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Billet de blog 20 mars 2025

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Procès LE SCOUARNEC : L'Ordre des Mèdecins savait !

Le procès du docteur LE SCOUARNEC vient de s'ouvrir à Vannes. Il concerne environ 300 plaintes pour agressions sexuelles et viols de la part de ce médecin. L'Ordre des Médecins, qui connaissait tous ces crimes depuis fort longtemps a poussé l'outrecuidance à vouloir se porter partie civile. Voilà le texte de l'émission de radio que j'avais faite sur OPEN FM le 14 janvier 2021

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L’ORDRE des MEDECINS (OPEN FM 14 01 2021)

 Qu’est-ce que l’Ordre des Médecins ? Quelles sont ses origines ? Quelle est sa finalité ?

 L’Ordre des médecins est une institution de droit privé à mission de service public.

 Il faut noter que les régimes fascistes ont toujours procédé à des mesures de suppression des syndicats au profit des corporations. C’est un élément essentiel de contrôle de toute une profession, donc de la société. L’Eglise apporte souvent sa contribution au contrôle des populations, son anticommunisme prenant le pas sur toute valeur humaniste. Ce fut le cas au Portugal sous la dictature de Salazar, et en Italie sous le régime fasciste de Mussolini.

 C’est dans le cadre de « révolution nationale » pétainiste qu’est promulgué le 3 août 1940 le 1er statut des juifs, puis le second statut le 2 juin 1941. Parallèlement, est promulguée le 4 octobre 1941, la Charte du Travail. Son axe central est la suppression des syndicats, du droit de grève et prône la collaboration entre patrons et ouvriers, pour faire obstacle à la lutte de classe. C’est la remise en avant des corporations et c’est dans ce contexte qu’est créé l’Ordre des médecins le 7 octobre 1941. Il joue dans cette période un rôle essentiel dans l’élimination des médecins juifs du monde médical. On y reviendra sur un cas emblématique de Bordeaux : le cas du docteur Sabatino SCHINAZI. Le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Gironde était particulièrement en pointe dans la collaboration, puisqu’il a aussi joué un rôle majeur dans la chasse aux médecins communistes ou supposés tels, comme le docteur Charles NANCEL ; Bernard COADOU nous parlera, dans l’interview qui suit, de ces deux médecins, victimes à la fois du régime pétainiste et de l’Ordre des médecins.

 L’Ordre des Médecins a tellement honte de ce passé peu glorieux qu’au lieu de regarder en face ce passé honteux, il situe sa création au 24 septembre 1945.

 J’ai eu l’opportunité d’interroger Bernard COADOU médecin retraité et voici l’interview de janvier 2021 :

 Bonjour Bernard COADOU, peux-tu te présenter ?

Je suis médecin retraité depuis 2011, j’étais à la fois médecin généraliste en cabinet libéral de groupe et médecin hospitalier. J’ai eu la chance de pouvoir prendre ma retraite à 60 ans ; je vais avoir 70 ans et je prétends connaître depuis 40 ans que j’y suis ou plus le milieu médical, l’ordre des médecins ; je vais expliquer pourquoi je suis plutôt en opposition avec cette institution.

 Je crois que tu as été à l’origine du MIOP ; peux-tu nous dire ce qu’est le MIOP ?

Le MIOP signifie Mouvement d’Insoumission aux Ordres Professionnels. Parmi les professions de santé nous sommes huit : médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, infirmiers, etc… à « bénéficier » d’un ordre et au-delà de la bataille qu’on a menée depuis les années 70-80 contre cet ordre des médecins, on a souhaité converger avec d’autres qui ont des ordres plus récents, mais tout aussi nocifs et qui s’opposent à ce syndicalisme obligatoire. On est libre d’avoir des syndicats de notre choix, mais en plus pour exercer, il faut adhérer obligatoirement à un ordre de santé. Au-delà de nos intérêts professionnels, on  pense que ces organismes sont nuisibles globalement pour la santé publique et l’intérêt à la fois des professionnels et des patients

 Tu parlais de cotisation obligatoire ;  il y a donc une cotisation obligatoire ?

C’est une adhésion obligatoire ; moi en tant que médecin retraité, je suis dans l’obligation d’adhérer à cet ordre des médecins ; on essaie de jouer sur certains textes ; je fais valoir le fait qu’en tant que médecin faisant exclusivement et de manière continue de l’humanitaire on peut bénéficier d’une exonération, mais c’est très complexe. La plupart des médecins ont une obligation d’adhérer à cet ordre qu’ils soient actifs ou retraités, et pour ne pas être embêtés s’ils ne veulent plus soutenir financièrement, s’ils ne veulent plus payer de cotisation, ils sont obligés de demander leur radiation, donc ils perdent leur qualité de médecin, alors qu’ils l’ont eue pleine et entière de la part de l’université. C’est un organisme puissant financièrement, puissant idéologiquement qui est un lobby important et qui fait peur au pouvoir politique quel qu’il soit.

 Avec une cotisation qui est je crois de 335 euros  cette année, ça fait un budget colossal et quelle est l’utilisation de ce budget ?

Ce budget est colossal parcequ’il représente aux alentours de 80 millions d’euros pour la structure nationale sur une année. Il sert à assurer des services administratifs, à tenir le tableau, etc des choses qui sont assurées par ailleurs, souvent. Il sert à produire tous les ans l’atlas de la démographie médicale, un atlas luxueux, il sert aussi à grandement indemniser les conseillers ordinaux ; au départ les responsables de l’ordre des médecins, ils venaient à titre bénévole ; ça devient une charge un peu lourde mais ils ont des salaires assez mirobolants. Le président national de l’ordre des médecins est payé actuellement aux alentours de dix mille euros par mois. J’ai réussi dans mes batailles juridiques en Gironde à accéder certaines années à des comptes qui étaient relativement transparents (ils le sont moins depuis) ; j’ai réussi à forcer les portes ; dans les années 2014-2015 le président du conseil de l’ordre départemental, tout en travaillant à côté, sans justificatif, sans avoir besoin de dire « j’ai travaillé tant d’heures dans la semaine pour l’ordre départemental des médecins » avait quarante-huit mille euros par an d’indemnité. Ca devient un lobby, une chose qui attire des gens par le pouvoir qu’il représente mais aussi  par les indemnités grasses qu’il produit aux responsables ordinaux. Quand je parlais d’indemnités à 48000 euros par an ça laissait de côté les défraiements éventuels, les frais complémentaires qu’avait ce président, le secrétaire avait un peu moins, mais c’est un attrait pour des gens qui ont envie de pouvoir et d’argent

 Quelle est la position de l’ordre par rapport aux dépassements d’honoraires ?

Sur les dépassements d’honoraires, officiellement, la mission de l’ordre, c’est surveiller les médecins dans l’intérêt des patients ; sur les questions de dépassements d’honoraires, il va dire « nous on intervient pour que les médecins pratiquent des honoraires, y compris quand ils dépassent les honoraires de la Sécu, avec tact et mesure », mais en pratique, cette définition du tact et mesure, qui est inscrite dans le code de déontologie ; le code de bon comportement des médecins, ne signifie rien en pratique. Le problème des dépassements d’honoraires, c’est très compliqué, c’est pas uniquement de la responsabilité de l’ordre des médecins. Il y a actuellement un vide juridique, législatif, qui fait que les recommandations qu’il a pu y avoir à un moment donné qu’a prétendu mettre en place Marisol Touraine et ses successeurs Agnès Buzyn et Olivier Véran en pratique ça ne veut pas dire grand’chose. Il y a des gens qui vont demander 2 fois ou  fois plus que les honoraires réclamés et qui ne vont pas être inquiétés ni par la Sécurité Sociale ni par l’ARS  et ni par l’ordre des médecins. On a des exemples tout-à-fait pratiques. Je fais partie d’une association dont j’ai été le fondateur en Gironde qui s’appelle « La santé un droit pour tous » qui a dans ses objectifs l’accès aux soins pour tous comme une des priorités de l’association et de temps en temps on est sollicités par des personnes qui sont victimes de dépassements d’honoraires importants ; on a eu un exemple il y a 4 ans d’un enfant qui a été voir un urologue sur la place de Bordeaux pour un phimosis, une intervention qui doit être comptée 80 euros ou un peu plus par la Sécu ; il a été demandé au père de l’enfant dont je parle 3 fois plus que le tarif – 250 euros de supplément – en plus de ce qu’il avait comme base de paiement parla Sécu. Le père nous a averti, il a sollicité le président de l’ordre des médecins qui a dit qu’il avait convoqué l’urologue en question et ils ont dit « c’est normal qu’il prenne ça, les tarifs de la Sécu étant tellement bas ; de fait, dans la pratique, ce qu’on peut retenir, c’est que l’ordre des médecins défend finalement les pratiques en secteur 2, quels que soient le montant des dépassements demandés. On a un autre exemple où l’ordre n’est pas directement intervenu ; c’est le cas d’un chirurgien à la clinique Jean-Villar dans la banlieue de Bordeaux, qui faisait des extras alors qu’il est médecin hospitalier à temps principal dans le système public, il a demandé dans un cas d’urgence à Monsieur Robert Lacaze, je dis son nom parce que ça a défrayé la chronique et il s’est battu, un dépassement de 5000 euros  pour l’opération ; après il l’a révisé à 4000 euros. Cette affaire elle  été publiée dans le journal Sud-Ouest, elle a été sur la place publique, l’ordre n’a jamais rien dit. Dans les faits je crois qu’on peut considérer que l’ordre prend parti contre l’intérêt des patients pour les médecins dépasseurs.

 D‘après ce que j’ai vu dans une interview de Patrick Bouet qui est le président, il officie en secteur 2 en Seine Saint Denis, semble-t-il.

C’est un médecin généraliste comme moi qui a pratiqué tout en ayant son poste, en fin de carrière il était devenu président national ; il est à la retraite depuis 2-3 ans, il faisait de la médecine générale en se mettant en secteur 2, ce qui représente une très petite minorité de médecins généralistes ; 95% des médecins généralistes sont en secteur 1, ils sont très soucieux de l’accès aux soins. Il a justifié dans l’article de What’s Up Doc en disant « C’est ce qui me permet de soigner les pauvres ». On comprend bien qu’uneinstitution qui est dirigée par quelqu’un qui était en secteur 2 de manière tout à fait minoritaire par rapport à l’ensemble du milieu médical ait plutôt tendance à défendre l’intérêt des médecins dépasseurs.

 Dans un autre ordre d’idée, je crois que tu t’es beaucoup investi dans un combat qui concerne aussi l’ordre des médecins, pour la réhabilitation de Sabatino Schinazi et Charles Nancel Pénard. Est-ce que tu peux nous brosser le tableau de ces deux affaires ?

Il y aurait beaucoup à dire. J’ai commencé à travailler dans le quartier de Bordeaux-Nord à Bacalan en 1983, et c’est quelques décennies après que y avait travaillé Sabatino Schinazi qui avait une ascendance juive et qui a été discriminé dans les années quarante par l’ordre des médecins ; il a été arrêté en juin ou juillet 42, emprisonné au camp de  Mérignac ; fin 43 il a été déporté vers Drancy puis Auchwitz et il est mort à la fin de la guerre entre Dachau et Auchwitz  lors de ces marches de la mort quand les nazis évacuaient les camps de concentration. Ce qui m’a interpelé et ce qui est à dire publiquement, et qui est dit ces dernières années sur la place publique, c’est que le docteur Sabatino Schinazi  a été discriminé par l’ordre des médecins nouvellement créé en octobre 40 avant même la stigmatisation qu’il a vécue par les autorités locales avec la complicité de l’occupant. J’ai retrouvé des documents que m’a donnés Michel Slitinski qui est quelqu’un qui a fait un gros travail pour que l’affaire Papon soit révélée et soit après en procès à Bordeaux à la fin des années 90. Sabatino Schinazi fait partie de ces médecins juifs qui ont été discriminés par l’ordre des médecins parce que jugés comme étant de « sales métèques, parasites, extérieurs à la profession » et je pèse mes mots quand je dis ça, il y a des documents qui le prouvent et ce qui est notable aussi c’est qu’à l’époque, le président de l’ordre nouvellement créé  était Pierre Mauriac, le frère de François qui a présenté la face sombre de sa personnalité, alors que c’était un prof de médecine loué , doyen à la fac. Quand on ressort ça, l’ordre des médecins n’ est pas trop content, mais moi au travers des procès, quand ils me harcèle, je ressors des affaires et ça c’en est une de poids et qui est ressortie dans les médias en février de l’année dernière au moment de l’anniversaire de la mort de Sabatino Schinazi et je désespère pas que l’ordre des médecins se penche sur son passé et nous parle de ses responsabilités. La mairie de Bordeaux a donné le nom d’une rue à Sabatino Schinazi, les autorités locales ont reconnu leurs méfaits antérieurs et ont réhabilité Sabatino Schinazi, mais l’ordre des médecins malgré la déclaration du président devant la poussée médiatique l’an dernier a dit qu’il allait faire quelque chose et un an après rien n’a été fait. Il y a eu du déni pendant des années et autre exemple pour montrer qu’il n’y a pas que les médecins juifs qui ont été inquiétés à cette époque, il y aussi les médecins communistes. Charles Nancel-Penard était pneumologue communiste engagé dans les Brigades Internationales ; il était allé en Espagne à la fin des années 30. ; lui aussi il a été reconnu par l’ordre des médecins comme un individu dangereux pour ses idées communistes et on peut dire que l’ordre est complice de l’assassinat qui a eu lieu au camp de Souge où il était emprisonné et où il a été tué par les autorités allemandes en 1941.

 C’est dramatique de voir que l’ordre n’est pas capable de reconnaître ce passé qui n’implique pas évidemment les médecins contemporains, mais au moins il y a un devoir de mémoire.

Tout à fait et ce qu’on prétend, c’est qu’il sera utile contre l’administration notamment dans des périodes où il y aurait un danger politique, de type fasciste. L’histoire prouve qu’il n’a pas été capable de le faire dans les années 40, donc on ne peut pas justifier son existence sur une telle utilité.

 Un autre volet de l’ordre des médecins c’est le côté disciplinaire, parce qu’on a l’impression vu de l’extérieur que d’un côté c’est la protection pour les uns et les sanctions pour les autres. Je pense à Hazout et Le Scouarnec. Peux-tu nous parler de quoi il s’agit et on verra après quels autres médecins ont été sanctionnés pour délit d’opinion

On avait quelques exemples ponctuels dans l’histoire où on se posait des questions sur le rôle de l’ordre des médecins par rapport aux médecins prédateurs sexuels et moi-même qui suis l’activité de l’ordre de manière critique depuis des années, j’ai appris beaucoup de choses dans un rapport accablant de la Cour des Comptes du 9 décembre 2019 sur l’ordre des médecins, sur différents niveaux, sur la partie financière, la partie disciplinaire etc…il y a entre autres dans ce rapport qui fait plus d’une centaine de pages un chapitre qui expose de quelle manière l’ordre traite les plaintes de patients, et le plus souvent de patientes, à caractère sexuel ; comme tout milieu, le milieu médical a ses brebis galeuses, des gens malhonnêtes et il y a aussi des prédateurs sexuels qui n’hésitent pas à utiliser le rapport de force qu’ils ont dans le cadre des consultations pour des malversations de type sexuel, que ce soit agression et même viol. Le rapport de la Cour des Comptes nous livre une douzaine environ d’enquêtes qui ont été menées jusqu’en 2017. Il cite ces 2 exemples. L’affaire le Scouarnec qui va faire parler d’elle encore plus dans les mois et les deux ans qui viennent , elle est citée, mais elle est arrivée en 2017 et ça coïncidait avec la fin de l’enquête de la Cour des Comptes. Déjà dans cette affaire Le Scouarnec, on s’aperçoit que l’ordre des médecins a une certaine responsabilité, il a été alerté au moins dès 2005-2006 et il n’a rien fait pour surveiller et entraver éventuellement les pratiques de Le Scouarnec, ex-chirurgien, qui sont ignobles. Il y a eu un premier procès qui a eu lieu à Saintes qui va peut-être repasser en appel, mais il y a un deuxième procès qui est actuellement instruit par le procureur de Lorient où il y a, malgré les prescriptions, 312 victimes dont 80% ont moins de quinze ans. C’est une affaire énorme et la responsabilité de l‘ordre des médecins semble engagée ; mais c’est le procès qui va vraiment évaluer les choses. Pour l’affaire André Hazout, c’est un peu différent ; André Hazout, gynécologue réputé a eu des malversations et des viols depuis les années 85 environ ; il a été jugé en 2014 et condamné à huit ans de prison, mais on a toute une série d’éléments qui montrent qu’il a été protégé par l’ordre des médecins c’est-à-dire que les femmes au début quand elles ont été victimes, ont déposé plainte auprès de la juridiction de l’ordre des médecins et on s’est aperçu, et ça a été reconnu par certains membres de l’ordre des médecins de Paris que ça a été mis sous le coude et ce n’est qu’une fois qu’une des victimes a saisi la juridiction commune qu’il y a eu vraiment une enquête, un procès, une pénalisation et c’est à ce moment là que l’ordre des médecins n’a pas pu reculer et a été obligé de montrer que lui aussi il prenait des sanctions, mais on peut dire que pendant presque une trentaine d’années André Hazout gynécologue réputé sur la place parisienne a été protégé par l’ordre des médecins. L’actuel président de l’ordre des médecins Patrick Bouet, élu en 2013, passait à une émission Allo Docteur en 2014 et disait  nous on a fait le job, on a condamné bien avant tous les autres le docteur André Hazout. Le problème est qu’on est face à une juridiction qui dans des cas gravissimes comme ceux-ci de médecins prédateurs sexuels a protégé les médecins contre les victimes, des femmes majeures mais aussi dans des affaires où il est question de l’intégrité, de la dignité de nos enfants, de personnes mineures. (…) Je crois que ce système démontre non pas des faillites ponctuelles mais une faille systémique et que les responsables politiques, qu’ils le veuillent ou qu’ils ne le veuillent pas, vont être obligés de revoir le cours des choses. Le statu quo, l’immobilisme ne sont plus acceptables, et on va tout faire avec le MIOP qui est peu de choses face à ces lobbies, et d’autres associations très motivées, avec cette période metoo, même si elle a des excès, je crois que ça libère la parole des victimes c’est quelque chose de très important qui permet d’accéder à la vérité ; je ne désespère pas que la vérité éclate et qu’on ait des aménagements dans les années à venir.

 Autre sujet de société : la position de l’ordre des médecins par rapport à la contraception d’une part, l’avortement et la fin de vie. Depuis fort longtemps, l’ordre des médecins a eu une position très  réactionnaire me semble-t-il. Le docteur Weill-Hallé, en 1956 a déjà eu à subir les foudres de l’ordre des médecins

Tu donnes un très bon exemple et cela fait partie de mon opposition chronique à l’ordre des médecins que j’ai retrouvé le plus souvent  en travers de mon chemin que ce soit dans mon cheminement professionnel ou dans le cheminement médico-social puisque je suis depuis très longtemps, sans être encarté politiquement, dans plusieurs associations, syndicats, etc..et je m’intéresse à tout ce qui se passe dans le champ de la santé au-delà de ma pratique professionnelle. En tant que militant pour la libéralisation et la dépénalisation de l’avortement, la libéralisation de la contraception, j’ai trouvé depuis le début de ma carrière l’ordre des médecins en travers de cette démarche. La fondatrice du Planning Familial, dans les années 60, Madame LAGROUA WEILL-HALLÉ qui était médecin aussi et qui avait une association qu’elle appelait « Maternité Heureuse » qui s’est transformée après en Mouvement Français pour le Planning Familial, a eu un blâme parcequ’elle était jugée comme n’étant pas éthique selon l’idéologie de l’ordre des médecins et après ça n’a pas arrêté. Un qui s’est fait remarquer c’est le professeur LORTAT-JACOB qui a été le plus long président national de l’ordre des médecins de 1970 à 1981. Dans ses déclarations, il mélangeait le Planning Familial avec le péril jaune qui allait nous envahir, qui allait nous dépraver et il a attaqué les 343 femmes qui avaient lancé un manifeste avec le procès de Bobigny et l’action de Gisèle Halimi qui l’a soutenu au niveau juridique. Il a déclaré que ces femmes là n’étaient pas très catholiques, ensuite il a dénoncé et a voulu excommunier les médecins qui ont signé un manifeste comme quoi ils avaient fait un avortement, ceci dans les années 70 avant l’arrivée de la loi VEIL. L’ordre des médecins a été un des principaux obstacles. Maintenant il n’est pas de manière aussi caricaturale que l’a été Lortat-Jacob dans les années 70, mais il y a eu un débat récemment avec l’adoption de 2 semaines de plus par rapport aux possibilités de faire une IVG e France ; c’est passé de 12 à 14 semaines d’aménorrhée. L’ordre des médecins s’y est opposé mais de manière un peuplus diplomatique. Il faut reconnaître qu’à partir du moment où il y a eu la gauche au pouvoir en 81, il y avait eu des promesses de supprimer l’ordre qui a mis à sa direction des gens un peu plus adroits, mais on a quand même la même idéologie. Ce qu’on reproche avant tout, c’est que ces gens là ont la prétention de parler au nom de tous les médecins et que tous les médecins sont obligés de financer ces gens là qui disent un avis parmi d’autres. On me demande de payer des gens qui vont dire en mon nom des choses qui sont contraires à ce que je pense.

Il y a un autre sujet qui est un peu brûlant ces temps derniers, c’est la fin de vie. Il y a eu deux cas exemplaires : le professeur Bonnemaison et la suspension du professeur Scwartzenberg.

Schwartzenberg c’était bien antérieur et c’était plutôt par rapport aux traitements de substitution dans le domaine de la toxicomanie. Ephémère ministre de la santé, il avait parlé de l’utilisation de la métadone et ça ne lui a pas réussi ; l’ordre des médecins lui est tombé dessus et l’a sanctionné. Sur la fin de vie, l’ordre n’a jamais brillé par son innovation. Qu’il y ait des forces qui tempèrent un peu, qu’il y ait un équilibre à faire entre les traditionnalistes, les conservateurs, les gens qui veulent innover, c’est bien de confronter toutes ces idées, parce qu’il y a de l’éthique, il ne faut pas se précipiter. Pour aider les gens à mourir, il faut confronter les avis, essayer de trouver un équilibre, et en même temps être suffisamment offensif pour mettre en place tout ce qu’il y a à mettre en place, avec toutes les réflexions plurielles, mais l’ordre des médecins s’est illustré souvent par des positions caricaturales sur la défense de la vie à tout prix. Ils ne sont pas parmi les plus novateurs mais au-delà de la prise de position générale, comme ils ont un pouvoir juridique très important, dans l’affaire Bonnemaison, ça  a été caricatural. Bonnemaison a peut-être pas été assez collégial, mais il a fait, pour abréger les souffrances et pour accélérer la fin de vie par une sédation, ce que beaucoup de médecins, dont moi, ont fait à un moment donné dans certaines situations où il y a des décisions à prendre ; on ne peut pas réunir à tout moment l’ensemble de l’équipe sanitaire, de la famille, et on est obligé de prendre une décision. Bonnemaison a été acquitté par une juridiction commune, on lui a fait des remontrances, mais il n’a pas été sanctionné ; il a été radié uniquement par l’action de l’ordre des médecins dans des circonstances complètement folles. L’ordre départemental des médecins des Pyrénées Atlantiques avait décidé de ne pas le poursuivre et ensuite le président de cet ordre départemental s’est adressé à l’ordre national qui a porté plainte à son tour. Il y a eu un imbroglio judiciaire. Ce qu’on peut retenir c’est que le jugement des pairs n’est pas meilleur et est même pire ou moins bien que notre juridiction commune. Cet aspect disciplinaire qui est une des fonctions assurée par l’ordre qui multiplie le nombre de fonctions dont il dispose est une insulte à la séparation des pouvoirs de notre Démocratie et de notre République. Nous pensons que la justice commune, éclairée par des experts, médecins et non médecins, est suffisante parce qu’ on est victime d’une double peine : on a la justice commune mais l’ordre des médecins peut simultanément nous condamner pour les mêmes faits. Il y a des gens qui vont être poursuivis, ceux qui ne sont pas idéologiquement dans le même créneau que l’ordre vont être poursuivis avec plus d’énergie que les petits copains qui sont dans l’institution ou à côté.

 Il y a un autre cas qui a frappé pas mal la société, c’est le cas d’Irène Frachon

Irène Frachon c’est un autre cas de figure où l’ordre des médecins a montré sa nocivité. Je suis en lien avec elle ; je trouve qu’elle a eu un grand mérite et qu’elle a fait un travail remarquable pour déclencher et éclairer sur l’affaire du Mediator . On retrouve toute la corruption des médecins, de l’industrie pharmaceutique qui au-delà de l’information a fait de la publicité sur un produit qui était dangereux en disant que il ne l’était pas. Heureusement qu’il y a des lanceurs d’alerte comme Irène Frachon. L’ordre départemental des médecins de  Gironde par son président Albert Roche, a fait un éditorial incendiaire en 2016 contre Irène Frachon en disant qu’elle avait un manque de confraternité. Dans le code de déontologie, qui est élaboré par l’ordre des médecins et validé par les autorités et qui se retrouve en partie dans le code de santé publique, on a cette notion de confraternité, c-à-d qu’on doit assistance dans n’importe quelle situation à un confrère. Qu’est-ce que ça veut dire quand ce confrère est malhonnête ou pire quand il est prédateur sexuel ? On doit le dénoncer ! Alors qu’on a tout un débat sur le séparatisme, le communautarisme, etc… on a dans le milieu médical des valeurs communautaristes, séparatistes, telles que l’obligation de confraternité. Moi, je n’ai pas envie de ça, j’ai envie de défendre les valeurs républicaines. Je soutiens quelqu’un quand il est honnête, et quand il est malhonnête, je veux conserver le droit de le dénoncer, de le signaler y compris quand il y a en jeu des intérêts d’enfants, de personnes faibles. Là aussi je crois que l’affaire Le Scouarnec va peut-être nous permettre de dépoussiérer cette notion de confraternité. On peut être attaqué aussi parce qu’on fait atteinte à l’image de la profession. On a quelques scories à dépoussiérer, et je pense que, sans avoir trop d’espoir, il faut avoir l’optimisme de la volonté ; il y a des affaires qui arrivent sur la place publique qui vont nous permettre de faire évoluer un peu les choses.

 Fin de l’interview

 J’ajouterai pour terminer cette chronique que la proposition 85 du programme du candidat Miterrand en 1981 était la suivante :

 "Un service communautaire de la santé reposera sur le développement de la prévention, le tiers payant généralisé à terme, la création de centres de santé intégrés auxquels chaque médecin pourra adhérer s’il le souhaite. Une nouvelle convention sera négociée. Le Conseil de l’ordre des médecins sera supprimé."

 Une des nombreuses promesses non tenues.

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