PAS DE DESTIN,
MAIS CE QUE NOUS FAISONS DE NOUS... OU PAS
Sixième partie
Mentf
VII
- Réconciliation -
28 juillet 3184.
Selamawit pose le verre de jus de fraise frais contre sa joue. Elle sort enfin de son silence, et pour la première fois, son ton reste neutre.
— Que s’est-il passé, Sana ?
Sana, déboussolée par ce comportement inhabituel de sa “mère”, essaye d’adopter une voix la plus gentille possible, pour faire baisser la tension.
— Juste après que nous ayons reçu ce coup, qui d’ailleurs n’a fait aucun dégât, juste sans doute quelques éraflures sur l’extérieur du vaisseau... j’ai immédiatement activé la procédure de riposte que je venais de calculer.
Selamawit ferme les yeux un instant. Sa voix est cette fois plus commune.
— J’ai été dure avec toi, Sana, ton “humanité” me déconcerte beaucoup plus que je n’aurais pu y penser.
— Je t’en prie, Sela, entre filles on peut se comprendre.
Selamawit laisse un sourire amusé naître sur son visage.
— Certainement... maintenant raconte-moi ta “procédure”.
— Étant donné que l’IA psychotique de Mentf n’avait qu’un seul “cerveau”, enfoui juste sous une dalle de ce qui semblait être une ancienne tour universitaire ; j’ai pu lancer un faisceau à impulsion électromagnétique induite.
— Pardon Sana, mais moi et les trucs techniques comme ça, ce n’est pas mon domaine...
— Tu as raison... je t’explique. En fait, une EMP ne pouvant pas être “un rayon”, Jorge avait pensé à cela au cas où, ainsi c’était un rayon micro-onde porteur d’une EMP qui a simplement traversé la dalle et grillé l’IA... c'est la technologie qui s'attaque à la technologie pas aux êtres vivants.
— Je reconnais bien là les principes de l’Hayl... et de ce cher Jorge.
*
Vers la fin de la “journée”, Selamawit, après une nouvelle défaite aux échecs contre Nelson, se cale dans son fauteuil.
— Dis, Sana, au sujet du Pont ER, tu en es où ?... ça fait tout de même un peu plus de deux mille ans que tu y travailles.
— J’ai encore quelques ajustements à vérifier, je ne voudrais surtout pas que tu sois en danger, ni décevoir tes espoirs de parler de nouveau avec Isla.
— Et de découvrir notre fille !
— Oui... aussi.
— À ce propos, dis-moi au sujet des études et de ce qu’a fait Liyara de sa vie.
— Comme je te l’avais dit, elle a voulu passer le rite du Siiqqee... mais elle n’a pu le faire.
Selamawit, réellement surprise, interrompt Sana.
— C’est dommage, mais pourquoi ?
— Il y a eu un évènement à Dublin en 2091... un dirigeable de l’Hayl a été attaqué...
Cette fois, Selamawit s’est levée, presque choquée.
— Nooon !
— Malheureusement, c’était le dernier modèle. Aussi, l’Hayl, un peu plus tard pensait réutiliser son ancien sous-marin des débuts, en 2076... mais malheureusement...
Sana s’arrête un demi-millième de seconde, imperceptible pour Selamawit, et reprend.
— ...de ce côté je n’ai pas d’autres informations.
— Ah ?... Mais qu’a fait notre fille durant sa vie ?
— Elle a aidé les autres, comme Isla, et avec elle, à Howth.
— C’est bien, j’étais certaine que Liyara serait une belle personne comme j’en ai toujours rêvé... Et donc bientôt je pourrais leur parler et les voir ?
— Pour les “voir”, je ne sais pas, mais leur parler, c’est certain.
— Chouette... j’ai hâte qu’on dégage d’ici et que je me réveille demain... dans ?
— Trois cents ans !
— Booaf, j’ai déjà dormi plus longtemps !
Sana rigole de la fantaisie de sa “mère”.
— Bon... à y regarder de plus près... plus aucune lumière ne scintille sur la surface du globe de cette grosse lune.
— Oui... la dernière bougie a été soufflée, Sela.
— Oui, et avant de faire un gros dodo, j’aimerais...
Selamawit tourne la tête d’un coup, à la recherche de son petit pote cubique.
— ...Nelson, j’ai envie de faire une bonne partie, où est le jeu d’échecs ?
Quelques secondes plus tard, le petit cube orange se dandine en chantant un extrait d’une chanson...
“Mais, bon sang, c’est trop fort, j’me rappelle pas où que j’l’ai mis...”[1]
[1] Extrait d’une chanson de Serge Reggiani, “Arthur où t’as mis le corps ?”
(partie 7 épisode 1, mardi 2 septembre 2025)