ivanf
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 juin 2016

Les mille et un mensonges de la DGAC

Attention ceci un document explosif. Il montre que depuis 2002, la Direction Générale de l’Aviation Civile, service de l’État, a volontairement trompé les citoyens, trafiqué les chiffres et les données pour favoriser la construction du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

ivanf
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Attention ceci un document explosif. Il montre que depuis 2002, la Direction Générale de l’Aviation Civile, service de l’État, a volontairement trompé les citoyens, trafiqué les chiffres et les données pour favoriser la construction du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. (Voir le dossier noir de la DGAC)

L’originalité du document est que la contradiction n'est pas donnée par les opposants à l'aéroport mais par les rapports officiels, les données indépendantes ou simplement par les contradictions internes à la DGAC. Il livre des données brutes et démonte de manière efficace les contre-vérités de la DGAC sur Notre-Dame-des-Landes. 

La DGAC a été assez inventive pour justifier le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et a probablement fabriqué de nouveaux mensonges pour justifier les mensonges précédents. Certaines de ces contrevérités sont encore présentes dans le document d’information publié récemment par la CNDP.

La DGAC est Maître d’Ouvrage du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, elle prévoit de manière très juste un accroissement important du nombre de passagers de l’aéroport de Nantes, mais cela ne suffit pas à justifier la construction d’un nouvel aéroport. Pour le débat public de 2003, la DGAC explique donc, que l’aéroport actuel sera saturé en 2010 et sera impossible à agrandir, qu’une seule piste limite le trafic, que 40 000 voire 80 000 Nantais seraient impactés par le bruit, qu’un accroissement de l’emport (nombre de passagers par avion) est irréaliste. En 2003, la DGAC élabore pour Nantes un plan d’exposition au bruit à horizon 2010 dont l’amplitude ne sera jamais atteinte et pour cause puisque le nombre de vols prévus est surévalué de moitié. Enfin elle décrit le site choisi de Notre-Dame-des-Landes comme n’ayant « aucun espace naturel, paysager et écologique remarquable». 

En 15 ans l’emport a doublé. Selon Nantes Métropole 5 300 personnes, non 40 000, sont concernées par le bruit aérien. En 2016, la possibilité d’absorber la croissance du trafic par l’aéroport existant est confirmée dans le récent rapport du CGEDD. Ce dernier condamne par ailleurs la nécessité de 2 pistes pour le nouvel aéroport comme un « argument d’autorité » de la DGAC. 

Des rapports scientifiques financés par l’État en 2013 et 2015, notent les insuffisances de la DGAC sur les questions environnementales, et souligne l’importance floristique et faunistique du site. 

Certaines manipulations sont plus complexes à comprendre mais non moins intéressantes : 
Ainsi la DGAC commandite une évaluation économique pour la déclaration d’utilité publique de 2007. Celle-ci appuie les bénéfices du projet sur le temps de trajet gagné par les passagers de NDDL, après une saturation de l’aéroport actuel annoncée pour 2019. L’analyse se base sur des moyens de transport « terrestre » (train, route…). Dans le dossier de déclaration d’utilité publique, le temps gagné en transport « aérien » n’est jamais mentionné. Les calculs analysés par les opposants au projet semblent particulièrement surévalués. Suite à une contre-expertise, la DGAC tente en 2012 de justifier ses calculs en introduisant du temps gagné par déplacement « aérien ». En 2013, elle dévoile de nouveaux tableaux indiquant que l’essentiel des bénéfices socio-économiques du projet est basé sur du temps passé en avion. Le détail de ce calcul n’a jamais été diffusé, il reste à ce jour invérifiable. Ce temps de déplacement en avion est édifiant, littéralement, c’est une fabrication récente qui n'apparaît qu’en 2012. Le dossier de déclaration d’utilité publique de 2007 ne parle que de transport « terrestre ». 

Autre dossier farfelu, celui de l’aménagement de l’aéroport existant de Nantes Atlantique. La DGAC expliquait en 2002, qu’il était impossible d’agrandir l’aéroport actuel, que l’ « extension maximale » se limiterait à 4 millions de passagers. Pourtant en 2013, il lui est demandé de fournir une évaluation du réaménagement de l’actuel aéroport. Elle y répond avec un projet allant jusqu’à 9 millions de passagers et montre qu’il est très largement possible d’agrandir les halls de départ et d’arrivée, les salles d’embarquement, les parkings avions, d’augmenter le nombre de comptoirs d’enregistrement, et de portiques de contrôle sureté, de réaménager la piste et même le chenil pour trois chiens. Le projet est sans commune mesure avec celui de Vinci pour Notre-Dame-des-Landes et mieux vaut ne pas le comparer car la DGAC a prévu dans son réaménagement de l’aérogare existante, des espaces souvent deux fois plus grands que le projet de Vinci. Les postes de stationnement des avions sont trois fois plus grands, et l’estimation des travaux s’en trouve largement surévaluée, à l’image de la démolition reconstruction du chenil que la DGAC évalue pour 602 000€ hors taxe. Les travaux prévus sont tels qu’il en devient difficile de les comparer avec des références connues, ainsi les travaux d’infrastructures gigantesques (piste, parking avions) sont évalués à 283 millions d’euros, alors qu’en 2007, le dossier d’évaluation de la même DGAC mentionnait une réfection de la piste existante pour 35 millions d’euros. 

Dernière manipulation et non des moindres : le guidage des avions au dessus de la ville de Nantes et les équipements de navigation aérienne. L’aéroport existant ne dispose pas d’équipements de surveillance et de guidage précis, il est sous-équipé (absence de radar, d’ILS sur la piste 21…)
La fluidité du trafic, la sécurité des vols et l’amélioration du guidage des avions nécessitent la mise en place d’équipements déjà présents sur les principaux aéroports régionaux, au trafic parfois inférieur à celui de Nantes Atlantique. 
La DGAC a modifié les trajectoires en 2013. Selon l’ACNUSA, les nouvelles trajectoires impactent une population plus importante. L’ACNUSA demande en vain depuis 2014 une révision du plan de gêne sonore ouvrant le droit à des aides à l’insonorisation.
De plus, un “code de bonne conduite environnementale” signé en 2009 pour limiter le survol des zones urbanisées” n’est pas toujours appliqué par les contrôleurs aériens qui acceptent des atterrissages suivant une trajectoire survolant la ville (nord-sud) alors qu’en fonction du sens du vent, une trajectoire survolant le lac de Grand-Lieu conviendrait parfaitement. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les agentes du KGB étaient des Américaines comme les autres
Pendant la guerre froide, Russes et Américains arrivent à la même conclusion. Ils misent sur le sexisme de leurs adversaires. Moscou envoie aux États-Unis ses meilleures agentes, comme Elena Vavilova et Lidiya Guryeva, qui se feront passer pendant dix ans pour de banales « desperate housewives ».
par Patricia Neves
Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com