La loi antiterroriste: imitation de la lutte?

Le 1er novembre, une nouvelle loi antiterroriste est entrée en vigueur pour mettre fin à l'état d'urgence décrété en novembre 2015 et reconduit à six reprises. Le texte, d’ailleurs, avait suscité des réactions mitigées du public et de vifs débats à l'Assemblée nationale.

La loi prévoit, parmi d’autres choses, des contrôles de sécurité plus fréquents et des «visites domiciliaires » ce qui signifie que les perquisitions de domiciles ne se feront plus obligatoirement à l'initiative de la justice mais à la demande de l'autorité administrative, en l'occurrence le préfet. Pour tout événement où « les autorités estiment qu'il existe un risque d'attaque terroriste, le préfet pourra mettre en place des périmètres de sécurité avec inspection des bagages et palpations des participants.»

«Le gouvernement et le législateur veillent avec une attention plus particulière à ne pas céder sur les libertés acquises, mais à garantir aux forces de police, les voies et moyens nécessaires pour lutter contre une menace nouvelle et endémique,» a déclaré le président Macron.

L’opinion publique est pourtant plus sceptique envers cette initiative. Selon un récent sondage Fiducial/Odoxa, 62% des Français estiment qu'elle aura « tendance à détériorer leurs libertés.» Les opinions exprimées sur les réseaux sociaux le confirment.

 

 

Droits de l’homme menacés?

Dès que le projet de la loi a vu le jour, des défenseurs des droits de l'homme ont exprimé leurs préoccupations.

« La normalisation par ce projet de loi des pouvoirs d'urgence risque de menacer gravement l'intégrité de la protection des droits en France, tant dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que plus largement», a averti Mme Ní Aoláin, rapporteuse spéciale des Nations unies en matière de droits de l'homme.

Son collègue français M. Forst lui fait écho, en mettant en relief que « la France est une démocratie de premier plan avec un engagement profond et permanent envers l’État de droit et la valeur des droits de l'homme.» Selon l’expert, «beaucoup de pays regardent avec attention ce qui se passe en France, pour s'inspirer de son exemple […]la France a un rôle de premier plan à jouer, tant à l'échelle nationale, régionale qu'internationale.»

Malheureusement, pour l’instant, la France, elle-même, a besoin d’inspiration.

Des chiffres accablants

«La France est le pays le plus visé par le terrorisme islamiste, devant les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Australie et le Royaume-Uni», indique le Centre d'analyse du terrorisme (CAT).

Selon les statistiques, le terrorisme islamique est le plus meurtrier. Sur les 321 attentats terroristes perpétrés en Europe de l’Ouest entre 2000 et 2013, 95 ont été meurtriers, atteignant un total de 430 morts. 260 personnes sont décédées à cause d’un acte terroriste musulman, soit 60 % du total des morts du terrorisme. En 2017, au moins 7 attentats ont endeuillé la France.

Les auteurs des attentats survenus en Europe pendant deux dernières années sont dans la plupart des cas arrivés en France des pays du Moyen Orient ou d’Asie Centrale et en lien revendiqué avec Daech.

Dans ce contexte, le contrôle renforcé des frontières nationales est indispensable. Mais cela nécessite d’engager plus de policiers. Compte tenu des économies prévues pour le budget, ce sera difficile à réaliser. «L'ampleur des coupes nous rend sceptiques sur la capacité de l’État à faire face aux nouvelles missions comme la lutte antiterroriste ou la crise migratoire», partage son inquiétude Céline Berthon, secrétaire générale du Syndicat national des commissaires de police.

Il faut également noter un autre point décevant de la loi antiterroriste qui consiste à l’absence dans le texte de l’autorisation d’utiliser les dispositifs de reconnaissance faciale. Cette technologie efficace serait un outil de plus dans la lutte contre le terrorisme.

Maintenant, après que monsieur le président a annoncé la fin prochaine de l’État islamique en zone irako-syrienne, en dépit de toutes les attentes, la sécurité nationale est plus menacée qu’avant. Tous ces terroristes qui échouent au Moyen Orient tentent de pénétrer en Europe, surtout en France, en prétendant être des « réfugiés ». Et dans ce cas-là, si l'efficacité de la lutte antiterroriste ne s'améliore pas, une nouvelle vague d’attentats sera inévitable.

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