Erreur de casting ou mauvais scénario ?

Pour relancer la campagne d’Eva Joly il faut renoncer à l’accord avec les socialistes.La campagne EELV s’essouffle. La faute à qui ? On accuse la tête de liste : le casting est mauvais. Si les spectateurs ne sont pas fans, c’est que l’actrice n’est pas bonne. Comme si l’issue d’un scrutin se réduisait à la qualité du spectacle donné par le candidat. Comme si la stratégie ne comptait que pour du beurre. Et si ce n’était pas la candidate qui jouait mal son rôle mais le scénario écrit pour elle qui n’était pas le bon ?

Pour relancer la campagne d’Eva Joly il faut renoncer à l’accord avec les socialistes.

La campagne EELV s’essouffle. La faute à qui ? On accuse la tête de liste : le casting est mauvais. Si les spectateurs ne sont pas fans, c’est que l’actrice n’est pas bonne. Comme si l’issue d’un scrutin se réduisait à la qualité du spectacle donné par le candidat. Comme si la stratégie ne comptait que pour du beurre. Et si ce n’était pas la candidate qui jouait mal son rôle mais le scénario écrit pour elle qui n’était pas le bon ?

Pourquoi  Eva Joly donnée à 11% dans les sondages au mois de juillet disparaît-elle des radars six mois plus tard ? Repassons-nous le film. Au début tout va bien. La candidature de la magistrate l’emporte haut la main sur celle de l’animateur télé. Le public apprécie cette dame de fer de l’écologie au drôle d’accent. Elle fait rêver… à un bon score aux législatives. Cela suscite des convoitises. Beaucoup voient, en songe, briller les ors des palais de la République : députés, ministres… On va gagner : vite, plaçons-nous.

Bien avant l’issue des primaires socialistes, à plus d’un an du scrutin, des négociateurs écolos entament, sans mandat de leur parti, une négociation avec Martine Aubry. Les autres composantes du PS et de la gauche, dont le Front de gauche, sont ignorées. Ce n’est pas de ceux-ci qu’on peut tirer un quelconque pouvoir. Les négociateurs s’activent en coulisse pendant que la candidate joue son rôle, fidèle au synopsis écrit au congrès de La Rochelle : il n’y aura pas d’accord sans sortie du nucléaire ni arrêt du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. C’est cela, la République exemplaire !

Hollande l’emporte. Et la machine se grippe. L’accord est signé. Marcoule continuera à produire le Mox et Notre-Dame-des-Landes verra décoller les Airbus. C’est contraire à la feuille de route de La Rochelle ? Qu’importe : un accord électoral vaut bien quelques accrocs aux principes. Une poignée de circonscriptions est réservées aux amis et proches des négociateurs – voire aux négociateurs eux-mêmes.

Croyant encore à la parole qui engage, la candidate persiste et signe et qualifie Hollande de « pantin de bois ». C’est alors que la direction écolo assène à sa candidate une leçon de « real politic » pour les nuls. L’encre de l’accord à peine sèche, la secrétaire nationale vend la mèche. La circonscription la moins perdable de France lui est dévolue. Et quelques autres sont réservées à ses ami-e-s, autrement appelé-e-s : celles et ceux qui ont « du talent ».

Eva Joly est blessée. Femme de conviction, d’une solidité et d’un tempérament hors du commun, elle remontera sur scène deux jours plus tard. Chapeau. N’empêche, le mal est fait. Cet épisode entame une descente lente et progressive. Et l’aventure devient une tragédie.

La candidate est hors norme. Son expression peu agacer, mais le plus souvent elle séduit. Certains lui vouent un véritable culte. D’autres la détestent cordialement. Elle ne laisse pas indifférent. Sa personnalité dérange autant qu’elle attire.

Ce n’est donc pas une question de casting, c’est  le scénario qui est mauvais. Le spectateur ne comprend plus rien au film. Pourquoi voter pour une candidate dont le parti s’engage, six mois avant l’élection, sur un programme de gouvernement  avec le parti d’un autre candidat qui a, lui, toutes les chances de l’emporter ? C’est illisible. Autant voter pour celui qui mettra en œuvre le programme.

Pour retrouver son public, l'écologie doit changer, non de candidate, mais de stratégie. D’autant que le contenu de l’accord avec les socialistes est détricoté d’une maille chaque jour. Aujourd’hui on nous annonce que seule Fessenheim sera fermée. Hier, on apprend que les candidats écologistes dans les circonscriptions réservées auront un dissident socialiste contre eux. Et demain ?

Gouverner avec le PS, c’est être associé à la prochaine politique de rigueur, c’est accepter une justice sociale minimale (rien sur les minimas sociaux et le SMIC), c’est donner un alibi aux accros de l’atome et se contenter de très peu d’écologie (Hollande n’en parle quasiment jamais).

Modifier le scénario pour relancer le suspens c’est dénoncer ce mauvais accord et annoncer que les écologistes ne participeront pas à un gouvernement socialiste. Il faut redonner le rôle principal à l’actrice afin qu’elle retrouve sa liberté de parole, sa crédibilité.

Affirmer que nous ne serons pas complices de la gestion social-démocrate de la crise, c’est écrire l’histoire de l’écologie politique. Et redonner envie de voter pour la candidate d’un autre monde possible.

Jacques Boutault est maire du 2e arrondissement de Paris et membre du Conseil Fédéral d'EELV

 

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