Covid-19 : Oú en est la Bolivie actuellement ?

Le mercredi 17 juin, il y avait 20 685 cas confirmés de personnes contaminés et 679 morts. Si on compare avec la France et ses quasi 30 000 morts et avec ses pays voisins comme le Brésil 45 000 morts, le Pérou 7 000 morts et le Chili 3 600 morts, à priori on peut dire que la Bolivie ne s’en sort pas trop mal. Mais la réalité si on le regarde de plus près n’est pas aussi encourageante.

Le mercredi 17 juin, il y avait 20 685 cas confirmés de personnes contaminés et 679 morts.

Coronavirus: Bolivia va a "encapsular" una ciudad de 120.000 ...

 Si on compare avec la France et ses quasi 30 000 morts et avec ses pays voisins comme le Brésil 45 000 morts, le Pérou 7 000 morts et le Chili 3 600 morts, à priori on peut dire que la Bolivie ne s’en sort pas trop mal. Mais la réalité si on le regarde de plus près n’est pas aussi encourageante.

Au moment où en Europe la courbe des contaminations diminue au point de presque disparaître, la situation en Amérique Latine est inverse : les cas augmentent. L’Amérique du sud est actuellement dans l’œil de la tourmente. Le mardi 10 mars, les deux premiers cas de coronavirus ont été détectés en Bolivie provenant de migrants boliviens revenant d’Italie et des Etats Unis. Un mois plus tard, le 10 avril,  on comptait 300 cas en Bolivie, le 10 mai, c’étaient 2 200 cas confirmés et le 10 juin 14 000 cas. Ces derniers jours, la Bolivie se rapproche des 1 000 nouveaux contaminés par jour. Les experts de la santé nous annoncent le sommet de la courbe pour la fin juillet. Donc il y a de quoi être inquiet pour les mois à venir.

Le 21mars, la Bolivie, au vue de la situation dramatique qui se passait en Europe, a décrété une quarantaine très stricte : toute l’activité économique et sociale du pays se paralysait et les gens restaient confinés chez eux dans tout le pays. Le 1 juin, après 10 semaines de confinement, la quarantaine a été levée progressivement au vu de la pression économique d’une très grande partie de la population qui a besoin de travailler pour vivre pour ne pas dire survivre. La Bolivie de façon aigue vit la tension entre la santé et l’économie. Beaucoup de personnes vivent au jour le jour et doivent trouver une manière de subvenir à leur besoins quotidiens. L’Etat a donné une aide aux familles au début de la quarantaine, mais ce n’est pas suffisant. Nous nous trouvons donc dans une situation contradictoire actuellement : un risque de contaminations qui augmente et une vie quotidienne qui redevient presque normale. Là encore, il y a de quoi être préoccupé pour l’avenir.

Bolivia strains under coronavirus pandemic as cases top 10,000 ...

Si le virus a attaqué toutes les régions de Bolivie, c’est tout de même la partie des terres basses qui compte le plus de cas : Santa Cruz et Béni… Actuellement les cas augmentent aussi beaucoup à Cochabamba, qui devient le 3º département le plus affecté.

Le système de santé de la Bolivie est déjà saturé. La santé a toujours été la dernière roue du carrosse de l’Etat bolivien et il ne faut pas beaucoup de temps pour s’en rendre compte dans la crise actuelle : hôpitaux sans matériel, personnels soignants sans équipement de biosécurité, manque de personnel soignant, pénurie de tests, absence de lits de thérapie intensive. Dans un département comme Cochabamba et ses 2 millions d’habitants, il y a seulement 18 lits de thérapie intensive ! La situation est terrible pour les malades du covid-19 qui se voient refuser l’accès aux hôpitaux parce qu’il n’y a plus de place ! La semaine dernière, un homme est mort dans les rue de Cochabamba après s’être vu refuser l’entrée dans 7 hôpitaux. Les hôpitaux publiques sont saturés et les cliniques privées préfèrent ne pas recevoir les patients covid, à moins qu’ils ne donnent une garantie de 10 000 dollars américains.

La Bolivie est aussi victime malheureusement d’un autre virus présent en elle depuis longtemps : la corruption de la vie politique… Durant ces mois-ci ont éclaté des scandales comme celui d’achats de respirateur à destination des malades du covid avec des commissions occultes. L’inefficacité des politiques est criante : après 3 mois de crise, Cochabamba n’a toujours pas de centre d’isolement pour les malades aux symptômes légers, les laboratoires d’analyse n’ont plus de tests pour identifier le coronavirus.

Coronavirus en Bolivia: colapsaron los hospitales, muere gente en ...

C’est aussi impressionnant l’ignorance d’une partie de la population, manipulée par des intérêts politiques. Il y a encore beaucoup de boliviens qui nient l’existence du Coronavirus, disant que c’est une invention pour réprimer le peuple. On a entendu récemment une députée dire que tant qu’elle ne verrait pas de ses propres yeux le virus, elle n’y croirait pas ! Il existe aussi une forte discrimination contre les malades du Covid : beaucoup de gens préfèrent cacher leurs symptômes de peur d’être expulsé de leur logement par le propriétaire ou par les voisins. On a vu aussi des infirmières et médecins en isolement pour la contamination chassés de leur centre de santé par les voisins qui avaient peur d’être contaminés à cause de leur présence… On a vu des boliviens jeter des pierres sur un bus transportant des infirmières ! On a vu des antennes 4G dynamitées parce qu’il se dit qu’elles transmettent le coronavirus ! Existe donc en Bolivie une tension entre peur et négation : une grande majorité des boliviens a très peur du virus, est très traumatisée et d’autres comme expliqué avant nient cette réalité du virus.

Pour contrebalancer le récit d’attitudes négatives de certains, il faut aussi parler de la grande solidarité qui s’est exprimée au cœur de cette crise, et c’est aussi un trait de l’âme bolivienne. Nombreux sont ceux qui ont donné des aliments pour aider des plus défavorisés, qui ont accueilli des malades : la famille, cellule de base de la société bolivienne s’est encore renforcée.

En conclusion, la Bolivie est encore loin de sortir de la crise et doit continuer à affronter avec sa dure réalité la crise mondiale du coronavirus. La société est touchée de plein fouet, l’économie est à l’arrêt, les tensions politiques et sociales sont ravivées. Mais le peuple courageux bolivien a toujours su ressortir de ses crises et garder optimisme au cœur de l’épreuve. « No hay mal que dure 100 años » (il n’y a pas de mal qui dure 100 ans) disent facilement les boliviens comme pour conjurer le mauvais sort ou pour dire que toute crise aura une fin… espérons que celle-ci ne durera tout de même pas 99 ans !

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