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Billet de blog 30 août 2013

Hervé Germain, l'engagement d'un artiste marseillais

Alors que Marseille a été propulsée capitale de la culture pour l’année 2013 il a été difficile de réellement trouver une place aux artistes marseillais, ceux-là même qui n’avaient pas quitté la ville, ceux, qui pour rien au monde ne quitteraient Marseille, ceux qui ont Marseille dans la peau, chevillée au corps.

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Alors que Marseille a été propulsée capitale de la culture pour l’année 2013 il a été difficile de réellement trouver une place aux artistes marseillais, ceux-là même qui n’avaient pas quitté la ville, ceux, qui pour rien au monde ne quitteraient Marseille, ceux qui ont Marseille dans la peau, chevillée au corps.

Hervé Germain a rencontré Marseille lorsque son père officier de l’armée française y a été nommé, il avait alors 16 ans, depuis il n’a plus jamais quitté la ville. Hervé Germain diplômé des Beaux-arts de Marseille, est un artiste dont le travail, si j’avais à le définir, tourne autour de la question du corps comme reflet du moi.

En effet, depuis le début des années 80 Hervé Germain s’est intéressé aux habitants de Marseille, il creuse et construit son Marseille, un Marseille hors cadre celui des lieux invisibles ou plutôt qu’on ne saurait voir. Pour payer ses études aux Beaux-arts il fera des petits boulots qui n’auront de cesse d’être des terrains de recherche pour son art ; ainsi, en tant que moniteur en centre aéré, il travaillera avec les enfants des beaux quartiers de Marseille puis il ira de lui-même à la rencontre des enfants  du parc Bellevue, quartier réputé difficile. Aussi construira-t-il une passerelle entre ces deux mondes, les faisant se rencontrer au travers de leurs portraits respectifs par un travail de sérigraphie (1).

Les fins de mois difficiles de l’étudiant des Beaux-arts l’obligeront à accepter un travail d’accueil dans un hôtel de passe de la rue Curiol. Quelques années plus tard, il finira par décrocher un contrat comme designer pour la marque Grain de Sable (2). Suite à un licenciement économique, il décide de tout plaquer et de se consacrer à son travail d’artiste. Il rencontre alors l’Amicale du Nid avec qui il mettra en place un atelier d’arts-plastique pour le centre de jour des femmes prostituées de Marseille cherchant à sortir de leur condition. Le travail avec ces femmes donnera naissance à la série Corps qui lui permettra d’exorciser le tragique et souvent commun destin de ces femmes: http://hervegermain-modelage.blogspot.fr/ethttp://www.flickr.com/photos/monsieur-g/sets/72157623800202713/page2/ .

Cette première initiative donnera lieu à un autre centre de jour consacré, cette fois-ci, aux hommes prostitués où là encore Hervé Germain installera un atelier d’arts-plastique. Il recevra un salaire pour ces ateliers d’arts plastiques et sera même embauché en CDI pendant 19 ans, c’est l’arrêt des subventions qui mettra fin à cette expérience singulière et nécessaire. Une expérience singulière qui s’élargira aux compagnons d’Emmaüs et aux habitants des quartiers Est de Marseille de 1996 à 2011 créant ainsi des rencontres « sociales », alors inimaginables, autour de l’Art.

 Cette expérience sera, aussi, bénéfique pour l’artiste qui explique que le regard de ses élèves lui a permis de renouveler sa façon de voir, mais aussi de « se servir de son savoir-faire comme d’une béquille pour tous ces « boiteux » de la vie ».

Aujourd’hui il continue son travail auprès des psychotiques au CRP de la Calade et des travailleurs handicapés ( ESAT la Bessonnière) avec lesquels il a dernièrement réalisé un court documentaire sur les graffeurs Marseillais: http://www.youtube.com/watch?v=kcgSCJwxlBg, comme une suite logique de ce travail, il réalisera une vidéo dans laquelle il se met lui-même en scène: http://www.youtube.com/watch?v=2VzUKXFFZaQ.

Hervé Germain ne se considère pas comme un militant politique et refuse toute étiquette, pourtant son travail est celui d’un engagement hautement militant. En effet l'artiste a toujours été habité par un fort sentiment de justice; dèjà à l'âge de 8 ans, il fut choqué par la manière dont étaient représentés les africains dans la célèbre bande dessinée Astérix et Obélix. Il vivait alors au Tchad avec ses parents,  cette bande dessinée avait alors suscité en lui le désir de montrer, par le dessin, son image de l’Afrique, désir qui lui donnera plus tard la possibilité d'intégrer,le temps d'un atelier, plus de justice sociale.   

 Rendre l’art accessible à celles et ceux qui n’auraient même pas osé en rêver : le miroir fut traversé et l’art offert et désacralisé.

Vers d'autres liens:

http://rv2main.blogspot.fr/p/champs.html

http://herve-germain-illustrations.blogspot.fr/p/corps.html

http://www.flickr.com/people/hervegermain/

Quartier Parc Bellevue, Marseille 1984 © Hervé Germain

 (1)Quartier Parc Bellevue Marseille, 1984

(2)Design d'Hervé Germain pour la marque Grainde Sable

Grain de sable © Hervé Germain

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