IsabelleGhn (avatar)

IsabelleGhn

Éditrice éclectique transfem

Abonné·e de Mediapart

135 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 avril 2025

IsabelleGhn (avatar)

IsabelleGhn

Éditrice éclectique transfem

Abonné·e de Mediapart

“L'ombre de l'Écarlate” (épisode XV) roman policier-fantastique

Un mystère familial en 1902 et en 1963. L'étrange, le surnaturel se composant dans un quotidien prolétaire.

IsabelleGhn (avatar)

IsabelleGhn

Éditrice éclectique transfem

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’OMBRE DE L’ÉCARLATE (XV)
- Un vol, une vengeance -

— Mais pourquoi alors cette... femme a-t-elle appelé Madeleine par votre nom de famille ?
— Aucune idée, Gustave. Mis à part mon père et mon frère, Albert, je ne vois pas le rapport... sauf avec moi. Mais Irène et moi ne sommes pas mariées, et encore, si c’était le cas... pourquoi porterait-elle mon nom ?
Madeleine se réveille en se soulevant sur les coudes. Elle secoue la tête comme pour en chasser quelque chose de désagréable.
— Que t’est-il arrivé, ma chérie ? la questionne Irène, à genoux, en l’embrassant.
— Un cauchemar ! J’étais mariée avec... ton frère, Irène.
Elle ouvre de grands yeux, presque effarée.
— Mais... mais... tu ne le connais même pas !
— Oui, je le sais, ma douce. Le pire, c’est que tu n’existais pas. Mais j’ai aussi vu mon frère...
Elle tend sa main encore tremblante vers lui.
— ... Tu étais ici, avec un curé.
La révélation de ce songe rend Gustave perplexe.
— Quel curé ? Je n’en ai connu qu’un seul, mais il habite loin, il ne me connaît plus ! Et encore faudrait-il qu’il se souvienne de moi.
— Qui ça, Gus ? demande Marcos, inquiet.
— Le père Simon... Simon Applegood !

***

18 avril 1822, Lyon
Dans une chambre d’un hôtel miteux.
— Dai, Raffaello, quand’è che ’nduma a Parigi ?
— Domani, fratello, domani.[1]
*
— Dites, lieutenant Dieuleveult, on fait quoi là ?
— Mon jeune brigadier Latue, buvez votre thé. Je m’occupe de bien surveiller cette entrée d’hôtel en face, ne vous inquiétez pas, nous aurons bientôt de quoi nous occuper. La police, c’est souvent trois quarts d’attente et de surveillance.
Le brigadier Latue, jeune recrue de la Brigade de sûreté de Paris, en mission secrète, suit aussi d’un œil ce qu’il peut se passer, tout en trempant ses lèvres dans sa tasse.
Le café où ils se sont positionnés est juste en face de l’Hôtel des Trois Chevaux, dans ce quartier malfamé de Lyon.
Soudainement, deux hommes sortent de l’hôtel. Ils ont l’air pressés.
— Federico, vieni, andiamo a prendere le ultime istruzioni.
— Dove ?
— Non fare domande inutili.
— Scusa... capo.[2]
*
— Regarde, Latue ! Ils entrent dans cet hôtel particulier. Il va falloir savoir qui habite ici.
Il tend un papier où il vient de griffonner quelques mots.
— Tiens, tu vas voir le capitaine Georges-Henri Dieuleveult, c’est mon frère. Il est au service du Sémaphore à Lyon. Nous aurons la réponse dans quelques heures.
*
— Alors, Latue ?
Il fait presque nuit quand le jeune brigadier revient auprès de son supérieur.
— Il s’agit de la demeure du général Paul Thériard, fils du général d’Empire Paolo Teriardi.
— Des Italiens qui rencontrent un ex-Italien... ça pue bien !
— Mais pourquoi voudraient-ils assassiner le Maréchal Jarot ?
— Bonne question.
*
— Hai preso la borsa, Federico ?
— Sì, tranquillo.
— Dobbiamo essere a Parigi prima del primo luglio. Il Maresciallo Jarot accompagnerà il re. Lo elimineremo in quel momento.[3]
Les deux policiers, derrière eux, marchent d’un air nonchalant. Le lieutenant Dieuleveult se penche un instant à l’oreille de son jeune adjoint.
— Tu as entendu ce qu’ils ont dit ?
— Oui, répond Jérôme Latue en chuchotant.
— Tu comprends l’italien ?
— Sì, parlo e capisco l’italiano.
Dieuleveult s’arrête net. Il lui met la main sur l’épaule.
— Tu viens de prendre du galon, mon jeune ami ! Suis-moi, on repart à Paris.

***

— Bonjour Irène, sourit la petite fille à cette aînée de quelques années, moi c’est Madeleine.
— Je sais, rit-elle, ton frère m’a si souvent parlé de toi.
— Ah ?
Colette, qui regarde avec tendresse cette scène, les interrompt.
— Les filles, vous voulez aller dans la chambre ?
Irène a l’air enchantée, tandis que Madeleine, après ce qu’il s’est passé à l’Hôtel-Dieu, est tout de même un peu inquiète. Mais elle commence à apprécier cette nouvelle camarade.
— Oui madame, répond prestement Irène, en premier.
— Bien, je dois parler avec Gustave.
*
24 décembre 1902
— Bonjour madame Jarot, dit Maximilien Lamorie, au seuil de l’appartement du 112.
Elle lui tend la main. Il s’incline et entame un baisemain dans les règles de l’art.  
Colette rougit de cette marque d’honneur à laquelle elle ne s’attendait pas.
— Monsieur, que me vaut cet hommage ?
— Tout d’abord, l’honneur de vous rencontrer... une dame, veuve, qui seule élève si bien sa progéniture, c’est bien le moins. Et puis, ma fille m’a tant parlé de vous ces derniers mois.
— Je crois savoir que vous êtes vous-même dans le même cas, monsieur.
— Oui, en effet.
Il se relève élégamment.
— Cependant... je suis un homme.
— Je l’avais remarqué, sourit Colette, malicieuse.

***

Asti, août 1963
— Buongiorno, Antoine.
— Comment vas-tu, Romano ?
— Ça va, ça vient. Alors, tu me racontais au téléphone que tu avais quelque chose de grave à me dire.
— Oui, j’ai préféré venir plutôt que de te dire cela au téléphone, on ne sait jamais. Une histoire très sombre qui touche à l’honneur de ma famille et de celle de Raffaelo Capovilla.
— L’ancien secrétaire particulier papal ?
— Oui, et tu m’avais parlé de ton cousin.
— Jorge Mario ?
— Oui, tu m’avais dit qu’il avait des connaissances de certaines histoires cachées du Vatican ?
Romano sourit amicalement.
— Oui... par son mentor, plus précisément, qui fut secrétaire d’Antonio Devoto, Luigi Genero. On pourra téléphoner à mon cousin cet après-midi, avec le décalage horaire, en ce moment, il est à peine cinq heures du matin au Chili.
— Je croyais qu’il était en Argentine ?
— Non, mon cousin poursuit sa prêtrise au Chili, depuis peu.
*
— C’est effarant, Romano ! Ton cousin vient de me confirmer ce que je craignais, le pape Pie VII aurait fomenté l’assassinat du alors seulement maréchal... Baptiste Jarot.
— Mais pourquoi ?
— Une sombre histoire durant la campagne d’Italie, quand Paolo Teriardi, l’ancêtre de la famille Thériard, venait de s’enrôler dans l’armée du général Napoléon. Il aurait volé une partie de la fortune de la famille Jarot qui avait déjà, à l’époque, quelques connexions avec le Vatican. Qui plus est, le pape Pie VII détestait déjà Napoléon.
— Pourquoi je ne suis pas étonné, Antoine.

(Suite au prochain épisode...)

[1] — Allez, Raffaello, quand est-ce qu’on va à Paris ? 
— Demain, frère, demain.
[2] — Federico, viens, allons chercher les dernières instructions. 
— Où ? 
— Ne poses pas de questions inutiles. 
— Désolé... chef.
[3] — Tu as reçu la bourse, Federico ? 
— Oui, ne t’inquiète pas. 
— Nous devons être à Paris avant le 1er juillet. Le maréchal Jarot accompagnera le roi. Nous le supprimerons à ce moment-là.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.