personnels. Je l’ai accompagnée pour aller le consulter. Ça m’a beaucoup appris. Il a travaillé avec le docteur Charcot, tu sais.
— Ah ?
La petite est impressionnée que sa maman, qui n’est “qu’une” infirmière, puisse connaître des gens aussi célèbres.
— Tu l’as connu, le docteur Charcot ?
— Non, j’étais trop jeune, mais on en parlait beaucoup durant mes études de médecine. Change-toi, on y va tout de suite.

***

Tenzin se relève en même temps que Madeleine, revenant tous deux de ce voyage dans le temps.
Les cheveux de Madeleine ne sont plus rouges comme lorsqu’elle revenait de ses voyages, petite fille apeurée.
— Tu y es restée longtemps, dans cet hôpital, Madeleine ?
— Jusqu’en 1915, à ma majorité. C’est mon frère, ensuite, qui m’a poussée à faire des études de lettres. Et comme ça, je suis devenue journaliste.
— Tu as remarqué la lueur orangée ?
— Oui, la même que quand j’étais petite. Ça m’effrayait horriblement à l’époque.
— Je n’en suis pas étonné, vu la réaction de ton toi d’il y a soixante et un ans.
— Mais pourquoi je ne m’en souvenais pas ?
*
Gustave reste bouche bée. Il ne pensait pas que le curé “savait”.
— Oui, mon fils, vous vous êtes marié en dehors de la religion ?
Gustave se retient de rire. Le curé ne sait donc pas. Mais à quoi bon le contredire. “C’est mieux comme ça”, pense-t-il.
— Je ne peux rien vous cacher, mon Père.
— Comment s’appelait-elle ?
— Irène, mon Père. Elle était... il hésite un instant... résistante, et elle est morte en déportation, en 42.
“C’est plus simple comme ça”, pense-t-il.

***

Fin d’après-midi du 20 décembre 1881, Préfecture de police.
Le commissaire Latue se retourne, un peu fâché.
— Dites, mon brave, on ne vous a pas appris à frapper avant d’entrer ?
— Pardon, commissaire, fait le gardien de la paix, penaud.
— Bon, passons. Eh bien, amenez-la-moi.
— Bonjour madame, à qui ai-je l’honneur ?
— Joséphine Thériard, veuve Jarot, monsieur.
Le nom lui dit quelque chose.
— Vous êtes de la famille de Baptiste Jarot, le député de 1830, qui a failli être Président en 1848 ?
— Absolument.
— Vous venez pour quoi, madame ?
Ce disant, il approche courtoisement une chaise sur laquelle elle s’assied. Son visage exprime une tension, une inquiétude latente.
— Le grand-père de mon défunt mari, justement ce Baptiste... veut m’assassiner.

(Suite au prochain épisode...)

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