LA REFORME DU MONOPOLE DE LA VIOLENCE ILLEGITIME

le champ politique réorganisé par un président philosophe

Le champ de la politique réorganisé par l’Élysée : le monopole de la violence illégitime.

Il n’a échappé à personne, qu’en France, tout est régi par les règles d’un bon sens qui n’a d’égal nulle part ailleurs et qui nous est envié presque autant que la coupe du monde de football que nous gagnons une fois tous les vingt ans. Rien n’est si beau, si brillant, si bien organisé que la pensée de l’État français. Mais cette capacité à créer un ordre admirable n’implique pas, et c’est bien malheureux, que ne subsistent des imperfections. Comme dans tout système ! dit on .

Cela est vrai. Mais cela ne dispense évidemment pas le citoyen et la tête de l’État d’y remédier. Par le plus grand des bonheurs, le Président de la République actuel a été formé à la philosophie dans sa jeunesse et dans ses études supérieures. A la lumière du maniement des concepts il a eu la clairvoyance pour identifier une anomalie dans le champ de la pensée politique moderne

. De quoi s’agit il ? demandera-t-on. Cette anomalie consistait à définir le champ de la politique d’une manière erronée. Selon Max Weber, le sociologue allemand grand analyste du fait social, la politique serait définie comme le« monopole de la violence légitime ». Il trouvait trois sources à cette légitimité. Il distinguait la légitimité charismatique, la légitimité traditionnelle et la légitimité rationnelle. Tout cela était cohérant, mais insuffisant aux yeux d’Emmanuel Macron.

Le Président philosophe vit la faille : avec tout cela, on ne traitait pas du problème de la violence illégitime. Pire, on la rejetait hors du champ politique. Et cela engendrait un nombre important d’inconvénients. La conséquence nécessaire et inéluctable de la définition weberienne de la politique est la surpopulation carcérale. Faute d’avoir pu intégrer conceptuellement ceux qui usent de violence illégitime dans le champ politique, on en a été réduit à envoyer ces gens-là en prison et il est évidemment venu un moment où la marmite a débordé.

Il fallait donc trouver une solution que le chef de l’État s’est empressé d’appliquer. Il fallait embaucher les tenants de la violence illégitime dans les services de l’Élysée. On pouvait par exemple les recruter dans les postes de sécurité dans la mesure où ils faisaient preuve de prédisposition dans ce domaine. Ce choix avait deux avantages : d’une part il permettait d’étendre le champ conceptuel de la politique. On ne réduisait plus la politique au domaine de la violence légitime, mais on y incluait également le champ de la violence illégitime. Cela a, d’un point de vue théorique, l’avantage de faire disparaître le problème de la légitimation qui est un point qui restait tout de même un peu délicat à justifier. D’autre part, il permettait d’éloigner des prisons toute sorte de gens qui se seraient vus, si l’Élysée n’avait pas agi, traiter de toutes sortes de noms d’oiseaux comme « malfrat, voyou, délinquant… ».

L’affaire Benalla est donc une affaire importante. Mais elle doit être comprise conformément à son contexte. Il ne s’agissait pas simplement d’un garde du corps du Président qui frappait au thorax un homme à terre. Il s’agissait d’une expérience élyséenne pour étendre le champ de la politique à d’autres domaines : une expérimentation philosophique en somme. Gloire en soit rendue à notre Président !

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