LES AMIS DE PAUL

Les Amis de Paul de Christophe Guichet - Mise en scène Claire Cafaro et Christophe Guichet avec Chantale Lavallée, Désirée Olmy, Camille Rémy, Christophe Guichet, Denys d'Yvoire, Antoine Cafaro Scénographie : Valérie Jung Costumes : Frédéric Olivier, Musique Tom Lemann, Lumière, Ladislas Rouge Production Gaby Théâtre et le 100 ECS rue de Charenton Attachée de Presse : Samantha Lavergnole

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Bonjour à toutes et à tous,

Concernant le spectacle de Christophe Guichet : LES AMIS DE PAUL, l’écriture y est juste (le terme d‘écriture dramatique prend ici toute sa place…) et ce qu'il exprime en substance est encore à constater d'une manière épouvantable dans la guerre en Artsakh. Dès la première lecture, la référence évidente allait déjà vers la guerre en Ukraine, au Dombass... notre actualité rattrape ces abominations.

Aujourd'hui, l'horreur continue... les arméniens 100 ans après sont encore sous le joug de la Turquie... Internet coupé en Azerbaïdjan, les familles ne sont pas informées du sort de leurs enfants et maris partis au front. Ils n'enterrent pas leurs morts puisque non informés. Un champ de bataille où les morts sont à la merci des animaux et que vont engendrer les conditions sanitaires ? une pourriture encore bien plus grave que le Covid-19...

Ce que raconte Christophe Guichet est justement la quête sordide que doit mener une mère, la négociation avec un soldat pour récupérer le corps de son fils "mort au combat" ou un morceau de celui-ci, supposé être le sien... pour l'enterrer, pour faire son deuil... Or, personne n'est dupe, tout le monde sait que c'est une arnaque, un mensonge d'État. Sauf que les soldats n’étant pas payés, ils trafiquent d'une manière sordide et cynique... d'ailleurs dans le spectacle, le soldat ne parle pas, ne s’exprime pas, seule la transaction et l'obsession de la mère comptent…

Puis dans la deuxième partie, Christophe raconte comment le journaliste, venu enquêter dans ce monde de fous, se perd lui-même (il eut fallu être vraiment indifférent pour ne pas être touché par la première partie... ) et il se retrouve dans un hôpital psychiatrique à son retour en France...  Et là, dans son propre pays, dans cet hôpital, le cauchemar continue… il fait l'expérience de la manipulation, celle subie tous les jours par tant de monde, les mensonges, la transformation de la réalité par des escrocs, des minables pour de l'argent, du pouvoir... Ce jeune journaliste sortira-t-il de la folie de ces deux mondes qui, quelque part, se ressemblent... on veut y croire et Christophe Guichet laisse au spectateur son propre jugement en devenir...

Des comédiens fantastiques criants de vérité qui vivent leurs rôles jusqu'au bout des ongles. La mise en scène est rythmée, malgré les noirs trop longs... on peut s'interroger si cela fait aussi partie de la violence des propos, cela nous ramène à notre actualité... c’est du ressort de l'insupportable... la puissance de la musique agresse et renvoie à soi-même. Le but est certainement de l'ordre de la réflexion... 

C'est comme tourner les pages d'un livre de dessins d'horreur où les bulles de langage hurlent toutes les douleurs possibles.  Sentiment identique pendant la guerre de Tchétchénie... tant pour les russes que pour les tchétchènes... une folie de gouvernants, car ce sont eux qui transforment leurs États en machines de destruction alors que le rôle d’un État est de protéger sa population...

En expert, Christophe Guichet va à l'essentiel tout en nous laissant quelques instants de rire ou de sourire, exutoires à tant de violence... il faut être rapide d'ailleurs car on pourrait s'étrangler tant nous sommes ramenés à notre actualité cuisante.

Ce spectacle ne se veut pas expiatoire, il permet juste de pointer un moment où les atrocités du monde nous rattrapent, de nommer l’Histoire qui se répète comme si peu de gens comprenait que la planète explose par tous les bouts et comme dirait Fernand Deligny dans la bouche de Bernard Meulien : "Et l'Humain Alors !!!"

Le spectateur est un papillon cloué sur une planche d’entomologiste mais il reste éveillé, comme nous le sommes devant l’actualité, impuissants.

Christophe Guichet a toute sa place en tant qu'auteur dramatique dans les actions de résidences d'auteurs organisées par La Licorne et le Dragon. Il aura la possibilité en 2021 d'écrire en toute tranquillité aux Baux-de-Provence car cette année, avec les conditions dues au covid-19, il n’a pas pu participer in situ à cette aventure. Bravo d’avoir tout de même écrit et monté ce spectacle dans les conditions difficiles qui ont été les siennes et celles de son équipe... 

Joëlle Cousinaud

La Licorne et le Dragon

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