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Billet de blog 25 janv. 2022

L'étrange éthique de la « primaire populaire »

La primaire populaire se pose en solution (unique) pour que la gauche gagne aux présidentielle de 2022. Si plusieurs éléments qui interpellent ont été soulignés, quelques détails posent problème et n'ont pas de place dans les média. Il faut une carte bancaire, un téléphone portable et une adresse e-mail pour participer. La CNIL est invoquée pour justifier l’exigence d'une carte bleue.

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Quelques bizarreries émaillent le site et la méthode de la primaire populaire. En voici quelques exemples piochés dans les pages les plus accessibles.

La primaire populaire encouragerait-elle un retour au suffrage censitaire ?

Il faut donc une carte bancaire pour participer ! Il n'a sans doute pas échappé aux responsables de cette initiative bien médiatisée que certains citoyens français ne possèdent pas de carte bancaire. Cela peut être par choix ou parce-qu'ils n'en ont pas les moyens ou sont interdits bancaire. Ne font-ils pas cependant parti du peuple ? Plus important encore, ne sont-ils pas citoyens ? Est-ce à dire qu'on est moins citoyen si on n'a pas de carte bleue ?

Cette fracture sociale ne semble pas avoir ému l'association "2022 ou jamais" à l'origine de l'initiative. C'est pourtant réminiscent du scrutin censitaire qui empêchait les pauvres de voter. Il fallait alors payer suffisamment l'impôt pour avoir le droit de voter aux élections. Bien dommage pour une initiative de gauche.

La CNIL a bon dos

Au moment de demander les données d'une carte bleue (française) le site indique :

« À des fins de sécurisation du vote, et notamment pour garantir l'unicité et la sincérité du vote, la CNIL nous demande d'effectuer des contrôles de sécurité. La fiabilité de ce vote étant notre priorité, nous devons compléter la vérification email et sms par un dernier contrôle. Ainsi, nous effectuons une demande d'autorisation temporaire d'un euro sur votre carte bancaire pour en vérifier l'authenticité, sans aucun débit sur votre compte.»

Je doute que la CNIL ait pu formuler une demande de cette teneur. Si on en croit certains juristes "La primaire populaire" est un regroupement de personnes choisissant ensemble pour qui ils vont voter leur permettant ainsi d'inclure des candidats à cette consultations qui n'en sont pas, d'évincer qui ils veulent et d'imposer le système de vote (jugement majoritaire) qu'ils souhaitent. La CNIL a-t-elle demandé la sécurisation l'unicité et la sincérité du vote ? À quel titre ? C'est une initiative privée, les inscrits consentant peuvent participer au mécanisme choisi. En quoi la CNIL pourrait exiger l'unicité et la sincérité du vote ?

Si la CNIL n'a pas fait cette demande, alors il s'agit d'un mensonge. Insinuer que c'est la CNIL qui pousse à demander les données d'une carte bleue française est assez problématique. D'ailleurs une carte bleue peut servir deux fois (et si on a une carte bleue virtuelle, une e-carte bleue avec autant de numéros à usage unique qu'on souhaite ?). Ce n'est donc en rien une assurance d'unicité.

En revanche il suffit d'assurer qu'on est de nationalité française et qu'on a au moins 16 ans, si on a une carte bleue française, un téléphone et une adresse e-mail on peut participer. On peut donc s'inscrire même si on a 15 ans ou qu'on ne possède que la nationalité suisse par exemple. Tant pis pour les citoyens qui ne peuvent pas...

Les partis co-constructeurs

Le site dit :

« Un Socle Commun de 10 mesures de rupture est co-construit avec plus de 10 partis politiques de la gauche et de l’écologie »

et aussi : 

« C’est pourquoi l’association 2022 ou jamais a sollicité une dizaine de partis de la gauche et de l’écologie, allant des Nouveaux Démocrates à la France Insoumise, pour co-écrire ce qui est devenu le Socle Commun. »

Qui sont ces partis ayant co-construit le "socle commun" ? S'il y a bien des partis cités dans le paragraphe plus bas, Europe Écologie-Les Verts, La France Insoumise, le Parti Communiste Français et le Parti Socialiste ne semblent pas être d'accord sur le fait qu'ils auraient co-construit ce document. Ils sont pourtant cités dans le paragraphe. Et s'il ne s'agit pas de ces partis, qui sont les plus de dix partis co-constructeurs ?
Comme avec la CNIL, le discours de la primaire populaire semble volontairement ambigu et trompeur. C'est un peu gênant surtout à la lumière des révélations du Canard enchaîné sur la vidéo de Samuel Grzybowski porte-parole et directeur du pôle politique de la primaire populaire, qui y affirme son objectif de bloquer les parrainages et les financements, et faire chuter les cotes de popularité des trois non candidats, en les « critiquant de plus en plus » sur les réseaux sociaux.

On peut difficilement être plus éloigné de l'objectif affiché d'union de la gauche ou d'un organisateur impartial d'une consultation...

 Une dernière pirouette éthique m'a sauté aux yeux dans un papier du Monde après publication du billet  : après avoir fait concourir des candidats qui ne veulent pas, ils ne seront pas soutenus, même vainqueurs, s'ils n'acceptent pas les conditions de la primaire populaire (les conditions sont appelées esprit du socle commun). Donc, on les propose au vote pour un soutien des participants à la consultation mais ils ne seront pas soutenus s'ils gagnent. Les contorsions logiques de la primaire populaire font donc s'écrouler son discours. On propose des candidats à un concours qu'on leur interdit de gagner...

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