Comment fut éradiquée vraiment la variole...

L’éradication de la variole

Cette stratégie est développée dans un document de 135 pages, publié en 1980 par l’OMS.

La variole n’a pas été vaincue par les grandes campagnes de vaccination de masse mais par la recherche active des malades, la surveillance des contacts et leur isolement immédiat s’ils tombaient malades. C’est ce que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) appellera la stratégie de« SURVEILLANCE-ENDIGUEMENT ». Cette stratégie est développée dans un document de 135 pages, publié en 1980 par l’OMS et intitulé : « L’éradication mondiale de la varioleRapport final de la commission mondiale pour lacertification de l’éradication de la variole ». En voici quelques extraits :« Les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de massefurent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas ».L’OMS reconnaît que dans certains pays, même lorsque la couverture de vaccination, atteignait 90%,la maladie continuait à se propager. Elle considère qu’il « eut été extrêmement coûteux etlogistiquement difficile, sinon impossible, d’atteindre des niveaux beaucoup plus élevés decouverture. Il fallait absolument changer de stratégie ». L’étude de la maladie : Une fièvre intense marquait le début de la maladie. Cependant, ce n’était qu’avec la phase éruptive –au moins 24 heures après – que le malade devenait contagieux.C’est ce créneau qui va être exploité dans la stratégie qui remplacera la vaccination de masse. Ellecherchera et réussira à interrompre la transmission :« Dès lors que les varioleux étaient isolés dans une enceinte où ils n’avaient de contact qu’avec despersonnes correctement vaccinées ou précédemment infectées, la chaîne de transmission étaitrompue ». La stratégie de surveillance-endiguement Tout d’abord, les malades étaient activement recherchés. Campagnes d’affichage, enquêtes auprès dela population, primes offertes à quiconque signalait un varioleux … Une fois qu’un malade était repéré, une équipe arrivait sur zone. Il était isolé, le plus souvent chez lui.Les personnes ayant été en contact avec ce malade étaient recherchées et surveillées. Si une fièvreapparaissait, l’isolement était immédiat. S’il s’agissait de la variole, cet isolement avait donc été réaliséavant que n’apparaisse la contagion. « En identifiant et en isolant immédiatement les contacts qui tombaient malades, on dressait unobstacle à la poursuite de la transmission ». De l’échec au succès : Les campagnes de vaccination de masse n’empêchaient pas la propagation de la maladie. Par exemple, on peut lire dans le rapport de l’OMS : « La campagne menée en Inde … révéla les limites d’une stratégie axée uniquement sur lavaccination de masse … même lorsque la couverture de vaccination atteignait 85 à 90%, objectifpourtant difficile à atteindre.En revanche, lorsque les programmes de surveillance active et d’endiguement efficace entrèrentpleinement en action, l’Inde fut en mesure de réaliser l’éradication dans un délai relativement bref ».En Inde, le dernier cas se produisit en mai 1975, « une année seulement après que l’incidencemaximale ait été signalée ». En 1974, l’Inde avait enregistré 188 000 cas, record absolu. Une vaccination circonstanciée : L’échec de la vaccination de masse ne signifie pas pour autant que le vaccin n’ait pas joué un rôle enapportant une certaine protection, au demeurant, difficile à évaluer. En effet, les équipes de santé quirestaient au contact des varioleux étaient constituées soit d’anciens malades, soit de personnes jugéescorrectement vaccinées. Il est possible que sans cela, ces équipes auraient été souvent décimées. Dansce cas, la stratégie de surveillance endiguement aurait, sans doute, moins bien fonctionné.En Inde, ces équipes représentaient 60 000 personnes pour 600 millions d’habitants (1 pour 10.000). 1977 La variole vaincue : Le dernier cas de variole fut recensé en Ethiopie. Le porte parole de l’OMS, F.J. TOMICHE, signa ungrand article sur cette aventure dans le journal Le Monde (21/12/1977) où il dit :« Sur le plan stratégique, l’abandon de la vaccination de masse en faveur de l’approche dite de« Surveillance Endiguement » revêtit une importance capitale. Avec ce type d’approche, onparvenait à faire échec à la transmission, même lorsque l’incidence variolique était élevée et les tauxd’immunisation faible. La méthode consiste en la prompte détection des nouveaux cas, suivie de la recherche de tous lescontacts possibles et leur isolement afin d’arrêter la transmission ». L’éradication de la surveillance-endiguement : Après 1980, la victoire sur la variole sera attribuée à la seule vaccination massive et systématique surl’ensemble de la planète. La recherche active des malades, la surveillance des contacts et l’isolementimmédiat des nouveaux cas seront passés sous silence. Pourtant, cette attitude est contraire aux voeux émis en 1980 par le directeur général de l’OMS, leDocteur H. MALHER. Il proclama l’éradication mondiale de la variole en rappelant l’importance de lastratégie qui ne reposait pas sur la vaccination de masse mais sur la surveillance-endiguement. Ii concluait son rapport en ces termes : « En raison du caractère exceptionnel de cette réalisation, il est important que les responsables de lasanté publique, les historiens et les générations futures aient accès aux éléments d’appréciation surlesquels ces conclusions ont été fondées ». Puisse ce rapport final nous inciter tous à réfléchir à la manière dont cette expérience peut nousaider à nous atteler plus facilement à la résolution d’autres problèmes de santé ». Les voeux du Docteur MALHER seront-ils un jour exaucés ?

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