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Billet de blog 30 mai 2023

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La Révolution Espagnole vu par un Communiste Révolutionnaire ! 1/3

La mémoire de la Révolution Espagnole fut enterrée par les errements du Stalinisme, rendant inaudible l’étude des Révolutions Historiques qui pourraient nous fournir les armes de luttes contre les oppressions que nous vivons aujourd’hui… Il est tant de la réactivé !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voici le 1er de mes 3 articles consacrés à la Révolution Espagnole de 1936 :

Tout d’abord replaçons le contexte de cette révolution :

La situation espagnole à l’approche des années 30 est explosive ! En effet au discrédit du régime, s’ajoute une situation agraire totalement bloquée et la question nationale autour des revendications d’indépendances. Une situation explosive dans un pays dont l’organisation sociétal est digne de l’Ancien Régime avec, outre une domination du Capital Etranger, une influence et une domination des Institutions religieuses étouffantes (Ce qui expliquera grandement la violence particulière contre cette institution et ses membres qui représentent l’ennemi de classe absolu !)

Le tout avec une classe ouvrière déjà très combative et qui mature depuis 2 décennies au travers de multiples expériences embryonnaires de luttes : Des séries de jacqueries, révoltes et insurrections contre le pouvoir en place (Gouvernement d’Extrême-droite : Primo de Rivera).

Alors que la pression monte et que la mobilisation ouvrière s’étend à travers l’Espagne, le gouvernement en place semble sans solution face à cette situation. La Bourgeoisie est de plus en plus tentée par une solution sortant du cadre institutionnelle ; une voie qui trouve son leader en la personne du général Franco.

La presse communiste est unanime, l’Espagne a devant elle une excellente situation révolutionnaire (avec le risque évident d’une réponse violente par l’instauration d’un régime fasciste, si défaite il y a).

Si l’on repasse du côté des ouvriers, la situation est critique. La nécessité d’une lutte unitaire et organisé se fait entendre suite à de nombreuses « insurrections sans lendemains », qui, mal organisé et surtout mal coordonnées peines à dépasser le cadre locale et finissent inévitablement par s’écrouler sous les coups de la répression. Le point d’orgue de cette violence se trouve dans l’expérience de la commune d’Oviedo ; une tentative de commune ouvrière qui, faute de soutien extérieur, finira écraser dans le sang par un général à la popularité croissante, Franco.

Cette expérience traumatisante a pour résultat :

D’une part, la défiance vis-à-vis des institutions bourgeoises et des politiques atteint son apogée (et cela aura des conséquences par la suite), d’autres part les élections qui arrivent sont malgré tout perçu comme un dernier espoir, une dernière illusion de répondre aux nécessités des ouvriers au sein d’une cadre institutionnelle classique.

« Les institutions et les élections comme planche de salut. »

C’est à cette occasion que les partis de gauche forme une coalition donnant naissance au Front Populaire Espagnol.

Coalition qui ne s’inscrit nullement dans le projet ouvrier d’une politique de Front Unique (Union temporaire entre organisations aux intérêts immédiats concomitant derrière une ligne politique commune de défense des intérêts de la classe ouvrière), mais bien davantage dans une simple alliance électoral opportuniste entre partis bourgeois et syndicats autour de réformes minimes (visant essentiellement à sauver la « démocratie », sans aucune assurance d’amélioration des conditions de vie des ouvriers). Une pure collaboration de classe en somme !

Le résultat de cette union entre direction ne se fait pas attendre, en Février 1936 le FP remporte les élections, suivies de grèves partout à travers le pays (Occupations d’usine ou de terres, comité de toute nature…)

En effet malgré cette temporaire rangé derrière la bourgeoisie à l’aune des élections, les ouvriers ne sont pas dupes ! Déçus, trompés et réprimés par ce mêmes politiques depuis des décennies au travers de leurs éphémères tentatives de luttes contre le pouvoir en places, ils savent qu’ils n’ont rien à attendre d’eux. Une phrase circule : « On n’attend pas le gouvernement pour mettre en oeuvre soi même, directement, et sans attendre, les réformes qu’on a espérées pendant si longtemps. »

Les ouvriers s’organisent pour forcer la main au nouveau gouvernement en place. Et celui-ci se trouve complètement débordé par cette élan révolutionnaire, il perd de même toute crédibilité aux yeux de la bourgeoisie ; puisqu’il se trouve incapable de remplir son rôle fondamental → Eteindre la flamme de la révolution en la réintégrant dans le cadre institutionnelle, proposer de petites réformes pacifiques à opposer à la violence de la révolution (« Pas de vague mon vieux, pas de vague »)

La situation pour la classe ouvrière est aggravé par l’attitude de Largo Caballero, dirigeant de la CNT qui manie le verbe révolutionnaire sans en faire suivre les actes : Non seulement ses déclarations commencent à faire réellement peur à la bourgeoisie (qui commence à s’organiser sérieusement pour réagir à ces provocations), mais de l’autre côté rien n’est entrepris pour organiser la classe ouvrière à l’affrontement qui s’annonce, Résultat :

Le 17 Juillet 1936, Franco lance son coup, d’état pour éteindre la révolution et en 48h la moitié de l’Espagne est contrôlée par l’armée ; l’autre moitié est aux mains des travailleurs qui se sont armés et ont pu défendre leurs territoires !

Le coup d’état échoue là ou les travailleurs de la CNT ont désarmés les soldats, qui en nombre qui les rangs de l’armée franquiste pour passer du côté des révolutionnaires. Pourtant le gouvernement défend fermement le mythe d’une armée d’une fidélité fraternel d’avec le gouvernement et la République. Il censure les éditoriaux et les articles avertissant du coup d’état, entrelacent mensonges et appels aux calmes et à la confiance.

Cette politique désastreuse a 2 conséquences contradictoires : D’une part elle facilite évidemment le coup d’état en perturbant les armées résistantes (qui reste locales, peu organisées et mal armées), mais d’autres part elle efface les dernières traces de la Républiques là ou ce coup d’état échoue. Les travailleurs ayant repris possession des terres, des moyens de productions et plus généralement de la société à l’échelle locale, cette propagande profite à une insurrection ouvrière qui a commencé à agir sans elle)

C’est le paradoxe du coup d’état : destiné à prévenir une révolution (avant qu’il ne soit trop tard), il a précipité les événements et crées une situation révolutionnaire sans précédant dans une moitié de l’Espagne.

Dans l’Espagne républicaine, c’est la révolution qui commence, mais une révolution qui ne va pas jusqu’au bout, avant d’être progressivement étouffée puis assassinée sous les coups de la répression.

Alors que les ouvriers agissent par nécessité dans cette situation exceptionnelle, s’organisent et commence à reconstruire une nouvelle société sur les cendres de la société bourgeoise, ils semblent oublier une chose : Faire disparaître pour de bon ces cendres ! Mais pour cela poser la question du pouvoir, de qui possède le pouvoir (les instruments de productions et d’organisations) est nécessaire, problème la direction de la révolution (anarchiste) est convaincu qu’elle a de fait le pouvoir et que la bourgeoisie est vaincue (qu’ils contrôlent tout, même le gouvernement)

Pourtant, La révolution ne va pas au bout ! Le gouvernement de FP est balayé ; mais sous l’impulsion des orga. Ouvrières : « les comités qui ont de fait le pouvoir après le 18 juillet refusent d’assumer le pouvoir jusqu’au bout ». La situation est paradoxale : « les comités dirigent de fait et contrôlent l’Espagne « républicaine », mais officiellement, la seule autorité légale est celle du gouvernement. Les organisations ouvrières choisissent, en refusant de prendre le pouvoir, de lui donner une nouvelle légitimité. »

À Mardi prochain pour le 2ème Article ! 

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