Une angleterre prise dans l'hystérie du Brexit

La presse populaire en Angleterre réagit sur un ton furieux à la réaction des responsables de l’Union Européenne aux propos de Theresa May sur le Brexit. Les échanges avaient été révélés par un journal allemand après le dîner Londonien pour discuter les conditions de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. En Allemagne on voit ceci de mauvais oeuil.

 

Derrière le Brexit…une idée pervers de la liberté

(traduction de l'article du Suddeutsche Zeiting par Jack78)

 

 Jeremy Adler

 Il y a certains moments quand une nation entière devient folle. Dans cette catégorie on pourrait citer le décès d’une personne très appréciée, telle que la princesse Diana. Parfois on va trouver comme prétexte la recherche inatteignable d’un idéal : c’est ce qui s’est passé en Hollande au 17e siècle quand la manie des tulipes a donné suite a la première grande bulle spéculative en Europe. En général aussi on pourrait citer la peur et la guerre qui représentent les illusions les plus inquiétantes. Aujourd’hui  l’Angleterre toute entière se trouve noyée dans une manie du Brexit. Des pathologies de ce type ont déjà été documentées par Charles Mackay qui en 1852 a publié une monographie intitulée « Les fantasmes populaires et la folie des masses ». Selon MacKay, une nation toute entière, comme un individu qui aurait une obsession quelconque, peut se focaliser sur un objet précis et en devenir  comme conséquence complètement déséquilibrée.

Cette obsession du Brexit qui aujourd’hui menace de déchirer le pays représente une menace contre l’idée de droit individuel tel qu’il a évolué dans l’histoire de l’Angleterre, surtout un  démembrement de ce concept de droit, évoqué en 1760 par le juge William Blackstone en ces termes : « le droit absolu de chaque citoyen anglais ». Les origines de cette notion de droit remontent au « Magna Carta » de 1215 et le « Bill of Rights » de 1689.  Aujourd’hui cet acquis est très appauvri, voire totalement oublié.  Selon le philosophe Roger Scruton, on trouve qu’il est nécessaire de nos jours de maintenir une identité spécifique des « nous » qui sert à exclure les « autres ». Dans cette polémique on va retrouver exactement les mêmes éléments de langage que celles dites par les préfascistes du 19e siècle.

Le Brexit cache en réalité une idée pervers de liberté, une idéologie qui rejoint les idées de l’extrême droite. Parmi les démagogues adeptes de ce discours on trouve Nigel Farage, leader jusqu’à l’année dernière du parti anti-Européen UKIP, et même certains politiques apparemment modérés tels que Theresa May la première ministre. Leur langage est en totale contradiction avec la logique et consiste de détournement et d’autres artifices de la parole publique. May est la reine de non-sens avec sa phrase tristement célèbre « Brexit means Brexit » qu’elle aime répéter à maintes reprises. La verité du Brexit comprend non seulement un effacement de la raison mais aussi de la réalité. On peut constater que les Britanniques. qui furent non sans raison pendant longtemps considérés comme les maitres d’un pragmatisme national, ont subi un métamorphose social en devenant des fanatiques. Aussi étonnant que cela pourrait paraître, ceci rappelle les chasses au sorcières du 17e siècle.

Pendant la campagne aboutissant au referendum de juin 2016, des mensonges à un niveau jamais connu dans le monde politique anglais on été dits. Michael Dougan, professeur de droit européen à Liverpool, quantifie le nombre de ces mensonges à une « campagne industrielle de désinformation » qui, cependant, a été acceptée dans les milieux gouvernants comme légitime – non seulement en termes des évènements mais aussi dans le cadre du résultat. On a rarement vu le chemin vers les urnes entouré d’une telle hystérie. Néanmoins, selon la première ministre, la nation aurait voté « de façon décisive et avec une détermination tranquille. »

Une guerre contre le système européen a été fêtée comme un renouveau national. En fait, ceux qui soutiennent le Brexit ont gagné avec une marge très faible (51.9%) mais le résultat n’empêche pas les Brexiteurs d’attaquer les pro-européens avec un mépris véhément. Ceux qui sont favorables à l’UE n’ont quasiment plus de voix. On critique même les instances du droit public y compris la cour suprême – ceci dans un pays qui a plus ou moins inventé la justice occidentale. Les juges de ce haut tribunal qui ont eu la témérité d’affirmer que c’était au parlement et pas le gouvernement de décider les conditions du Brexit se sont vu caractérisés dans un journal d’ « ennemis du peuple ». Quant au ministre de la justice, il s’est contenté de féliciter la presse pour son indépendance.

Les adeptes du Brexit aiment répéter trois mensonges : que la Grande Bretagne regagnera sa souveraineté, l’immigration s’arrêtera, et les somme contribuées par le pays à l’UE seront reversées au système national de santé, la NHS. Cependant même le gouvernement affirme maintenant que le pays a toujours été souverain. Quant au dossier le l’immigration – on admet maintenant que le nombre de migrants pourrait en fait continuer à augmenter. Pour ce qui est des services de santé publiques, on est désolé, mais la NHS devra répondre aux même appels d’offres pour les crédits publics proposés par l’administration centrale à tous les autres services de l’état.

Malgré le souhait souvent répété de retrouver une « souveraineté, » Madame May n’hésite pas à remettre en question les instances législatives et judiciaires. Elle aime bien dire et redire que ca sera à son gouvernement d’avoir le dernier mot. Ce qui signifie en réalité, c’est que ca sera elle-même au final qui décidera. Voici son argument : elle ne fait que mettre en œuvre la volonté du peuple et leur désir de liberté. Ceci représente en fait une interprétation fondamentalement anticonstitutionnelle.  Depuis la « glorieuse révolution » de 1688 (quand les rois catholiques ont été remplacés par une dynastie protestante) il existe un concept constitutionnel chez les anglais appelé « la couronne dans le parlement », ce qui signifie que ce sont les élus de l’assemblée qui décident et pas seulement le gouvernement. La démarche suivie actuellement par Madame May représente un effort qui vise à imposer une politique sur le pays de façon autoritaire, accompagné de menaces et de peur. Les ministres se trouvent obligés de suivre ses mots presque à la lettre et redoublent constamment leurs témoignages de fidélité, en affirmant que la politique sera dans l’intérêt du pays. La pratique parlementaire du premier ministre est comparable aux techniques utilisées il y a cinq cent ans – sous le règne de Henri VIII !

La vérité est qu’on constate aujourd’hui que le pays n’a jamais été si divisé depuis les guerres civiles di 17e siècle.

Dans le cadre des élections législatives anticipées du 8 juin, tout le corps politique se trouve empoisonné par le processus qui l’a précédé. Mais il vaut mieux faire attention avant d’en discuter avec des voisins ! On a l’impression dans les médias de masse en Angleterre que ce combat contre l’Europe représente une sorte de jouissance nationale. Par contre, une grande manifestation pro-européenne n’a guère reçue de couverture. Pourquoi ?

Le terme « Brexiteur » rappelle en anglais « mousquetaire » ou bien « boucanier ». Ces gens rêvent du temps des héros anglais tels que Sir Francis Drake, navigateur qui a réussi la bataille navale contre l’armada espagnole en 1588. On n’était pas surpris donc à apprendre que le ministre de la défense Michael Fallon  ainsi que Michael Howard, ancien chef du parti conservateur, avaient menacé en tout sérieux la guerre contre l’Espagne dans le contentieux entre les deux pays au sujet du territoire anglais de  Gibraltar situé à l’extrême sud de la péninsule ibérique ! De tels discours ont leurs racines dans des rêves d’antan, quand la Grande Bretagne fut une puissance mondiale avec son empire. Maintenant Madame May veut convaincre son peuple qu’un nouvel ordre de « Global Britain » va voir le jour. Mais ceci n’est qu’une illusion, une chimère d’un avenir « plus grand »… « plus juste » même.

La réalité est que l’opinion publique pays n’a jamais été si divisée et en situation de contradiction avec soi depuis des siècles. Pendant ce temps, la haine identitaire ne cesse ne croitre, avec une hausse d’évènements criminels visant des étrangers de l’ordre de 50%-60%. Quand un  Polonais a été assassiné, Madame May est restée silencieuse. Après une enquête, la police affirme que ce crime n’avait pas eu de caractère racial. Plus récemment,  dans le sud de Londres, un jeune demandeur d’asile a été tellement violemment agressé par une bande de jeunes que ses amis n’ont pas pu le reconnaître. C’est seulement lorsqu’un journaliste a directement interpellé Theresa May au sujet de ces attaques qu’elle a rompu son silence. Il faut laisser la nation garder ses illusions.

 

 

 

 

 

 

 

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