CE N'EST PAS UN JEU , LA TURQUIE NOUS DUPE

Moyen-Orient ,Turquie

Le philosophe Gilles Deleuze nous dit que la différence entre la « Gauche » et la « Droite » ne serait qu’un problème de perception. La Gauche percevrait  en premier lieu l’ensemble, lançant son regard sur l’horizon, ce qui est loin englobant ainsi toute l’humanité à priori. La droite percevrait d’abord l’objet immédiat, devant elle ,faisant dire à David Hume qu’elle obéit au principe de « générosité limité »Retenons que la droite s’intéresse à soi même, sa famille, ses amis et éventuellement les autres par extension. Cette générosité limitée n’est pas capable de penser une humanité en général.

 Au fond, cela ne serait pas grave si l’humanité n’était confrontée à des crimes contre son essence même, contre les droits de l ‘Homme. En fait, droite et gauche peuvent se retrouver ensemble, selon les circonstances de leur dynamique , sur certains terrains en basant chacune leur stratégie sur des principes opposés.

 Nous nous interrogeons sur les outils de cette analyse pour penser  la politique étrangère des grandes puissances dans le cadre des  événements gravissimes qui ravagent actuellement  le Moyen Orient. Nous nous attacherons en particulier au cas de la Turquie dont le comportement se révèle particulièrement préoccupant.

 Rappelons les faits. La France s’est lancée depuis plusieurs mois dans une campagne guerrière en Syrie au nom des Droits de l’Homme afin de libérer le pays » d’un dictateur sanguinaire accablant son peuple ». En fait il s’agit de luttes déjà anciennes opposant les musulmans chiites détenant le pouvoir et les musulmans sunnites. Les deux camps sont largement encouragés et armés par divers pays voisins défendant des projets politiques qui leur sont propres. Au delà de ce conflit , dans l’espace laissé libre par la chute de Saddam Hussein en Irak , s’est installé un noyau islamiste sunnite en Irak et en Syrie tendant à établir un état nouveau que nous nommons Daech (Isis) .  Cet état, fier de ses conquêtes militaires a su collecter un financement  important qu’il entretient par un commerce de pétrole, mise en place d’une fiscalité locale, commerce d’oeuvres d’art pillées et autres larcins. Cet état auto proclamé emploie la violence systématiquement contre toute opposition et le terrorisme dans les pays qui lui sont hostiles. L’Europe est une cible de choix. Le 13 Novembre 2015, il a perpétré un attentat majeur à Paris déclenchant une émotion très vive dans le monde entier et dévoilé au grand jour l’importance de la menace islamique pour l’Europe démocratique. La Russie, intéressée à préserver sa présence en Syrie intervenait massivement depuis plusieurs semaines contre les opposants au régime chiite et éventuellement contre Daech après avoir été victime d’un attentat revendiqué par ce dernier.

 

Dans ce contexte, les réfugiés civils sont massivement jetés  sur les routes vers la terre promise européenne. La plupart traversent la Turquie et s’entassent sur des bateaux de fortune proposés par des passeurs sans scrupule, vers l’Europe soit vers les iles grecques les plus proches.  La Turquie par ailleurs comme elle l’avait déjà largement fait dans les années 2000 lors du conflit en Irak , reçoit de grande quantités de pétrole vendues et livrées par  camions sur des origines syriennes de Daech  vers ses ports les plus proches pour embarquement .

 

Dans ce contexte, le France a pris l’initiative de former une coalition internationale regroupant les forces disponibles contre Daech avec pour objectif d’éradiquer sans délai cette organisation criminelle. Des entretiens ont été programmés avec les Etats Unis, la Russie, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Italie.  La Turquie est réputée participer à la coalition étant entendu qu’elle même a été victime d’attentats.

 

Le jour de l’entretien prévu entre les présidents Obama et Hollande à Washington pour mettre au point la coopération militaire envisagée , la Turquie a annoncé que deux de ses chasseurs F16 ont abattu un bombardier Sukhoi russe . Ce dernier aurait survolé son territoire  pendant quelques secondes lors d’une mission en Syrie. Démenti ou pas, cela doit nous préoccuper car cet acte délibéré ne peut être compris de la part d’un allié dans une cause juste officiellement approuvée par tous les partenaires. Nous comprenons que le président Ordogan, qui décidant de la posture de son pays, a considéré que ses intérêts ne coïncidaient plus avec ceux de la coalition envisagée. Il a préféré se replier sur ses intérêts directs et immédiats au détriment d’une cause impliquant des considérations humanitaires de niveau international. Cette attitude dévoile une dérive de droite correspondant à une tendance fasciste.

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