Comment EELV prépare son entrée dans un gouvernement Hollande

« Alors, ça y est la gauche d’EELV est liquidée ? ». Cette réflexion ironique, d’un ami proche du parti de gauche, fait suite aux événements du Conseil fédéral des 28 et 29 janvier. Liquidée ? On pourrait le croire. Dans un premier temps, un vote hallucinant des délégués a autorisé contre l’avis du Conseil statutaire les candidats en situation de cumul à se présenter aux législatives.

« Alors, ça y est la gauche d’EELV est liquidée ? ». Cette réflexion ironique, d’un ami proche du parti de gauche, fait suite aux événements du Conseil fédéral des 28 et 29 janvier. Liquidée ? On pourrait le croire. Dans un premier temps, un vote hallucinant des délégués a autorisé contre l’avis du Conseil statutaire les candidats en situation de cumul à se présenter aux législatives. Comment ? Tout simplement en « suspendant » le règlement intérieur qui définit la grille de cumul ! Deuxième temps : l’interdiction faite à la sensibilité Envie, de présenter au vote du Conseil Fédéral, un scénario sans cumulards, et respectant la proportionnelle des sensibilités.

Rappel de quelques chiffres pour bien comprendre. Au Congrès de La Rochelle, la tendance Maintenant regroupée autour de Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, recueille 50,2% des suffrages, Construire la tendance cohn-bendiste, 26,5% et Envie 18,9%. Utopia fait le reste avec 4%.

Mais une nouvelle disposition des statuts d’EELV stipule que désormais, ce ne sont plus les scores respectifs des sensibilités issues du congrès qui doivent servir de base de calcul à la représentation des candidat-e-s. Une consultation nationale doit être organisée pour en décider.

La consultation a lieu au mois de novembre. Résultat ? La direction d’EELV paie le mauvais accord avec le parti socialiste. Maintenant ne recueille que 37,34 % des voix (moins 13 points depuis le mois de juin), Construire est stable à 27,93 %. Alors que la liste de candidat-e-s présentée par Envie, seule sensibilité opposée à l’accord – progresse à 25,56 %. Or, comme nos statuts le stipulent c’est sur cette base qu’aurait du être arrêté le choix des candidats aux législatives. Cela n’a pas été le cas, en raison d’une entente entre les deux grosses sensibilités (Maintenant et Construire) qui se sont partagées le gâteau. Il y a violation manifeste du principe de respect de la représentation des minorités.

La motion « Maintenant », s’attribue 26 des 55 circonscriptions réservées (celles où le PS ne présente pas de candidat) soit 47% alors que cette liste pouvait en réclamer au maximum 37%. Pour les autres listes, « Construire » se voit attribuer 9 candidats sur 55 soit 16% au lieu de 28%, « Envie » 5 sur 55 soit 9% au lieu de 25%. Les « hors motion » : 15 sur 55, soit 27%. A y regarder de près ces « hors motion » sont pour la plupart des sympathisants de Maintenant et de Construire (dans une moindre mesure). On peut ajouter que la liste Avenir Écolo avec 5,37% des voix n'obtient aucun candidat.

Cette posture validée, par un vote nominatif du Conseil Fédéral est vécue comme un déni de justice par beaucoup d’écologistes, adhérents ou coopérateurs. Au delà d’Envie, de nombreux militant-e-s au sein de leurs groupes locaux, bien que proches ou faisant partie de Maintenant, ont été heurtés par la brutalité de la décision de leurs représentants. C’est la première fois que l’une des valeurs fondamentales des écologistes est bafouée de façon aussi flagrante. Et ceci au nom de « l’efficacité ».

Car l’explication donnée quand on pose des questions en dehors des tribunes est celle là : l’efficacité. D’abord, il y a beaucoup de gens à récompenser : celles et ceux qui ont rejoint Maintenant au moment du congrès afin d’assurer à cette sensibilité la majorité absolue, (ce qu’elle a obtenu de justesse). Mais aussi la nécessité d’ancrer l’implantation locale et d’assurer un débouché de carrière à quelques affidés régionaux de grands barons nationaux.

La deuxième explication donnée relève de « la nécessité d’avoir un groupe de députés homogène à l’Assemblée nationale ». Autrement dit, celles et ceux qui ne pensent pas dans la ligne majoritaire sont éliminés. Pas assez fiables. Ils n’ont pas de « talent » dit-on pour justifier leur épuration. Il s’agit en vérité de punir ceux et celles qui n’ont pas soutenu l’accord avec le parti socialiste et qui pourraient trainer la patte lorsqu’il s’agira de faire preuve de solidarité gouvernementale lorsque les ou le/la futur-e-s ministre-s avalera (ou avaleront) couleuvres sur couleuvres. Et n’en doutons pas, Hollande en a de grosses à faire passer. Déjà les gorges se déploient, s’échauffent et répètent leurs vocalises.

Il nous faut donc mener le débat au sein d’EELV, en vue du Conseil fédéral des 7 et 8 mai prochain qui devra prendre la décision. Nous devons expliquer pourquoi une participation à un gouvernement Hollande, ruinerai pour de longues années, l’espoir que fonde la population dans Europe écologie Les Verts, comme outil de transformation écologiste de la société.

Dans l’immédiat cela passe par un engagement sans faille et entier dans la campagne d’Eva Joly, soutenue du bout des lèvres par la direction actuelle – qui a d'ores et déjà assuré ses débouchés législatifs. Nous devons renforcer le discours et les postures d’autonomie de l’écologie politique de la candidate. Nous devons nous efforcer de démontrer que son discours sur l’énergie, la crise grecque, la préservation de l’éco-système… est un discours qui rompt avec celui de la social-démocratie : nucléocrate, gestionnaire de la crise, productiviste…

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