Macron politique aveugle et sans vision.

Macron et l'absence de vision 

 

La politique, c'est la mise en forme d'un Etat. Il importe donc, pour qui veut en faire, ce que signifie mettre en forme, et en général ce qu'est une forme. Question philosophique donc. Mais il n'est jamais de politique sans une philosophie et un questionnement qui la soutienne. Par ailleurs, Emmanuel Macron se vante, à tort ou à raison, d'avoir un parcours intellectuel qui lui permettrait d'allier la royauté du politique à la dimension intellectuelle de la philosophe. Philosophe roi ou roi philosophe, peu importe l'ordre des termes de ce chiasme.

Ce qui est certain, c'est qu'il est impensable pour un intellectuel de ne pas avoir réfléchi à ce que peut être une forme.

 

Une question a d'ailleurs traversé la pensée artistique, philosophique et politique du siècle passé. Elle se pose en ces termes: que signifie "mettre en forme"?

Ce qu'est une forme, les penseurs de la Gestalt-theorie l'ont bien expliqué. Les penseurs de cette école furent des penseurs comme Wolfgang Köhler, Kurt Koffka, Max Wertheimer, Kurt Goldstein. Ils présentèrent la forme comme un principe dynamique où le tout est phus que la somme de ses parties. Tout cela semble bien théorique. Mais on sent bien l'application que l'ont peut y faire dans le champs de l'esthétique et surtout de la politique.

On voit bien en quoi la question de la mise en forme se pose avec Emmanuel Macron. On se demande comment ce mouvement de bric et de broc confus que forme le mouvement En marche peut avoir une dynamique. On se demande à juste titre, si être en marche, ce n'est pas en fin de compte de condamner être à l'arrêt. Un parti capable d'attirer Robert Hue et Alain Madelin semble difficilement pouvoir ne pas tomber dans une contradiction insurmontable.

 

Le fantasme hégélien (mais pauvre Hegel! Il s'est probablement retourné dans sa tombe d'avoir été si ridiculement interprété…) d'un mouvement qui dépasserait l'opposition droite et gauche semble être une mauvaise farce. On prétend dépasser les deux mouvements au prétexte qu'il y aurait des bonnes idées à prendre à droite et à gauche. En somme, on veut constituer une forme qui soit la somme de ses parties. En comparaison de la pensée du siècle passé, le programme de Macron ressemble à une reculade insensée. Le ni droite-ni gauche s'apparente à une absence de vision. Et cela est plus grave qu'il n'y parait.

 

Quand on questionnait le philosophe Gilles Deleuze sur la nature de la droite et de la gauche, on obtenait cette réponse: finalement, la droite et la gauche, c'est une question de vision et de perception. La droite voit d'abord le proche et va vers le lointain. C'est poussé à son extrême le programme de Marine Le Pen. La gauche, c'est le contraire: elle perçoit d'abord  le lointain et va vers le proche. Il y a bien entendu une influence de David Hume sur cette présentation, ce philosophe des lumières écossaises qui avait théorisé le thème de la générosité limitée qui est au centre de nos débats politique actuels.

 

On peut naturellement faire bien des reproches aux politiques de droite comme Marine Le Pen, François Fillon ou de Gauche comme Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon. On ne peut néanmoins pas leur reprocher une absence complète de vision. Il souhaite la mise en forme de leur pays selon des modalités diverses et variés. Celles-ci sont opposées (courant mondialiste ou antimondialiste par exemple). Elles reposent certainement d'une vision quelque peu confuse. Elle ne repose pas sur une absence de vision.

 

C'est, en revanche,  le principal grief qu'on peut adresser à Emmanuel Macron. Le ni droite-ni gauche, la totalité qui est la somme de ses parties, c'est l'absence de mise en forme, c'est l'absence de vision. Il n'a sans doute pas eu le temps pour mettre en forme. Son mouvement n'existe que depuis une année. C'est certain. Toutefois, il est difficile de voir comment une forme pourrait émerger de ce qui ressemble vraiment à une cacophonie.

 

Si Emmanuel Macron est élu, nous aurons une politique sans personne qui vienne la mettre en forme: c'est-à-dire une symphonie jouée sans son chef d'orchestre. On vivrait proprement dans l'informe. Or cette absence de forme est proprement dommageable à la vie politique.

Rappelons dans le domaine de la création artistique ces phrases du peintre Paul Klee:

 

"Bonne la forme comme mouvement, comme faire, bonne la forme en action. Mauvaise la forme comme inertie close comme arrêt terminal. Mauvaise la forme dont on s'acquitte comme d'un devoir accompli. La forme est fin, mort. La formation est vie".

 

Il est évident que Klee suit ici les enseignements de la Gestalt-théorie. Ce qui importe ici, c'est de suivre la forme dans son dynamisme. Cela ne fait pas de doute. Mais il ne faut pas s'y leurrer. Jamais un visage ne sera la somme de ses parties.

 

Paul Klee "Baldgreis (Senecio)" 1923.

 

Il ne fait pas de doute pour autant que le mouvement En marche n'est que l'agrégation de personnalités qui n'ont rien à voir. Il ne constitue pas une forme. Il n'a pas de visage. Le dynamisme affiché dans son nom ne parait qu'un leurre. Dans le pire des cas, ce n'est que la ligne continue faite d'hommes et de femmes jetant la France dans le précipice.

 

J'ai toujours eu une certaine idée de la France disait le Général de Gaulle. Cela montrait bien que le pays ne pouvait exister que comme une forme. La revendication de vouloir un pays qui ne soit ni de droite, ni de gauche paraît très inquiétante. Tout cela ressemble à une dissolution.

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