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Billet de blog 1 juil. 2021

Les malades mentaux ne sont pas invisibles

Handicap invisible, mon œil. Si mon handicap était invisible, j’irais certainement beaucoup mieux beaucoup plus souvent. Si mon handicap était invisible, je n’aurais pas besoin de me battre pour donner le change quotidiennement. Parce que c’est bien de ça dont on parle ici non ? Du fait que je doive rendre mon handicap invisible, pas qu’il le soit.

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Pourquoi ? pour qui ? Dans quel but ? Si ce n'est celui de vous satisfaire, vous les gens bien comme il faut. Je dois faire comme si tout allait bien pour vous contenter. Je dois invisibiliser ma maladie et, par conséquent, invisibiliser une partie de moi-même pour satisfaire les exigences de votre normalité. 

Avez-vous ne serait-ce que conscience de la violence d’une telle injonction ? Injonction imposée non pas parce que nous y gagnons quoi que ce soit, mais parce que nous n’avons pas le choix si nous voulons garder vie sociale et emploi.

Passer pour quelqu’un qui va bien quand ça ne va pas, se retenir de crier une joie quand tout va. Avez-vous la moindre idée de l’énergie que ça nous coûte de nous rendre invisible ? Avez vous la moindre idée du prix que nous payons pour maintenir les apparences que vous nous imposez ?

Plus que mes humeurs versatiles ce qui me détruit c’est votre injonction à la normalité, votre injonction à la neutralité, à cette norme tellement lassante et fatigante à laquelle vous avez le luxe de pouvoir aspirer.

Avez-vous considéré le fait que vous ne pouvez pas comprendre et que jamais vous ne comprendrez à quel point il est dur de retenir mes excès ? Savez-vous ce que ça fait de retenir les tsunamis de mes humeur ?

Et d’ailleurs, parlons des moments ou je ne les retiens plus mes tsunamis. Parlons des moments où leur force me frappe avec tant de violence qu'ils se déchargent hors de ma pseudo-normalité. Parlons des dépressions qui durent des semaines sans que je ne donne de nouvelles et sans que vous ne vous inquiétez. Parlons des “c’est dans la tête, c’est donc dans la tête que tu trouveras une solution”  quand je passe mes journées à pleurer et à chercher comment stopper la souffrance qu’engendre le simple fait d’exister dans votre monde à gerber. 

Et là je ne parle que de mes phases dépressives, mais quid des hypomanies. Parlons de votre désintérêt affiché quand je parle avec bonheur de mes nouvelles passions. Parlons de votre mépris pour ma confiance en moi supérieure à la vôtre et inébranlable. Parlons de vos projections, quand vous pensez que je ne cherche qu’attention et lauriers par mon hyper activité. Ou quand vous refusez de valoriser mon travail parce que “pour moi c’est facile je suis bipolaire”. Ou encore quand vous abusez de mes moments de naïveté pour m’exploiter, m’utiliser ou me duper.

Non mon handicap n’est pas invisible, c’est vous qui refusez de le voir pour mieux vous valoriser en me dévalorisant et ce, quel que soit mon état. Mon handicap n’est pas invisible, c’est vous qui préférez avoir les yeux fermés quand ça vous arrange. C’est vous qui m’obligez à me cacher, à me saboter le coeur et l’âme pour répondre à votre exigence de tranquillité. C’est vous qui me faites vriller pendant mes hypomanies et me faites plonger dans les dépressions. Vos injonctions à la normalité me détruisent bien plus que la maladie ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. Si vous aviez plus à coeur de prendre soin de moi et de mes camarades malades, nous n’aurions pas à nous cacher, nous n’aurions pas à avoir honte de nos humeurs débridées. Nous pourrions vivre n-o-r-m-a-l-e-m-e-n-t sans craindre d’être abandonné-es, abusé-es ou détruit-es par votre mauvaise foi et les mauvaises intentions des pires d’entre vous. 

Je suis mouvante, fluctuante, insaisissable et versatile. Je suis aussi forte que je me révèle fragile, c’est à dire bien plus que vous ne le serez jamais, bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. 

Vous refusez catégoriquement de voir que mon plus grand défaut est aussi ma plus grande force. Vous préférez me (dé)considérer comme une chose ennuyeuse venant perturber votre normalité plutôt que comme une camarade. Vous préférez me voir comme une ressource qui vous permettra de briller une fois épuisée à votre profit.

Mon handicap n’est pas invisible. Ce qui est invisible c’est votre mépris pour les malades mentaux, que nous soyons en mesure de le cacher ou pas, c’est votre attitude qui nous tue. 

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