Intégration des migrants

Dernier extrait de l'interview de Grazia

 

J'ai écouté aussi Francesca, 19 ans , étudiante albanaise, arrivée en bateau de son pays  en 1999:"Ero piccola, pendant tout le voyage, je me suis retenue de pleurer de peur que les passeurs me jettent à la mer.J'étais avec ma mère, ,nous espérions rejoindre mon père en Italie. Quand nous avons vu apparaître au loin les côtes italiennes, on pensait que ça y était , on avait réussi, le pire était passé, mais les passeurs nous ont ordonné de nous jeter à la mer et de rejoindre la terre ferme à la neige, même si elle était encore loin. Ma mère me mit sur son dos et se mit à nager ...Je lui dois la vie, si je suis en Italie et si j'ai un espoir c'est grâce à ma mère."

A l'école, mes élèves peu à peu racontaient leur histoire pour la première fois. Ainsi Mamuda, du Bangladesh qui a reçu son diplôme cette année avec les louanges du jury et les notes maximales évoque des semaines et des semaines de voyage en camions, carrioles et radeaux . Le premier parfum qui l'accueillit en Italie fut celui des engrais, car on les avait débarqués en pleine campagne, à côé de Mantoue, et ils ne savaient où ils étaient.Elle a dormi pendant des semaines et des semaines à la belle étoile, pendant des jours et des jours volé des fruits dans la campagne pour se nourrir....

Ces confidences ont duré pendant des semaines.

Jacqueline me demande qu'elle est mon attitude face aux élèves voilées, moi qui depuis l'age de 15 ans suis une féministe acharnée. Je les accepte, justement parce que je suis féministe: Encore une fois, la femme vient stigmatisée par le pouvoir à cause de ce qu'elle porte, pour ce qu'elle représente. J'ai un profond sentiment de solidarité avec les femmes du monde entier et j'ai appris qu'on peut les aider par la prise de conscience et jamais par l'interdit ou l'ordre imposé.Il faut leur donner le temps à nos soeurs de faire le juste choix, nous ne les aidons pas en leur arrachant un morceau de tissus de la tête, en leur interdiant l'entrée à l'école.

Dans ma classe,les élèves vont et viennent habillées comme elles l'entendent. Mes élèves sont catholiques, orthodoxes, musulmanes et hindouistes. Chaque matin quand elles se retrouvent, elles s'embrassent chaleureusement. Mes filles voilées ne me font pas peur. Par ailleurs, avant même d'être féministe, je suis LAÏQUE . La laïcité ne retire rien, elle ajoute, elle n'exclue pas, elle accepte. Dans la salle de classe, je ne retire pas le crucifix mais j'accroche au mur tous les symboles religieux que mes élèves demandent.

Merci Grazia

 

 

 

 

 

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