jackytexier87

Abonné·e de Mediapart

58 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 janvier 2025

jackytexier87

Abonné·e de Mediapart

La haine de l’IMMIGRATION, une constante à droite

Dans le cadre de la chronique mensuelle que nous effectuons,mon copain Claude et moi-même, sur la radio des Monts d'Ambazac, OPEN FM, nous avons choisi de montrer que les idées xénophobes du Rassemblement National ne sont que la continuité d'une idéologie qui pollue depuis fort longtemps la société française.

jackytexier87

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(1)   (...)  ils emménagent chez nous définitivement. On dit que nous les assimilerons. Je n'en suis pas sûr. (...)

Le temps semble décidément venu pour des législateurs sérieux d'élaborer une politique de l'immigration. Il y a des mesures conservatoires à prendre. Ceux qui sauront les formuler seront soutenus, qu'ils en soient sûrs, par l'unanimité de notre opinion publique.

D'abord nous devons, bien entendu, nous défendre contre l'afflux des indésirables - on en compte 100.000 à Paris (...). Quant aux étrangers honorables dont la collaboration peut nous être précieuse, il semble que, sans manquer aux devoirs de l'hospitalité, il convienne d'en régler et d'en ralentir quelque peu la pacifique invasion

(2)     Or, depuis quelques années, l'immigration a pris un caractère plus grave. (...) la vague s'est avancée (...) ; elle déferle.

(3)     « Si vous voulez faire fortune, conservez avec soin un Français. Dans cinquante ans, vous pourrez le montrer (...) comme un exemplaire unique d'une race disparue. »  « L'infiltration est devenue un torrent. Du littoral méditerranéen l'onde s'avance... ».

"Alors, un courant se forme, dévale, va s'accentuant. L'invasion est commencée".

D’où sont extraites ces citations ?

  • (1) Le Journal, 21 juin 1925
  • (2) Le Matin, 21 mars 1928
  • (3) L’Écho de Paris, 5 janvier 1929

 On voit clairement que ce thème est récurent chez les journaux de droite et d’extrême droite qui seront plus tard collaborationistes, antisémites, pétainistes. La chasse au migrant a toujours été une idéologie de droite et il ne faut pas s’offusquer des déclarations de Retailleau et ses comparses. Il y a une filiation dans les idées.

 Deux épisodes sanglants ont marqué la fin du 19ème siècle :

Les vêpres marseillaises 17 juin 1881

 Le nom est une référence aux « Vêpres siciliennes » : en 1282, les Français établis en Sicile furent massacrés et chassés du sol sicilien

 Le traité du Bardo du 12 mai 1881 fait passer la tutelle de la Tunisie de l'Italie à la France. Le 17 juin 1881, les troupes françaises, de retour d'Afrique, sont acclamées par les Marseillais. Quelques coups de sifflet, que la foule attribue aux Italiens,  mettent le feu aux poudres.

S’en suivent trois journées de violences, de part et d’autre.  Bilan : 3 morts, 21 blessés et 200 arrestations. Quadrillage de la ville par les forces de l’ordre pour rétablir le calme

En 1881, il y a 57.900 Italiens à Marseille qui compte alors 360.000 habitants soit 16 % de la population.

 « Les grandes industries qui emploient une main-d’oeuvre essentiellement italienne sont : des huileries et savonneries, raffineries de sucre, fabrique de pâtes alimentaires et semouleries, tanneries, usines de produits chimiques, tuileries, usines métallurgiques. Voués aux travaux les plus durs et les plus dangereux, les Italiens reçoivent un salaire très faible, de 3,5 fr à 5 fr par jour en moyenne. L’Italien et notamment le Piémontais travaille en général pour un salaire inférieur d’un tiers à celui des ouvriers français. »

Source : Revue d’histoire contemporaine (1954)

17 août 1893 : le massacre des Italiens à Aigues-Mortes

 « La compagnie embauche autant que possible des Italiens et, au fur et à mesure, renvoie les ouvriers français qui ne peuvent pas accepter un salaire insignifiant pour un travail pénible.

Cet état de choses avait depuis longtemps soulevé un mécontentement très vif chez les ouvriers français. Hier, les esprits étaient plus vivement surexcités. »

La Compagnie des Salins du Midi lance à l'été 1893 le recrutement des ouvriers pour le battage et le levage du sel. L'embauche est en réduction en raison de la crise économique que connaît l'Europe alors que la perspective de trouver un emploi saisonnier a attiré, cette année-là, un plus grand nombre d'ouvriers. Ceux-ci se partagent en trois catégories surnommées :

  • les « Ardéchois », paysans, pas forcément originaire d'Ardèche, qui laissent leur terre le temps de la saison ;
  • les « Piémontais » composés d'Italiens originaires de tout le Nord de l'Italie et recrutés sur place par des chefs d'équipe, les chefs de colle ;
  • les « trimards » composés en partie de vagabonds

En raison du recrutement opéré par la Compagnie des Salins du Midi, les chefs de colle sont contraints de composer des équipes comprenant des Français et des Italiens. Dès le début de la matinée du 16 août, une rixe éclate entre les deux communautés qui se transforme rapidement en lutte d'honneur.

Malgré l'intervention du juge de paix et des gendarmes, la situation va rapidement dégénérer. Certains trimards rejoignent Aigues-Mortes et y affirment que des Italiens ont tué des Aiguemortais, ce qui fait grossir leurs rangs d'habitants et de personnes qui n'ont pas réussi à se faire embaucher.

Un groupe d'Italiens est alors attaqué et doit se réfugier dans une boulangerie que les émeutiers veulent incendier. Le préfet Gustave Le Mallier fait appel à la troupe vers 4 heures du matin, elle n'arrive sur les lieux qu'à 18 heures, après le drame.

Dès le début de la matinée, la situation s'envenime, les émeutiers se rendent dans les salins de Peccais où se trouve le plus grand nombre d'Italiens que le capitaine des gendarmes Cabley essaie de protéger en promettant aux émeutiers de les chasser une fois raccompagnés à la gare d'Aigues-Mortes. C'est durant le trajet que les Italiens assaillis par les émeutiers sont massacrés par une foule que les gendarmes ne réussissent pas à contenir.

Selon les autorités françaises, il y eut officiellement 8 morts. On connaît l'identité de sept d'entre eux :

  • Carlo Tasso, d'Alessandrie (province d'Alessandrie, Piémont) ;
  • Vittorio Caffaro, de Pignerol (province de Turin, Piémont) ;
  • Bartolomeo Calori, de Turin (province de Turin, Piémont) ;
  • Giuseppe Merlo, de Centallo (province de Coni, Piémont) ;
  • Lorenzo Rolando, d'Altare (province de Savone, Ligurie) ;
  • Paolo Zanetti, de Nese (province de Bergame, Lombardie) ;
  • Giovanni Bonetto.

        On ne retrouva jamais le cadavre d'un neuvième Italien, Secondo Torchio. De même, à la suite de ces événements, 17 Italiens étaient trop gravement blessés pour pouvoir être évacués en train : l'un d'eux mourra du tétanos un mois plus tard.

Conséquences :

« Leurs témoignages [ceux des blessés], auxquels s'ajoutaient d'imprécises dépêches d'agences (on parla de centaines de morts, d'enfants empalés et portés en triomphe, etc.), contribuèrent à faire grossir la vague d'indignation qui, comme nous le verrons par la suite, était en train de se former en Italie. »

L'affaire devient un enjeu diplomatique et la presse étrangère (en particulier italienne) prend fait et cause pour les ouvriers italiens. Des émeutes anti-françaises éclatent en Italie. Le 30 décembre 1893, les jurés de la cour d'assises d'Angoulême, sujets aux préjugés xénophobes, prononcent l'acquittement général. Alors que la culpabilité des seize inculpés français a été clairement établie par la justice, le jury populaire a en effet cédé aux pressions nationalistes. Un règlement diplomatique est trouvé et les parties sont indemnisées : les ouvriers italiens d'une part, l'État français de l'autre pour les émeutes devant le palais Farnèse (ambassade de France à Rome). Le maire d'Aigues-Mortes, le nationaliste Marius Terras, dut démissionner.

L’attitude profondément xénophobe de l’extrême droite n’est donc pas conjoncturelle mais structurelle et continue à constituer son fonds de commerce électoral.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.